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REVEILL E-M A TIN

DES FRANC OIS, ET

DE LEVRS VOISINS.

Cûmpôfé par Eufebe vhiladelphe Cofm#- polite 3 en forme de

Dialogues.

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A EDIMBOURG,

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De l ,/nprimerie de laques Ia?nes*

Auec permiffion.

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.L'IMPRIMEUR AVX FRAtf.

çôts & autres Mations voifines.

* *

$Sppf/f epieurs ayant receuuré la copie de voftre Re- wÊvA i UCi^e mat,n ded e' a la Royne d'Angleterre |g|^|yi par Eu/ebe PhtUdelphe\ft) cognotffant le fruit que la letture d'iceluy vous peut apporter , te r'aypas voulu vous enfruflrerplus longuement. Et majfeurant que ïayans veu7pffe& bien confiderévom metffau* rez, a«flt bon gré que îaffeBion qu% me meut a le vom pre] enter mente» le ne dejpendray pas vn mot a voué recommander mon zèle , encore moins celuy de t Au- theur: feulement ie prier ay Dieu qu il vous face bien toïl iouyr du plaifir & vtilnê qWvn tel labeur peut apporter auxfages. Vom trouuerez, au commence- ment vne petite epi/lre de faut heur dédiant f on Hure F r an fois à la Roy ne d'Angleterre %) le double dvne lettre Latine rnffe en François qui! a e fente aux Po- lonois leur dédiant le mefrne hure Latin. Vous y ver- re^juifl* vn dialcgifme d'entre le Polonois>& la Paix V aloife & le doul le àHvne lettre qùvn gentilhomme partisan de la maifon de Lorraine ^duquel te riay peu ffduotrle nom a eferit fur le mejmefu et au Luc de Guyfefon maiftre. Si te puis recouurer quelque autre ebofe de nouueau que ie cognotjfe vom pottuoir feruir, te vom enferay bonne part , pourueu tout es fois que i entende que vous rapportiez* ce prefent que te vom faykïvfge qui luy esl propre* Autrement rien At- tendes plus , Adieu.

* y

A T RESEXCE LLE^T E ET

Très ittuftrc Princtjfe Elisabeth Royne

£ Angleterre >de Frœnce>d*Ir-

lande &c.

Adame ie fuis fi rnauuais flatteur , que iene M fuis iamais plm a$l(e , qu'alors que te puis li- brement dire mon auis des chofes qui nom paffent détient les yeux > principalement s elles font de quelque poids & confequence. Que fidauenture il ne me/1 permis {comme fouuent , cela e si défendu aux gens de bien , de peur quvn libre iugcment riof fenfe t oreille des gr ans , ou que leurs mignons qui en abufent ne foyent par la cognus & châtiiez ) Stie puis alors pour le moins ayant mon recours au pa- pier faire parler quelque honne/le homme , qui def- couure ce que tenfens > tout aufti tofl mes esprits rc- peus de ce/le liberté , vont reprenant nouuel/e force» Ceft ce qui fait que tout gaillard , tout refolu fans nulle crainte ( ne niejlant loifible de dire) ie vous offre pour maintenant vn Reueillcmatin , AI adame, tel que ma plume a peu tracer pour la gloire de no- (ire DteUy le bien defon Eghfe > vofl*e grandeu* & voHre eflai , ft) pour celuy de vos voifins. le ne vous dtfcourspas icy les matières que $y traite: la leHu- re les montrera & le fubiet mérite bien quon pre- ne la peine de le lire* Mais ie vous puis bien affleu- rer y Madame, quilny a rien defuperflu (fi ce tieïl aux trop délicats ) rien de faux , rien qutfoit indique de/ire dit $ recommandé par efcrit au temps a ve- nir: Voire rien du tout qui ne férue au bien public du

temps

temps qui court. De quoy eïlant trefaffeuré 9 se fupplieraytreshumblement voft^e Mateflé derece- uotr d'aufli bonne main ce mien labeur 3 comme dvn cœur treshumble %) trefaffeftionnè ie le luy pre fen- te. Priant Dieu*

Madame , quil doint a voftre Maieïle autant âhcurç) de félicité 9 que voftre bon frère > alite' & Compère vom fouhaiti de mal & d'encombre. Dt EleuiberouiSe le io.de Nouembre. 1573.

De vo(lre Maiefle

Treshumble q) trefafftBionm fermteur Enfeh Phtladtlphe*

EPISTRE TR A D VITE

EN FRANÇOIS DV LIVRE LA-

tindedié aux eftats, Princes , Sei- gneurs, Barons, Gentilshommes, & Peuple Polonois,par Eufe- be Philadelphe, Cof- mopolite.

es François , tres-illuilres Prin- L ces,magnanimes Seigneurs,ver-

tueux Gentilshommes, & Peu- ple genereux,vous font en tant de for- tes redeuables , & obligez , & ie leur fuis tant loyal &c affectionne amy:que ie penièroy' faire grand tort à mon deuoir , 11 ie ne fiifoye , paroiftre par quelque bon & honnefte office l'ami- tié que ie leur porte & la fincere affe- ction que i ay au bien & tranquillité devoftre Republique & cftat. Voila pourquoy ayant tracé en deux Dialo- gues vn fommaire véritable des mife-

res

E P I S T R E.

res panées 8c prefentes des François: iay bien voulu pour tefmoigner celte mienne affection enuers vos deux nations , n'ayant pour maintenant rien en main de plus conuenable au temps qui court, le vous offrir Se con- £crer, comme aux plus gros &c plus notables créanciers de tous les Fran- çais.

Que quelcun de prime face trou- ue ce prefent-cy fafcheux , & Tac- cjfe de ce qu'il reueille les eiprits de trop de gens : Le pouuoir & for- ce indomptable de la trefpure veri- tt , à laquelle plus ie m'arreile qu'à l'opinion d'vn tel Cenfeur , me Terni- ra en ceft endroit de plege &de bon garent , m'ayant contraind de l'op- poferaux flatteurs, menteurs efîron- tez , en vn Latin auiïi facile com- me eft le langage François , auquel i'efens le mefme liure à la grande

a iiij

. :

E P I S T R E.

Royne d'Angleterre fîmpîe &c fans afféterie. Et ceux qui fans pafîlon le liront pourront bien iuger &: co- gnoiftre , que le fard duquel Puy- brac en vendant plume , comme Balaam fe langue pour maudire h peuple de Dieu , a vfé en fa belle epi- ftre a Staniflaus Heluidius , & tout ce que Monîuc Euefque de Valen- ce , Lanfac & autres tels menteurs i gages vous ont fceu dire & propofe;

f>our deiguifer la vérité , elt bien foit oindecefl ouurage , qui ne marche que rondement , en ion Me ôc ai fuiet.

Mais vous me pourriez deman- der. Pourquoy dis-tu , ô Phila- delphe , que les François nous font deteurs ? A nous qui leur auonso- fté le fécond fils qui deuroit eftre gardien de toute la France , & em- mené auec luy des Princes , Sei- gneurs

s

£ P I S T R E.

gneurs , Gentilshommes Se gens de Confeil trefnotables , chargez d'or, d'argent &: de meubles dont ils ont yuydé leur pays pour s'en venir peupler le noftre. A nous qui leur a^- uons courte en faifànt nos propres affaires vn monde d'argent de dcC- penfepourle deffray de nos Ambaf- jfadeurs, lefquels neantmoins n'ont daigné accepter l'ordre de Mon- sieur S. Michel qui rend tous ceux- qui le portent, coufins de Char- les de Valois. Il fèmble pluftoft que nous fommes leurs deteurs en tou- te façon. Et quand bien tu pourroys monflrerque nous fommes en quel- que fotte les créanciers de tes Fran- çois, quel bien fay-tu Cofmopoli- te ny a euxny ajrous auiïi, nousfii- fant part de leurs miferes Se defeou- urant leurs pourctez ? n'eft-ce pas autant comme fi tunousdifois f II

EPISTRE.

eft vray que vous aucz pour débiteurs tous les François. Mais ne déniez pas qu'ils vous payent de long temps vn toutfeul denier. Ils fontfipoures ôc beliftres qu'ils dorronttoft du cul à terre,& feront (fiDieuny pouruoit) cefïion de leurs biens miferable. C'eft bien loin de nous refiouyr , que de nous donner ces nouuelles,& toutes- fois c eft le prefènt que tu nous offres, ce dis-tu.

Il eft certain ( tres-illuftres Prin- ces & Nation trefrenommee ) que vous pourriez tenir ( ce fèmble) vn tel langage que cela. Mais quoy qu'il foit, tous les François ne lait fent pourtant de vous eftre cent mil- le fois plus obligez que vous a eux fi l'on regarde le dedans d'vn fi grand myftere , qu eft l'Election de vo- ftre Roy, plus que l'extérieur & le dehors, les fols feulement s'arre-

ftent,

v.

E P I S T R E.

ftent-ne pouuans pénétrer plus loin. Car pofé le cas que vous eftans de- ftituez «de Roy, ne pouuans viure iimplement fous la loy & fous Ton ame la raifon , ne voulans aum vous commettre à la conduite de quelcun d'entre vous , les François vousayent fournydvn Roy de leur nation ( li toutesfois il eft fils de François : cardeiamerevousiçauez qu'elle eft & fera Florentine) & que pour vous auoir nourry èc fourny vn Roy ils vous puiiTent auoir obli- gé à eux en quelque manière & fa- çon : comme il eft trefraifçnnable qu'on le (oit à la nation & àlamai- fon qui les donne : Vous ne le ferez iamais tant aux François , comme les Vieux Iiraelites à la maifon de Ifai pour Dauid, Salomon, louas êc lemblables autres bons Roys qu'ils ont receu de ce bon tige, ou comme

E P I S T R E.

gentilshommes d'entre vous enuiron Je temps des maflàcres de Paris pour auoirl'auisdu derTund: Seigneur A- miral , lvn des parens de la Fran- ce, & vous y conduire félon Ton con- feil.

En ce qu'ayant iceu les nouuel- les de ces horribles mailacres , ef- quels l'Amiral deuant l'arriuee de vos gentils hommes fut tuë,vous def- pouillaftes tout aulTi toit l'opinion bonne que vous auiez delamaifon de Valoys, pour en venir vne tres- veritable , la recognoiilans pour la plus traiftreire,& defloyale maifon de la terre.

En ce que vous euiTiez lors vo- lontiers en deteftation d'vn tel cri- me , eileu pluftoft vn muletier, ou quelque autre bon toucheur d'ai- nes , que pas vn de tous ces Bou- chiers , n'euft elle qu'il vous eftoit

force

E P I S T R E.

force de vous feruir de ceftuy-cy, a- yans irrité tous les autres, qui luy e- ftoyent compétiteurs abbayans à vo- ftre Royaume.

Les François vous font aufïibien fort obligez, de ce que après ces maf- fàcres vous ne voulufles iamais pafler outre à la confirmation de l'élection, fans vne promefle folennelle , que Monluc &: Lanfac vous firent de plu- fleurs articles,qu ils iurerent au nom de leur Maiftre. Entre lefquels cefl article eftoit l'vn des principaux : Qu'il feroitfai&c diligente enquefte desmafïacres & punition condigne des mafïacreurs : moyen fouuerain & vnique pour eflablir la Paix en France.

En ce que vos ambafTadeurs, leC- quels après cela vous enuoyaftes (àluervoftre Roy en France, traitè- rent auec grande inftance tout pre-

.

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mier de la paix de France, que nul au- tre de vos négoces : tant vouseftiez remplis d'enuie de voir tous les Fran- çois paifibles.

En ce que n ayans peu obtenir au- tre chofe des articles,qui vous furent iurez en Poloigne par l'Euefque, quelque pouriuite que vos am- bafladeurs en fiflent enuers le Ty- ran , pour le moins le bruit de leur Venue auancea la fabrique ôc publi- cation de ce mefchant,trupelu ôc trai- ftre Edicl: de paix : & par con- séquent ieua le fiege deuantlaRo ehelle.

En ce que l'inftante prière que vos ambafladeurs firent , eftansar- riuez à la Cour du Tyran,a erti,com- me Dieu a voulu , caufe & moyen de la deliurance des poures gens deSancerre , que le Tyran cftoitre- folu de faire manger l'vn par l'autre.

Mais

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Mais fur tout ils vous font tenus, de ce que vous ayans eu compaf- fion du rude & barbare traitement, que les François fouffrent fous la Tyrannie de ceux de Valoys : vous auez ofté du milieu deux ce Roy frère du Tyran auec vnbon nom- bre des fuppofts & appuis de la Ty- rannie, que vous auez fai£ts condui- re en triomphe captifs fous les loix de voftre Patrie,au trefgrand bien & contentement des vrays & natu- rels François. Letquels enceft en- droit s'affeurent que vous ferez de façon & manière, que iamais plus ces belles faroufches ne retourne- ront pour les mordre. Voila les poincïis, qui me font dire,que les François vous (ont deteurs.

Quant à ce dont vous vous pour- riez plaindre , que ie vay delco u- uiant par trop leurs pouretez èc

E P I S T R E.

niiferes. Il ma femblé trefraifon- nable,que vous tous aufquels le fait touche en foyez au vray aduertis. A fin que vous puiïliez cognoiftre ce qu'il vous faut attendre deux en voulant recouurervos dettes.Etco- bien que vos Ambaïïàdeurs vous en puiifent donner debons tefmoi- onages: fi eft ce que iofe afleurer que ce Reueille-matin,que ie vous offre, vous en informera plus à plein èc plus à menu,quaucun autre ne fçauroit faire. Et vous monftrera quand & quand vne partie des re- medes,dont les François entendét s'ayder pour eflàyer à fe remettre. Ceftàvous fi mieux vousfçauezde leur en fournir de meilleurs:!! vous penfez que leurfecours vous puiffe quelque iou r feruir.

Que s'il y auoit quelque autre Royaume vacquant plus outre que

vos

E P I S T R E.

vos contrées , auquel vous puifïîez Elire eflire le Tyran pour chef, (quand bien ce feroit au Royaume des Fu- ries) vous fçauez combien il eft di- gne auec {a mère èc fon confeil d'y prefider : ou que vous peuliiez trou- uer quelque habile moyen pour en depeftrerbientoftla France. Ce fe- roit ( ie le vous iure ) combler les François de tous biens. En ce cas la vous pourriez tenir pour tous aflèu- rez qu'ils vous erigeroyent des Co- lomnes comme a leurs libérateurs, & vous prefteroyent à toute heure laide que pourriez defirer contre ceux qui vous voudroyent nuire : autrement il n'eft pas pofïlble pen- dant que ces Schelmes viuront , que vous puilTiez recouurer d'eux vn tout feul brin de payement. Car tout cela qu'ils peuuent faire, c'eft de viure au iour de la iournee , les ar-

b.ij.

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mes au poing , les yeux au ciel, at- tendans fecours du Treshautpour la lafcheté de leurs frères. Il ne relte plus tres-illuitres Princes & nation très fa- meufe ) hnon que vous preniez en bonne part la hardieffe de laquelle i'ay vsé en voftre endroit , vous offrant celle tragique peinture tracée au moins mal que 1 ay peu. Ma plume nefçauroitrefpondre Au forfai6t tant eft inhumain: Mais elle vous peut bien femondre A le venger de voft re main.

A tout le moins (tres-illuftres Princes , magnanimes Seigneurs, vertueux Gentils hommes, faites en forte que ces tigres tant inhumains que Dieu a par faprouidence traîné & mis entre vos mains ne vous efchap pent nullement: Et les tenez (errez, de forte qu'ils ne nuifentà vosvoiiins: vous gardans en toutes façons de

leurs

E P I S T R E.

leurs aguets & leurs embufches. Au- trement , 11 quelcun de vos bons voi- fins venoit quelque iouràperir pour au oir lafchéces leopards,fô ame vous feroit lans doute redemandée duSou- uerain. Que s'il vous en auenoit quel- que mal en particulier, vous feriez en rifee aux peuples qui habitent autour de vous eftans allez quérir fi loin des fàngliers pour vous difliper. Dieu par fa grâce vous y vueille mieux pour- uoir , vous donnant confeil & fagefle pour vous y fçauoirbien conduire au nom de fon fils noftre Sei- gneur Iefus Chrift. Amen.

b iij

DOUBLE iSVN E LETTRE MIS- fiue efcriteau Bue de Guyfepar vn gen- til homme , duquel on ri a peu fçauoir le nom. Onfeignèur 3 méfiant de bon heur tom- CM bee entre les maint vne copie eferile a main y intitulée le Reueille-matin des François^ en forme de Dialogue ,& oyantbien çonfiderèa partmoy > les deuà & propos > que Eufebe philadelphe^ qui s en dit ïautheur , fait tenir aux interlocuteurs: il ma femblê que ie ne pouuoâ faire de moins, pour mon deuoir^ que de vom ï enuoyer par ce gentilhomme présent porteur :& vous dire la deffm^ce que ie penfe e- ftre expédient pour la grandeur de voïtre mai- fon, ér le bien de voïire feruice. le ne doute point MonÇeigneur^ que quelque Huguenot def- pité pour les majfacres , exercez fur les frères, ( qrion appelle , ) riait esbauchè ce fie copie: & ne doute non plus qu'il de fore le renuerfe- mentde la maifon de Valois^ que te le voy fans rienflater^ ni di (Simuler , dire tout ce quilfcait de leur vie$ de la forme de leur gotiucrnement* il y a filon g temps que ce $ie maifon vom occupe va fi beau Royaume 3 quelle le gourmande >m lieu de le gouuernerde deiiruici , ^r ruyne> au de £ édifier i & hasUr. Les cœurs de la No-

bleffe^

bleffe,& du Peupleront d autre part tellement a- lienez, de ce Fie maifon y &fifortenaigrls contre Ces deJportemens7 ils font par le contraire fi de- uots enuers vous , & tant ajfeffîionnez a v offre maifon qu'il femble bien quil riy fit onquesfi beau^quilyfatcl maintenant.

Du parti des Catholiques ^v offre excellence a autant d occafion de s en affeurer 3 comme s illes ternit tous, par manière dédire^ dans fa manche: Sur tout maintenant^ que torn eux re- gardent, pour labfence du Roy de Poloigne , fur vous , quefeul ils croyent>& par le nom du- quel ils lurent \comme de leur Libérateur: Quant au part y des Huguenots > ce traiElêmonffre af- fez en d'met spaJfagesJe plaifir qui/s prendro- yent a vous voir reprendre ce que de droit vous appartient. Et combien que pour quelques re- mets de l "histoire \ ils auife de marquer des cbo- je s que les v offre s ont exploité par lepaffê au de* fauantage de leurs ajfairesje temps, [vray cyrur- gien des playes les plm defefperees, ) a tellement pen fèces coups , quil ne parle que par acquit^ comme en paffant de ces chofes:traiciant au re- (tefi rondement de vos âroicîs , & de vos prê- te nfions, quon ne peut mieux defirer : Que s il fe met a parler de vous en particulier, il fait tellement fonner ï exécution que vous fîfies fur

b iiif

ï Amiral^ que cependant il mvnUrebien , que voïire querelle particulière von* y amené :3plu- fioH que la hayne contre leur Religion >de laquel- le% & dans Paris & ailleurs il ajfeure ( comme aufîiil eflvray ,}que vous en aueZfauuéplu- fieurs.-entre autres le Seigneur £ Acier , Ivn de leurs pricipaux chefs de ce temps la- Cela me faidl croire ^auet le difcour s que le Politique en faitt en quelques endroicls tfue les Huguenots ne âefireroyent rien mieux 3 que de vous voir remis au tbrofne que Hugues Capet vfu'pa Jur les Roy s vos predeceffeurs.S'affurans bien{com- me ce liureporte^)que non feulement vans lair- riez leurs confciences libres : ains aufii tout exercice de leur religion fain,fauf <& libre par toute la France: S ans iamais leur fan (fer parole considérant le mal qu apporte auec joy la perfi- die,a ceux mefmes qui la pratiquent. OH on fei- gne ur Je fer ois $auis , que s il ne tenait qda ce- la y ( comme il femble bien qii autre chofe , ne vous peut defrober ce bien)qpie vous fïjîieZ.tout paix* cr-ayfe , ce qu'ils voudroyent en cefi en- droit ^ (y prenant deux foy , & hommage des corps & biens ycomme bon Prince , vous latffaf- fie^j&leur confcience>& leur Religion toute li- bre ^e/t la dijpofitwn de Dieu. Ce qui vom inci- ter oit a les faire ïouir dvne telle libertés [outre

que

que cest vne Tyrannie quon exerce fur leurs confciences de le vouloir faire autrement: & que ce fie violence efl caufe de la perte de tant de gens y quife vont con fumant tvn ï autre comme le fu- zil & la pierre) ce fer oit vn exemple récent qua donne le Roy de Polo igné 3 au ferment par luy preftè comme vous ^ monfeigneur 3 fcauez^ entre les mains des Polonois d entretenir dans Poloigne toutes les religions qui y font : ores qtiil fceuïi quily a grand nombre d Anabaptifies 3 & Ar- riens , trefdangereux & mefchans hérétiques: l! exemple au fi de monfeigneur de Sauoye , fa- uoriTeroit grandement vos aBions en cela% quand bien , a fon imitation , vous entretien** driez les miniîires , & pafieurs de cefie religion aux dejpens des trop gras bénéfices 3 des difmes% fafembUblesreuenus , comme il le faitt en fes trop bai/liages de Tonon , de G es > & Terny> ou il ne fouffre nuilement eflre dicte vne feule me [chante petite mejfe baffe : e fiant 3 aurefiey fi bien obey deux qtiil na nuls de fes Çubiects desquels ilfe puiffe mieux afieurer que de ceux *>i & de ceux la du val cC Angrogne^ aufquels il donne prefque femblable liberté. Que fi vous vou lez vn exemple du Pape , me fines en plus grand cas vous fcaue^comme cefiquilfoujfre les luifi, aitec leurs fynagogues en toutes terres , (jrpays

qui [ont àefon obeiffance : les luifs (dy-ie) que chafcunficait efire vrays ennemis de Chrifi: Mon feigneur , mettons le cas que ces gens cy fu fient tombe^ en quelque erreur : (comme vn chacun deux confère quils en ont commis vn bien lourde quand ils Je font par tant de fois fiez, a ceux la de Valois : CMais mettons le cas que terreur fusi en articles de lafoy:ilsfe font toufiours foufmis den vouloir eïier a tefcriture: ils faneront condem- nation , son leur monflre quils font de ce us : & font p refis a fie rétracter son leurpouuoit enfei* gner mieux, ils ontfaict voir tout ce qu'ils cro- yent. ils font toufiours prefls de le faire auec dou- ceur & comme a Chrefiiens appartient, le fuis icy contraint de dire , qu'il me femble que ce fie voye eft la meilleure y & lapins feure , pour ïefiatfa pour la confidence^ que nefi celle de feu , é'fiang. Quant a eux* ilsfcauent refiondre de leurfoy^de leur efierance^parleni de Dieu pertinemment^ prefque mieux que nos docteurs : Quant il nous* nous ne feauons pas bonnement pourquoy nom viuons,nous ne parlons iamais de Dieu, fi ce nefi le blafphemanty & ne croyons qua nos cure^ ou a ce que leurs chambrières croyent. de leur vie^auec lanoftre$ton enfaitt comparaifon^on fiait quils font loin de desbauche , autant que nous enfiom- mespres : cependant nous nom difpenfons de les

tuer

tuer tout a crédit: Monfeigneurje Confeilvaut mieux \que Gamaliel donna udisJLors on pour-* fuiuoit les Apoftres : cefide laiffer ces gens en paix : car fi leur confeil ou doctrine eft des hom- mes , foye? certain qu il fera desfaiff tout a plat: que ficefie œuure efide Dieu , tamais on ne la pourra deffaire. Les eftats affemblez a Orléans* quelques partiaux qu ils fuffent$ peu libres ju- rent comme vomfcauez , de cefl ams : les gr ans perfonnages de la France^apres auoir ouy les mi- nières des Huguenots a Poifiy , confeillerentla mefme chofe. Ainfi^fivom tenez, ce train , Une faut la que vous doutiez , que les Huguenots ne défirent voflre auancement>& grandeur :&quils n oublient ayfeement tout ce quils ont receu de perte par vos deuanciers, & parens : e fiant chofe toute a(fe urée, que les iniures nouuellesquon leur va iournellement multipliant \ leur font perdre la mémoire des vieilles : Et que pie ça, on ne parle plus que des tours de la Roy ne mère , de Birague, du Feront telseftafpers qui manient tout ce po- ur ç Royaume en rond Je pie coy$ a Vaffades^ tout ainfi comme il leur plaijl. Au fit ne faut- il pas douter que ce fie v ye débonnaire ne plaife bien aux Catholiques >de} (quels les vnsjpar trop lafez^ ne demandent que le reP os: cries autres \ont touf* tours eu ex horreur toute cruauté.

Cela eft doncques refolu que ces deux partis la vous rient : fa par confequent , que le gros de la France vous y defire : Une rejle que le me- nu. Ceux de Montmorency vous en veulent: fa vous leur en deuez aufsi. llefla craindre quils ne montent bien tojl en crédit > ce dici-on , par la faueur quvn Duc leur porte : mais âeuancez les dextrement: ils font iufqu a prefent bien foi- blés, gardez* quils ne rentrent en cour. Que s ils yfont^fa bien auavt, déclarez vous ouuertement four libérateur de la France: vous verrez ceux de Valois bas , abandonne*? de leurs fupp os : le feuple crier liberté , fa les Gentilshommes vous fuyure: mette^au deffus les Ejlats:faicîes quils recouurent leurs forces : Remettez l anciene po- lice : faites que Justice ait lieu : rengezmoyla gendarmerie , fa caffeTtoutle fuperflu : chaffez loin de nous lest ranger , fa les Italiens quon hait tant , de f chargez le peuple dimpos fa vous contentez du domayne , fa de l ordinaire cou- rant. Bref montrez vous en ceB aage le père de voftre Patrie \quifemble vous tendre les bras: MonHre^jvous tely (dis- te) par effet \ fa non par efcrit feulement , comme ont fait ceux la de Va- lois > fa vous les verrez bien camus, le vous di- fcourroys volontiers les moyens que îeHime les plus propres > a mettre afin vneft heureufe en- trepris

treprife , nesloitque te maffeure , que monsei- gneur le Reuerendifîime vojlre Oncle , vous les fcaura trop mieux tracer au vif , & aufîi , qui iefpere auoirbien toïi l honneur de vous pouuoir aller baifer les mains , & de vous dire a, bou- che j ce que le papier ne peut que mal feurement porter. Cependant, ie vousfupplie treshumblc- ment de vous refoudre , avnacle fi gêner eux y & magnanime, & de vous y dijpofer au plus tosi quilferapofîible. Si vous ne lefaicîes bien toB> croye^monjeigneur , te me doute , que vous natte ndre^que trop tard : les Nobles , auec- que s le Peuple 3 pourront bien vouloir recouurer par euxmefmes, leur liberté perdue y fafecouant le ioug de Tyrannie , ejlire vn Roy fubiet aux loix, comme iadis firent les nofires, toutainfi que font les Polaques Ce fer oit alors a briguer, ce que Coccafionpre fente (fivous la fcaueZ empoigner) vous met comme de (fus la teïte. Souuiene vous, que fie ejl chauue derrière : A tantiefupptlieray Dieu y

Monfeigneur , quilluy plaife vous touchet le cœur de forte, quenfuyuant mon auis> & con- feil , vous aye^a bon efcient pitié, & compafiion de vojlre Patrie > que les Tyrans , le s femme s y les Italiens, les gabe/liers •> lesRuffiens, & maque- reaux , vont rongeant iufques aux os : & quil

vous âointAuec vn heureux fuccez , & en tref-

bonne fantê ->è>fro(j>eritê > très longue,

& tresheureufe vie, de Reims

le x. de Décembre

15 7 1

. *

D / A-

DIALOGISME SFR L'EFFl gie de la Paix.

Le Polonois. La Paix Valoife.

Pol. Quelle femme efl ce ou Nymphe que te voy$ Ayant le port de la file dvn Roy, Plu* haute a voir que quelque chofenec* D'habits nouueaux étrangement ornée, Haute enfourcy^fuperbe en f on marcher* MaUappru eftqui nofe s'approcher. Dttes- moy Dameyou Nymphe fi 'vous eftet Du reng de nom^ou des Grâces cele(les, jQui quelquefois fréquentent les humains: Puis s en reuont en ces lieux fouuerains9 Quand les mortels fe plongent en tout vice* Seriez, vous point ce fie belle luftice, Qui sefmouuant nous viene voir ça bas, Pourappaifer les guerres fè) combats? Pa. Je ne fuis pas ce que/Ire tu me penfe,

le fuis la Paix que Charte a mife en France Dont iefuis fœurjtafiardc comme luy> Le plus loyal des hommes dauiourd'huy. Pol. Vraiment tu as vn bon traiflrc de frère. Maisdy moy donc>qui fut aufîi ton père* Pa. Mon père fut vn Diable def Guifé De fous l habit d'vn Prcflre fuppofê MonftrcfataU cornpofê de tout vice. Trouble repos,e(lablc £auaricc> Dont sefchaufa celle noble Putain* Ltfang %nfeU des bougres d'Italie*

î) 1 A LO G I S M E.

Nourry du UiB. d'vne horrible Furie, Quyn Pape au col des V alou attacha Et dans lefein de nos Roy s U cacha* Tout y nourrir la flammèche allumée* Dont France vniour fufl toute consumée* Caufe de maux3femence de malheurs I Pol. Ce voile ainfi bigarré de couleurs* Et ceft habit de pourpre figure e> De bleu ^ de verd^dr. rouge couloareé* Monjtre-H pas^aqui le verra tel, .Que tu nés pas Àvnfimple naturel? Pa. Au fit nefms-ie: atmfnit ie tome telle Que tesjfntfaux £r cauteleux de celle* Qui la ttjju iïvn ouurage dîners* De traiilres ieux ft) defembUnts couuerts4 Pol. Et ces cheueux que tu vas non ch allante Portant efbars^atnfiquvne Bacchante? Pa. Ce font les Rets .ou fous ombre de Foy> Et de repos 3ceux qui vienent a moy A moy font prit Jars qtitls mepen/ent pendre* Et dans mes las ne f aillent a fe rendre Ceux-là dont Mars ri a dompté la Vertu* Pol. Quel efcuffon>Valotfe> portes-tu?

Ou trou Crapaux dedans le champ fe traînent Pa. Les trois Crapaux* air/ fi que nos gens tienent* Furent tadu ht firmes des vieux Roy s: Mais lors que France heureufe prit les loix DeltfîtiChriftJes armes fe changèrent* Et les beaux Lis les Crapaux effacèrent: lufi/uà ce temps ^que nos Roy s ont quitté (Ah mal henreuxlj la vraye Chreftientéi

Intro*

DIJLOGISME,

IntYoàuifans au lieu du Paganifme Y ne Sodome^vn horrible Âiheifme Dedans la Courait les Lis font fenez^ Et les Crapaux en France retourne^ Pol, Mais dequoy fer t ce mors tç) ce chcueftre Et ce ferment quipendatafe efïr/ù

Paé Cïft mon amy^dont te bride les veaux> Qui samufans a mes Ed%ts nouueaux Croyent a tout ce que Charle leurjuret Le Serment >ce/l ma verge de Mercure* Dequvyi endors & charme î Huguenot*, Et dufommedi? fevucye à ta Mort.

Pol. Et fous tesptel^ Pz.les deux pthers de France (La Pieté & £ égale balance De la luftice h ont eu fe de nos Roy s: Qui font pœjfer lenrs platfirs pour les loix) ladts débouta & maintenant parterre Sous vne Paix plus barbare que Guerre.

Pol. Matspourquoy donc mauujtfe tefais-tu N ommer la P ^jkï, compagne de Vertu?

Pa. SutJ-icps.s Paix qui en paix éternelle, En couche tel» qpêi iamais ne sefuei\le\ Plus ne font guerre^ plus n ont (XennemiSy Ceux i]uifous moy repofent endurmisy Et fur U Fryqit-e Charles a tu*eem

Pol. Pourcjuoy ncns tu cefie Umeferrcc?

Quiferroit mifttxa vn Mars inhumain?

Pa. Pour faire encore vn beau coup de ma maim Sous l amitié de Noces co-fermee^ A Survendre OH UU la force affirmée , lefang des Nobles m.f/acrez*

DI A L06 1 S ME.

Parmy le vin des Conuiues facre^ O faux at traits !o traislre mariage! Femmesyenfans cherront en ce carnage^ Et de leurs corps les ondes Rempliront? Dufanç ver/è 'les fleuues rougiront: joints a U fin^fi dïvn coup de tempe fie Ce Dteu Vengeur ne me frvtffe la tcFlc* Du mefme acier moy mefmemocctray. Et fur les tmens cefang $e vtngeray* Poh Comment! veux- tu Montrer aufit toy-mefmet Tournant vers toypar defefpotr extrême Le fer tout nud dedans ton propre fein? Pa. Latjfe moy fur e , atnfique de leur main Mwe<>& tnfans^r du Tyran t engeance Faire on verra deux mefmes la vengeance: Pol Q^y qud en faififant rite tenir: Car tu pourrai meilleure deueniri Et vraye paix vn tour a (aduenture* P*. Ne le croj pat que iamais iefoyefeure: Tant quonvtrra la matfon de Valois F au/fer lafiy , fç) ferire des Loix : Lesftux Edits £vn Parlement efclaue D'vn CardiaaUparement deConclapé: Tant quvnConfeil de monfîrercompofé, Vne Chtmare^vn Garde féaux ru fè% jQui ti ont pour Dieu que FEji*t& la Panfe» T tendront en main les gouuemdux de France: Tant (ju Italie en France régner a% Tant que la France hors de France fuyra: Tant qu on verra de Florence la tee , D*vn C 1ère ferme i & d'vne £ m cotjfee»

Et

Dl A L O G IS M E.

EtqueCatinaurafes EHa/ôns,

Vn Diable au ventre^ vn Preftre a/es talons*

VERS AV f CHASS%VR Déloyal*

Je ne feauroy penfer lieu ou tupourrois efire

Charles en feureté auecques quelque honneur:

Le peuple François ta fi fort k contre-coeur *

Xhïilte veut aufiipeu pur valet que pour maifîrei

L'accort Italien t es rttfes feait cognotîîre,

L! H espagnol polittefe rit de ton malheur*.

Le More ne pourroit fouffrtr ta Barbarie:

L'Anglois ft) ÏEfcoffois ne veulent point de îôy%

L Allemaigne maudit vn fi barbare Roy:

Le Turc {& le Sophi deteïlent ta furie*

Ils font MahkmetainS)& turiatpoint de Foj:

Sans Foy Ion ne va point en la celefie gloire:

Les Diables en Enfer craindront te receuoirj

Et après le Conct/,quc nous deuons anoir

Les ProteFlans feront rafer le Purgatoire:

Tu eujfes donques bien à tesfuiets pourueU

Si mort-né le Soleil tamais tu n eujfes veux

JMais quon ieuïl droit porté dedans lafoffe noire*

£t quaux Limbes Papaux tu tefuffes tenu.

c y

rAVT VRAIS GENTILS*

hommes Fran çoù.

Vourcjuoy Frarçiife N oble/fe ï)Vfl Tyran i eftonnes-tu? Qhi n a force ne vertu Stnox celle ejtionluy iaiffe.

N* attenrien de fa large ffe N'en effiererie y de doux, Et ne crain point fort courroux^ Et tu verras fa foiblcjfe.

Celuy tfut craint ou défit c N'e/l refoln ne confiant , Et le licol va tramant, Tar oh- le Tir an le tire*

ji R Ç V M E N T D V premier dialogue.

*

Uthie , ce si a dire la vérité , eftant yi en vne defes maifons ,. quelle a li- brement drejjee e^ quartiers de la Hongrie qui e si fous lapuiffance du Turcy voit venir [on amy Philalnhie efchappe de la France : ïinterrogue deïoccafion dcfon àesfart: ïhiftonographe a la prière de Phi- lalithte la luy récite] discourant en gros les choies auenues touchant la Religion entra- ce , dés François premier mjques au mois aAouft 1571. fous Charles neuuieme ou il commence a raconter plus par le menu ce qui s'ettpafié. Le politique aide ïhislono- graphe au récit de ïhiHoire &* marque in- cidemment les fautes fai fies de tous les deux cosle^wonftrant al' œille miferable efiar de la France. Leglfe qui la eftoit prie & parle par fois félon lamatierefubietie.Daniel^cej}

à dire

*:

DïALOGV È. i

Interlocuteurs. jilithie. Philalitloie. L'hiftoriogrsphe. Le PoHti* que. VBglïfe. Daniel. Alithie. Oicy venir àmoy le petit pas,tout las & fort haraifé , félon qu'il me femble, mon ancien amy Philalithie. C'eft-il voirement: He Dieu, qu'il eft maigre, defchiré, desbiffé, & mal en poind! Si faut-il que ie l'embrafle, quelque mal veftu qu'il fbit. Que tu fois le tresbien venu l'amy :Qui font ces deux gens de bien qui vienent quand & toy? Phi. Vous foyezla tresbien trouUee,madame ma grande amie, Quant à ceux-cy defquels vous de- mandez, l'vn eft THiftoriographe: l'autre, le Poli- tique François.

Alt. le fuis plus aifc de te voir accompagné l'vn que de l'autre , fâchant combien l'vn eft ne- ceifaire & profitable pour aider à la mémoire, ôc feruir à la pofterité:& l'autre,le plusfbuuent per- nicieux &c dommageable , principalement s'il eft nourry à la cour d'aucuns Rois &C Princes que tu cognoisbien: toutesfois, fi tu as toujours bonne fouuenance de ce que ie t'ay enleigné, ife m'aiïei*- *eray que telles gens que les Politiques d auiour- d'huy, ne te deftourneront facilenient de l'amitié que tu me portes.

Plot, l'aimeroy mieux eftre mort, que de m efloi- gner tanjt foit peu de mon deuoir enuers vous, ou de fléchir aucunemét de ce que m'auez enfeigné. Quant au Politique que vous voyez, côbien qu'il ait cfté nourry quelque temps en la cour du Roy

z . D.I A L O G V E.

Charles ix. fi eft-ilfi modefte &c bien auifé , que tant s'en faut qu il fe foit elïayé à me diuertir de mon fainéfc propos , qu'au contraire toufioursil m'y a aidé & fauorifé au poiïible : iufques là, que me voyant partir de France, ils'eft ioind à moy, auec ce bon Hiftoriographe:Me prians tous deux (quoy qu'ils ne cognoiilent pour toutes veritez, que celle de l'eftat) de leur permettre de courre pareille fortune que moy (Ce furent les mots dont ils mVfer enta mon départ) quelque chofe qui me deuil auenir : depuis en ça, nous auons touiiours efté compagnons de voyage, de table , & de li6t, auec toute la meilleure paix & créance que Ton fcauroit defirer. jih, le fuis bien aife d'entendre ce que tu en dis, & de ce que Dieu t'a pourueu en eux d'vne fi ho- nefte compagnie , & penfe que ce n'eft: pas fans myftere qu'ils font venus auec toy.Mais qui t'euft iamais penfé icy? Phi. Mais vous vrayemenf.il y a bien plus dequoy s'efrnerueiller à vous y voir habiter3& y tenir mai- fon (comme ie m'apper çoy que vous l'y auez dret fee) qu'il n'y a de m'y voir venir. jilu Quant à moy , eftant pluftoft Cofmouâgue qu'arrefteeen certain lieu,ce n'eft pas de merueil- les fi paffantuar ce pays , &m'y voyant bien re- çeuë, i'y ay planté mon bourdon & enieigne , & drelfé ma famille , tout ainfi comme ie fay en tout autre lieu Ion me reçoit : Mais toy , duquel la patrie eft fi fertile , fi heureufe , &c pleine d'vn fi grand nombre de nos amis, ie m'esbahy comme tu as iamais eu le cœur d'en fortir, pour venir pe^-

reçrinet

BIALOGVE, $

fecriner en reçnm tanc efloianee de la tienne; Pb$. Quand tu fçauras ce qui m'y a conduit, tu t'efmerueilleras beaucoup plus de ceux qui m'ont donné occafion d'en fortir , que de moy qui l'a/ lceu prédre. Quât à ma retraidte en ce pays,lepeU de leureté que îe voy aux autres plus voifins, pour la tetardife de ceux qui y commandent , m'a con- traint(par l'aduis mefme du Politique) de venir ici de bonne heure cercher fiege,&: repos afleuré. Alu Que tu y fois derechef le bien venu. Qiiand tout eft dit,la demeure en ces terres-cy par la grâ- ce de Dieu eft beaucoup plus affeuree & plus li- bre pour nos amis,qu'elîe n'eft en beaucoup d'en- droits où ceux qui le dilent Chreftiés ont la pui£ fànce &le gouuernement.Mais ie te prie,dy moy la raifon, pourquoy tu es forti de ta patrie, &c qui t'a ainfi defualizé & defapointé de la forte? Phi. le fuis content de te le dire,&: te prie de croi- re, Qjjo y qae ce mefchefme foit àduenu pour l'a- mour de toy:de ce que fauorifant ton parti^ie t'ay toufiours confelfee & maintenue , enuers tous& contre tous: le ne t'en demanderày aucun grand- mercy : encores moins t'en fcaurây-iè mauuais gré^ny ne quitteray pourtant l'obligation que i'ay à te défendre &c maintenir , à la vie 3c à la mort: Mais s'il te femble mieux que rHiftoriographe que voila, recite le faift pluftoft que moy, qui pourroy'fembler fuiped àces meiïieurs quinous cfcoutent : luy, qui a la mémoire bonne, & l'inté- grité requife à fon eftat , te pourra informer fom- nirârement , & ces auditeurs cnfemble , du faicl ainfi qu'il eft patfé.

A u

4 DIALOGVÉ.

Alu le me refiouy grandement de te voir aînfï conftamment perfeuerer ( quoy qu'il t'aduiene) en mon amitié de ma part , ne doute point que ie ne te rende la pareille, & à la fin des douceurs (fî tu pourfuy) nompareilles. Quant à ces aigreurs palïageres que mes amis fouffrent le plusfouuent, tu fcais que la faute ( que le monde qui me hai& fait contre moy Se les miens)ne me peut eftreim- putee,aufli peu qu'au bon vin,le blalme que l'hô- me par fon intempérance s'acquiert.Mais pource que cefte matière requiert plus long difcours , Se que ie fcay que tu es bien refolu de ce qu'il en faut croire,attendant que nous en puifïion s parler plus amplement au bénéfice commun des ignorans: il vaut mieux que l'Hiftoriographe nous die main- tenant tout haut, afin que ceux cy l'entendent, ce qu'il a recueilly Se appris de tes miferes 8c difgra- ces. Nous veux-tu pas faire ce plaifir , mon com- pagnon?

JHift. le fuis fi grand amy de la vérité, Madame, que combien que ie ne vous cognoiffe point , Se qu'au récit de telle tragœdie, voire au ieul iouue- nir ie fente tous mes fens frémir, Se iufqu'au poil s'henifonnenfi fuis-ie content de dire finceremét ce que i'en fcay,à la charge que mon compagnon le Politique m^aidera,adiouftant ce que ie pour- roy' oublier par mefgarde,& retrenchant ce qu'il cuidera de trop di£t.

jilt. C'eft bien auifé. Que t'en femble feigneur Politique?

Pol. l'en fuis content :& d'autrepart marry,d'ouyr t&frefchir h mémoire de ce que, pour l'honneur

de ma

DIALOGVE. 5

de ma patrie, de mon Roy , Se des fiens,ie defire- roy' eftre enfeaely au plus profond du puys de l'oubliance.

Ali. Commence donc ie te prie, Hiftoriographe mon amy, fans y adioufter du tien, ny temonftrer pafïïonné pour l'vn ou l'autre party : dy-nous fim- plement le fai£t„

HiSl. le ne le puis pour maintenant dire qu'en gros,n'ayantpres de moymesmemoires:maisi'e^ fperebienen Dieu,qu'vniour ie lairray le tout par le menu , & comme il s'eft palfé, fans en rien diiîimuler, eferit à la pofterité.

Pour cefte heure, Oyez. La lumière de l'Euangile (car ainfi l'appelloit-oh) commençant par la voix & les eferits de Luther, Bucer, Zuingle, Ecolampade, Melan&hon, Se au- très doftesperibnnages, comme de nouueau à fe manifefter : Le Pape (toutainfi qu'en Alemagn^ par Ces menées , Se par les armées Se moyens de Charles le quint, aulli en France par le moyen de François premier) s'y oppofa fort& ferme pour en empefeher le cours , auec bourrées Se fegots, iufques à feire brufler par fentences Se arrefts, les liures du vieil & nouueau Teftament,d'où l'on tr- roit cefte do£trine,s'ils eftoyent tournez en Fran- çois ou autre langage vulgaire, Se auec les liures, ceux qui les maintenoyent , qu'on nomma pour lors Luthériens. Ceux de Merindol en Prouence, peuple infkuitde longue main par fes predecef. leurs en la dodtrine de l'Euangile, furent par ar- reft du parlement de Prouence en l'an 1540» con- damnez comme Luthériens à eftre brûliez» Ec

A iij

6 D I A L O G V E.

pource que la ville de Merindol comme Ion di* soit eftoitla retraite & fpelonque des gens tenans {ç£kes damneesp fut ordonné par le melîne arrefl: que lesmaifons y leroyent raiees &c démolies y &c le lieu rendu inhabitable.

Quatre ou cinq années après ceux de Merin- dol , ceux de Cabrieres & le peuple de vingt & deux villages d'alentour, pour la rhelme doctrine furent pourfuyuis à feu & à iang par le feigneur d'Opede premier prefïdent , & lieutenant pour le Roy en Prouehce aflifté du Capitaine Poulain qu'on appelle le Baron de la garde , & d'autres Capitaines & foldats en grand nombre iufques qu'il fut tué &c meurtry des poures gens de Cabrieres hommes, femmes & enfans enuiron le nombre de huit cens , contre la foy que le fei- gneur d'Opede leur auoit promis '&iuree. Plu- sieurs autres grans meurtres & pilleries furent e- xercees fur ces bonnes gens defquelles ie me tay, pour ce que l'hiftoire qui en a efté efcrite en fait aflez ample mention. François premier decedé la me/me pourfuyte fut faite ious Henry fecond,qui luy fucceda à la couronne : durant le règne du- quel, non feulement les Hures Se les corp^des Luthériens furent brûliez, ains aufli leurs légiti- mes héritiers priuez de leurs biens , qui pour ce regard eftoyent confisquez & donnez à la duchef- ie de Valentinois , au Marefchal fainâ: André, ou à d'autres Semblables courtizans ,*en recom- penfe de leurs bons, honeftes & loyaux feruices. îl fut defcouuért de ion Reene vne alfemblee de trois cens perionnes en la rue Sain£t Iacques

dans

DIALOGVE. 7

dans Paris, qui afliftoyent à vn preiche qu'on fei- /bit la nuid en vne maifbn priuee , ou auiîi la Cène fut lors célébrée entre eux : les preftres &c le peuple Parifien les furprirent , les outragèrent de parole & de fait , plufieurs de l'affemblee fu- rent feids prifonniers & pourfuyuis par les offi- ciers de la iuftice. Nonobftant cela le nombre de ces gens alloit toufiours en augmentant , ils firent courre par Paris &c ailleurs certaine Apo- logie pour eux purger des crimes qu'on leur met- toit à fus, affermans qu'ils ne maintenoyent que la vraye religion pour laquelle pluftoft que de l'abandonner ils eftoyent contens d endurer feux & tout autre genre de fupplice. Le Seigneur Dandelot neueu du Conneftable & Colonel de l'infanterie Françoife fut accufé au Roy Hen- ry d'eftre du nombre des Luthériens, Et en fin fut fait pnfonnier pour auoir dit librement ce qu'il ientoit de la Meife en la prefence du Roy, &futpriué de fa charge Jde Colonel, à laquel- le toutesfois il fut puis après remis par l'entremi- fe du conneftable qui le reconcilia au Roy le- quel à la fin après la paix faite auecle Roy Phi- lippe, refolu de ruiner Geneue , en haine de la doctrine Luthérienne , & pour icelle mefine , de voir brufler A. du Bourg Vvn de {es confeilliers au parlement de Paris : au milieu des mariages, feftins , délices, ieux & tournois , eftant bief- en l'œil dVn coup de lance , que le feigneur de Mongomery luy donna , en iouftant contre luypar ion commandement , par grand defaftre mourut,

À iiîj

8 DIALOGVE;

Apres Henry, lemefme feu côtinuafbus Fran- çois fecond,qui luy fucceda au Royaume,duquei tout le gouuernement tomba aufsi toft entre les mains de mefsieurs de Lorraine, tant à caufe de leur nièce royne d'Efcofle, qui eftoit mariée à François,que pour leur habileté & foupplelfe.

Les Princes du fang,voyans l'eftat du royaume es mains du Cardinal de Lorraine , du Duc de Guyfe,de fes autres frères Lorrains, de leurs par- tions & amis, n'apperceuans en François autre chofe de refte que le nom de Roy feulement, fe résolurent de luy faire entendre l'eftat de fes af- faires, de le fupplier treshumblement de conuo- quer au pluftoft les eftats de fon Royaume, de le matiier & conduire auec Faduis des princes de ion fang,ou bien de les charger du maniement, & s'en repofer fur eux , fuyuant les ancienes loix de France,infqu'à ce que l'aage luy euft apportéplus . grande cognoilfance d'affaires. Quant à eux,ils ne pouuoyent plus longuement foufmr,de voirie Royaume conduit à l'appétit d'vn Cardinal, (du- quel la vocation eftoit de prefeher) & de fes frè- res lefquels deuoyent en toutes fortes céder aux Princes dufang,& pluftoft rendre conte de leur adminiftration, que palfer outre à la conduite de l'eftat* n'eftans exempts de foupçon de le vouloir emparer du Royaume : Ce que les Princes crai- gnoyent d'autant plus , que ceux de Lorraine fe difoyent defeendus de Charlemagne,fils d.e Pépin roy de France,fur la lignée duquel, après la mort de Loys le Quint $4. Roy de France, en l'an 988* felôn que leurs luftoriens le recitent,Hugues Ca- pe t vfur-

DIALOGVE. 9

pet vfurpa le Royaume , lequel depuis eft tombé es mains de fes fucceifeurs de Valois, aufquels les Lorrains l'arracheroyent facilement , la ver- tu des naturels vaffaux & loyaux fuiets , n'y met- toit empefchement. Quant à lareligion,ils defî- royent que le Roy fe lailfaft fléchir, à faire ceffer les feux qui eftoyent allumez par tout le Royau- me encontre les Luthérien s,à caufe de leur foy & douane , laquelle les Luthériens difoyent eftre contens , que le Roy fift examiner aux gens do- ues par la îain&e Efcriture , feul & vray iuge de ce faid.

Ces poin&s rédigez par efcrit en forme de fupplication & remonftrance , Loys de Bourbon prince de Condé, s'eftoit chargé de les prefenter au Roy, qui pour lors eftoit à Amboife : Quand ceux de Lorraine, doutans qu'vne telle requefte ne fuft caufe de quelque (iniftre changement à leur defauantage , par le moyen des gentilshom- mes de leur fuite , & des archers de la carde , fi- rent empoigner aucuns des gentilshommes qui eftoyent venus pour accompagner le prince de Condé: les firent exécuter à mort, & elcarterent les autres: de forte, que ce deflein des Princes &C feigneursFrançois fut de tout poinft interuerty,& vn bruit femé(pour rendre le raid: odieux) que C& n'eftoit pas contre ceux de Lorraine, ains contre le Roy.non pour le fupplier pour la religion , o\\ pour le bien de l'eftat , ains pour l'occuper &r cn- uahir,que celle entreprife eiloit faite. Le nom de Huguenot fut auiïi dés lors mis à fus , pourvu fobnquet d'ignominie à ceux qu auparauant tfu

io DIALOGVE

nommoit Luthériens, & au lieu de faire ccfler les feux contr'eux , ils en firent plus afpre pourfuite que detiant,reduifant meilleurs de Lorraine en tout le furplus , l'eftat des affaires du Royaume à leur plaifir & volonté, iufques là,qu'ayans fait re- muer la Cour d'Amboyfe à Orléans, &c affigné îesEftats, ils y firent au(îi venir le prince de Con- àéy Prince du lang , qu'ils firent emprifonner dés l'heure q^'ily fut arriué, pour luy faire rendre compte de ce quis'eftoit parte à Amboyfe:en dan- ger d'y laifter la vie , il le roy François toft après par vn mal d'oreille qui luy furuint, ne fe fuft ha- fté de quitter le premier la fienne. JLepol. le me fouuien fprt bien de ce temps-là & de ce que tu viens de dire. Mais quant à la conuo- cation des Eftats faite de la part de mefïieurs de Lorraine^fbuslenom du Roy François,ce n'eftoit £{u'vn mafque & couuerture Cgi As prenoyét: pour xnonftrer qu'ils eftoyent contens que les ancien- nes loix du Royaume fullent remifes fus,& entre- tenues en leur force & vigueur par l'aduis commû des Eftats (iadis cerueau, yeux , &c oreilles de nos Rois les mieux aduifez & la bride & chaftifol des fnelchans 6c des mal fages) afin d'arracher par ce moyen du poing à la Nobleiïe Se au peuple, tout prétexte de murmurer contre le gouuernement Lorrain: Car quant aurefte, ie fcay bien qu'ils ne vouloyent rien quitter de leurs defteins , faiians

{>our cefte caufe élire aux conuoeations particu- xeres qui fe faifoyent ésprouinces du Royaume, de$ députez aux eftats généraux, les plus affe- &iomez de leurs partizans & amis ; mais la mort

du Roy

DIALOGVE. u

du Roy inopinee,ne pouuant empefcher leur de- iîr de voler 3 retrancha en beaucoup de fortes les aifles de leur efperance.Peu de temps apres(com- me vn defaftre ne va gueres feul)il fut ioué vn ter- rible tour à monfîeur le Caidinal,fi d'auenture ne Tauez fceu: ie le vous diray en deux mots.

Le pape aduerti de Tiffue du faiét d'Amboyfe, & du bon deuoir que le Cardinal de Lorraine a- uoit fait à maintenir le parti de fainûe mère E- glile Romaine , contre les Luthériens deuenus Huguenots (qui fembloyentne fe contenter que les feux allumez ceffaflent, fi quant & quant ils ne parloyent & difputoyent publiquement de leut religion & do&rine) luy refcriuit par vn courrier exprès des lettres gratulatôires , lemerciant de la bonne volonté qu'il auoit monftré à maintenir le parti du fainct fiege Romain , & le priant de continuer de bien en mieux en celle bonne affe- ction : en recognoiifance de laquelle , il luy en- uoyoit en don par le porteur, vn tableau confacré par fa fain&eté,d'vne noftre dame de grâce tenant fonfils entre fes bras, que Michel Angel de fa plus docte main auoit pourtraid comme vn chef dJœuure.Aduint(côme Dieu voulut)que le cour- rier quiportoit les lettres du Pape auec lepre- fent du tableau,eftât tôbé malade par les chemins, rencontra vn ieune marchât Luquoys catholique qui s'en alloit en cour, & fe difoit eiire au Cardi- nal de Lorraine (combié qu'à vray dire il fuft fon ennemi mortel & defefperé , par ce qu'il ne pou- uoit auoir feure affignation du Cardinal,qui m'a- nioit les finances de France, d'vne grande fommc

|l DIALOGVE.

de deniers qu'il auoitfournyau roy Henry lors des guerres de monfieurde Guyfe en Tofcane le- quel il creut facilement , bien aife de cefte occa- sion , puis que fa maladie l'empefchoit de paiïer outre: ayant donc apprins le nom du Luquoys, & doutant que le retardement des lettres de fa fain- deté ne luy fuft dômageable, il le pria de fe char- ger des lettres & du tableau, qu'il luy remit entre mains,pour lesliurer,commeil promit, auCardi- dmal. Ce Luquoys ne fut pas fi toft à Paris, que a- yant rencontré vn peintre à fa pofte, &: l'occafion de faire vn fcorne à monfieur le Cardinal,fit faire vn tableau mefme grandeur, le Cardinal de Lorraine, la Roynefà nièce , la Roynemere,& la ducheile de Guyfe eftoyent peints au vif nuds, a-» yans les bras au col, &les iambes entrelacées l'vn auec l'autre : puis le fit foigneufement empaque- ter dans le tafetas Se toile cirée de l'autre tableau, & trouua moyen de le faire configner,auec les let- tres de fa fain&eté , en la chambre du Cardinal, lors qu'il eftoit en confeil,en.tre les mains d'vn de fes lecretaires:Quand monfieur le Cardinal reue- nu du confeil, eut leu les lettres de la fain&eté, il jrefèrua de yoir le tableau au lendemain difnenau- quel tout exprès il conuia meilleurs lesCardinaux de Bourbon,de Tournon, & de Guyfe,les ducs de Montpenfier , & de Guyfe , &c quelques autres grands feigneurs:ils ne furent pas au fécond ferui- ce, que monfieur le Cardinal ayant fait lire tout haut les lettres de fa faindeté, efmeut tellemét le defir de la côpagnie à voir noftre dame de grâce, que quittât le repas du corps pour repaiftre leurs

efprits

DIALOGVL ij

eiprits, ils firent apporter le tableau, lequel bien dextrement defueloppé,eftant regardé par eux>& trouué tel que ie vous vien de dire , ie vous laifïe àpen&rfi ces feigneurs en furent eftonnez5&: monfieur le Cardinal fafché. Ubifl. le n'auoy' point encore ouy faire ce con- teimais vrayemét if eft admirable^ digne que ie le couche entre mes efcrits>pour môftrer d'vn co~ fté la force la vérité , laquelle dVne façon ou d'autre toft ou tard faut que fe deicouure , &c la puiflance du defpit fur vne perfonne outrée. LepoL Quant au defpit dont tu parles,fi celuy du Luquoys le pouiïa à faire ce traitfc que i\iy recité, alfeure toy que le defpit que monfieur le Cardi- nal en print > cuidant que ce follent Hugnenots qui luy eulfent ioué ce tour , leur a caufë beau- coup de maux qui leur font depuis furuenus. Phi/. Ainfibienfouuentjmriocentfouffrelapei- ne deue au coulpable : mais pour n'entrer plus a- uant en ce difcours5ie te prie Hiftoriographe, re~ pren le fil de ton hiftoire.

IJhïSl. Charles ix. François fon frère decedé,fîic- céda à la couronne en l'aage de dix ans : Et Ca- therine de Medicis famere58c Anthoine de Bour- bon roy de Nauarre , premier Prince du fang e- ftansen différent touchant le gouuernement de la perfonne de Charles &: de fon eftat > & peu a- près tombez d'accord à l'auantage de la mère : le prince de Condé fut déclaré innocent 5 & abfous du faidfc d'Amboife , tenu pour bon parent du Roy , & deliaré: Les feux aufli & pourluites con- tre les Huguenots furent faits celienles eftats de

14 D1A LO G'VE*

France alïemblez: leur aduis entendu, & fuyuaiit îceluy eu aufïï l'aduis des Prefîdens ScConfeil- liers des Parlemens de la France , auec les fei- gneurs du conieil priué du Roy , fut fait vn Col- loque à Poifly , deuant le Roy & Ces Princes, en- tre les plus doifces des Catholiques & des Hugue- nots : lefquels ayans tait confeflîon de leur foy, difputé d'icelle en public , &: maintenu leur do- ctrine par les Efcritures, obtindrent pour conclu- fîon vn edi£fc du Roy, par l'aduis du fufdid Con- feil,au mois de Ianuier en l'an 1561. par lequel fut permife aux Huguenots liberté de confeience, & exercice de leur religion hors des villes du Roy- aume. De fourdit vn grand nombre d'Eglifes (ainfilesnommoit-on) & d'affembleesde Hugue- nots par la France : on prefcha à la Cour, hors de Paris, &c es autres villes , auec telle efficace , qu'à vray dire on voyoit ces gens-là s'amender en la vie,& s'accroiftre en nombre à veuë d'œil. Mon- lîeurle Cardinal de Lorraine & meilleurs fes fre- res3ne pouuans fupporter vne telle liberté en ceux qu'ils reputoyent leurs ennemis,& craignans que fi quelquefois telie dodtrine venoit en auant, ils ne fuflentcôtraints parla reformation de ces Hu- guenots , de quitter 300. mille efcuz de reuenu, qu'ils auoyent des bénéfices en leur maifon, & rendre compte de leurs charges &c maniemens palfezipour fortifier leur parti de Lorraine,attire- rent à eux Antoine de Bourbon , luy promettans de luy faire rendre par le Roy d'Efpagne le royau- me de Nauarre qu'il occupoit3ou la Sardaigne en change , érigée en Royaume ; Ils s'adjoignirent

auffi le

DIALOGVL îf

iuïïl le Conneftable,& le marefchal faincfc André, tant à caufe de larecerche qu'ils craignoyent qu 6 fift vn iour fur eux, des dons immenles, receusdu. Roy 5 contre les loix du Royaume , que pour la crainte qu'ils auoyent d'eftre contrains de rendre les confiscations des Luthériens & Huguenots^ vne ibis ils auoyent le crédit & la faueur-Plufieuss autres grands feigneurs aufïi fe rengerent duco- fté de meilleurs de Lorraine,en haine de celle do» ftrine de l'Euangile. L'expugnation de laquelle e- ftant iuree par eux5 le duc de Guy le commença à faire preuue de leur delfein fur les Huguenots de Valfy y defquels luy ou fçs gens tuèrent vn bon. nombre 5 ainfi qu'ils les trouuerent aifembiez au, preiche. Quand & quand le prince de Condépar le commandement de la Royne mère (qui par leu très & courriers luy recommandoit la defenfc d'elle & du Roy fon fils,ayant defcouuert l'entre- prile de mejTieurs de Lorraine , & de leurs confe- derez)prit lesarmes,& les lit prendre auec luy aux Huguenots de la France, pour laconferuation du Roy, de ies Edidfcs, vaiïaux & luiets.

Meilleurs de Lorraine,ayans aupaiauantaflem- bJé forces de pied & de cheual en grand nombre, & auec eux le Conneftable, & le marefchal iain£fc André, vindrent à la Cour amez:& s'eftans em- parez du Roy, eurent auiïi à la fin fa mère fauora- ble à leur party.

Lepol. Il eiiainii. Et voila d'où nous vindret beau- coup de maux : car fi la Royne mère n'euft iamau donné courage & mandemct au prince de Condé de s'armer,ou l'ayat feit, s'eile n Vuft ptità i

t6 DIALOGVE,

adhéré à ceux de Lorraine, la guerre ne fuft point née , ny fortie fi auant, ne fi afprement qu'elle fît depuis : mais ie fuis certain que la Royne mère (qui auoit fai& tomber le gouuernement du Roy & du Royaume entre Ces mains) fe doutant, fi les Princes &c les grans du Royaume eftoyent vne fois bien d'accord , qu'elle en feroit defarçonnee , vfi de ce moyen de defunion , preftant fa confcience & authorité aux deux partis,pour les tenir en dis- corde, les affoiblir par leurs mains propres , & fe conferuer par ceft artifice après les coups ruez au gouuernement du Royaume. * UhiH. le le croy :mais tant y a,que la guerre prinfc vn tel trai£l , les vns & les autres ayans tantoft du bon,tantoft dumauuais:que finalement apresplu- fieurs prinfes , &c pertes de villes de tous les deui coftez , le prince de Condé fut fait prifonnier, en vne bataille qui luy fut liuree près de Dreux : le Conneftable de l'autre cofté y fut auffiprinspar les Huguenots, le marefchal fain£t André tué, & peu après le roy de Nauarre deuant Rouen, &le duc de G uyfe deuant Orléans , dont s'enfuyuit la paix tant defiree parles Huguenots , que la ne- cefïité de fe défendre , comme fay dit , auoit ar- meziaufquels de nouueau par Edi6t folennel, fait par Roy, fa mère, & fon conleil, fur la pacifica- tion de ces troubles, aiimois de Mars, itfi. fut accordée liberté de confcience , & exercice de leur religion dans les villes potu: lors ils fai- foyent prefcher,& en beaucoup d'autres lieux du Royaume.Toutce qu'ils auoyent fait en ces guer- re fut déclaré auoir efté iàit pour le feruice dul

RoyJ

DIALOGVË L 17

Roy, lequel neantmoinspar fon Edicfc leur com- mandoit de mettre les armes bas,& viure au fur- plus(leur confcience fauue)en paix comme aup** rauant3fbus les loix & police de fon Royaume. Le pol. Tu as oublié de dire,que la Royne d'An- gleterre(pour la conformité de la do6trine qu'el- le &c fes fubiets ont auec les Huguenots) leur en- uoya durant la guerre vn grand & puilTant fè* cours:qui fut caufe en partie,de faire hafter lare- fblution de la paix.

Uhifi. Tu asraifon:Mais pour reprendre le fil de mon difcours, l'Edid de pacification ne fut pas fi toft pub lié,que les Huguenots mirent les armes bas5& fe conformant en tout à la volonté du Roy déclarée par fon Edid , menoyent vne vie tran- quille Se paifible* Quand la Royne mere,fe fou-» uenant du tour qu'elle leur auoitioué (lesfaifànt armer à fon befoin Se mandement,Se neantmoins accommodant d'autre part ion authorité auxLor- rains,pour les faire mieux entrebattre,8e en auoir fon palfe-temps)8e doutant qu'ils ne peuflent ou- blier la mémoire d'vne telle offenfè , Se que tout le royaume eftant d'accord, on ne fift quelque delïein de conduire les affaires fans elle,craiçnât de perdre par ce moyen fon authorité :oupomble (comme Caton,qui appelloit confpiration en- uers le père de famille, la bonne intelligence de fesdomeftiques) ne pouuant voir plus long temps leftat de Tvn Sel'autre parti en balance,elle mon- ftra de vouloir entièrement fauorifer .le parti des Lorrains : mais cependant elle s'acqueroit parti- culicïement ldplus qu'elle pouuoit d'autres par-

iS DlALOGVE t

tizans , ayans pour ce , Fait faire vn voyage ait Roy tout à Pentour de fon Royaume,apres auoir pratiqué ( fous couleur de vouloir voir la Royne d'Efpagne fa fille) vn parlement auec le duc d'Al- be à Bayonne,o ù elle fut auec le Roy : o u aufli la toyne d'Efpagne& le duc d'Albe le trouuerent, non fans eltroite conférence, & ferme refolution de quelque chofe d'importance > que ie ne vous Jmis déclarer, jûli. Si fay bien moy :ie fuis contente de le vous dire. La Royne mère comme perfonne curieufe, ayant interrogué Noftradamus(quifemefloit de prédire les chofes futures) de ce qui aduiendroit èfes enfans :& ayant ouy qu'elle lesverroit tous trois Rois,croyant par trop à fes paroles, Se dou- tant s'ainfi aduenoit qu'elle ne fiift rëuoyée àFlo rence,pourvoir fesparens & amis,& ne fçachant quel parti prendre (tout ainfi qu'elle voyoitla force des eftats pieçà fupprimee & la loySalique, touchant le gouuernement , qui eftoit tombé en quenouille, violee)penfant que pourlafuccefïion du Royaume elle en pourvoit bien faire autant: promit &iura au duc d'Albe, de faire tomber la couronne de France, fur la teftede fa fille aifnee, ik par confequent du Roy d'Efpagne , pour fe le rendre bon patron & garent, aïi cas que fes en- fans mouruflent. Mais le duc d'Albe ne la pou- uantlegererpent croire, voulut pour confirma- tion de ce faict , que la Royne mère luy promiffc cependant , de rompre & caller TEdift de pacifi- cation,& dofter aux Huguenots tout ce qu'ils a- Uoyent de liberté de confçience* & d'exercice

religion,

DIALOGVE I. i>

éeligion , pour meilleure preuuedefabonne vo** lonté enuers l'Efpagne ^au détriment de la Fran- Ce,ce que.laRoyne fit volontiers] Le po. C'eftoit bien loin de reftablir le royaume en ion entier, que d'abolir les plus ancienes loix: elle eftoit bien loin de chauffer botine de The- ramenesjcomme nousconfeillions,quad elle vou- loic ruiner la moitié du royaume qu'elle difoit mal fàine,au lieu de côferuèr les deux , comme en vn corps demi paralitique on a accouftumé d'v- fer: He Dieu que la maiion êft malheureufe,quâd la poule y chante plus haut que le coq / Mais s'il vous plaift,que l'Hiftorio graphe pourfuyue , afin que ie me taife des maux fans remède. L'ifi. le le veux'bien. Apres ce pourparler fait h Bayonne,les Huguenpts fe plaignoyent en beau- coup d'endroits du royaume , des maux,des torts & iniuftices qu'on leur fiiiloit.de quelques reftri* âions de l'Edift de pacification , & de plufieurs contrauentions à la volonté du Roy faites iour- nellement à leur defauantage ', depuis la pacifica- tion iufques alôrs,durât le temps de cinq années. Et cependant la Royne mère fous le nom du Roy* ayantfoudoyé, fait entrer eh F race, & venir droit à la cour fix mille Suyifes, auec l'aide de ks parti- sans & autres peu paiiibles François , rompit ou- uertemet l'Edid de paix, fur Fheure que fe prin- ce de Condé s'eftoit accompagné pour aller trouuer le Roy àMeaux, & luy faire fes plain- tes 6c doléances , tant pour luy que les autres-' Huguenots , & nommeement fur cefte entrée d'éticangers iufques au miliei du Royaume, §*

%t> DlALOGVEL

près k perfonne de famaiefté , fans occafîon ap^ paréte.Gefte rupture d'edid fut telle & fi àpoin& nommé , que fi le prince de Condé &c ceux de fa troupe n'euffent pris garde à eux, les Suyifes (in- formez tout autrement deschofes) n'eu-lfent faiU li à les mettre en pièces , tant leur deffein eftoit bien drelîé.

Le /?p/.Nous eftions extrêmement marris, moy &c vne troupe de bons François, qui eftions pour lors à la cour, zélateurs du bien de Teftat &c de réputation du Roy , de voir prendre cefte routte aux affaires : de voir la foy publique violée , par ceux qui la deuiïent garder plus chère que leur propre vie: voire que ce fuft par les forces des Suylïès , qui auoyent la réputation entre les nati- ons,d*eftre loyaux obferuateurs de leurs promet lès iurees,d'autant plus que de ce mal dependoic comme d'vn ruilfeau vne nier de miferes fur nous & à le vouloir continuera fubuerfion entière du Royaume : auquel les Suyflès eftans alliez plus fort qu'au Roy ( pour dire vray) ôc leurs penfions payées des deniers desfubiets du Roy, nous-nous efmerueillions grandement,comme ils n'auoyent regret de prendre de leur argent , pour les vejiir tuer en leurs maifons,en violant toute foy,allian- , & feureté publique. Et fçachans combien es; Cantons de SuyfTe , il y a de grandes $c puiilantes Republiques , qui tiennét kmefme dodrine que les Huguenots François, nous doutions bien fore que le feu ne s'allurnaft parmi les Suyifes, en leur propre pays5pour les empefcher de venir en Frâ- çe%ï k tuerie desHuguenots:nous trouuions au£

û

DIALOGVEI. 21

fi fort eftrange,de voir ces pour es Suyfles fe laik fer mener à la boucherie (car sas doute il en mou- roit & en eftoyent tuez beaucoup en France pour trois ou quatre efcus le mois ) à la merci de trois ou quatre Colonels qui rempliilbyent leurs bou- getes, aux defpés du fang de leurs combourgeois. Et euflions bié voulu5qu'au lieu de fix mille SuyC fes armezjes Seigneurs des Ligues en euflfent en- uoyé fix des plus fages &c paifibles au Roy & àfpn confèiljpour faire entendre qu'à tout ieuenement en telles guerres ciuiles , il vaut mieux armer le

Î>arti obeiflant^que le feditieux & rebelle. Que ce uy eft obeifTant, quife contente des bons Edi&s de fonRoy:que lesHuguenots(horsla confcien- ce)luy rendoyét tous deuoirs de fuiets5mais qu'au refte le corps eft foible &moins appareillé a con- battre les autres3quand il a perdu la moitié de les membres: qu'il n'y achofe plus miferable que la vi£fcoireés guerres ciuiles5laquelle affaiblit levain queur bien fouuent autât que le vaincuje liurant àlafin ducompte entre les mains de fes*voi ns: que partant l'opinion de Machiauelli(que le con- feil du Roy fembloit fuiure,tenant G^s fuiets de£ unis) eftoit vne pernicieufe, herefie en matière d'eftaf.qu'il valoit donc mieux conferuer le tout, qu'en ruiner vne grandepartie.Que les Republi- ques des Suylïes&celles d'Allemagne(quoy qu'il yaitmefmediuerfité de religions qu'en France) ne lailïoyent pas de profperer , & eftre bien fort paifibles: En fomme, nous eufïïons defiré que les Seigneurs des Ligues euflent fait remonftrer les choles^qu ils euiïent auifé eftre mieux pour le bié

B 5

2$ D1AL0GVE t

£cconferuation du Royaume, fans enuoyer leurf gens à vn commun & réciproque rauage. Mais quoy?nous n'ofiôs mot Tonner , ny en dire ce que nous penfions : & d'autre part Fambairadeur du Roy vers les Suyffes,monfieur Beiieure,leur don- noità entendre, que le prince de Condé vouloit faire tuer le Roy, & fe faire Roy luyr-meime: tel- îemét que les Colonels des Suyfles , faifant féblât de le croire, pour les penfions , gages , ôc profits qui leur en reuenoyét: au lieu d'y mettre la paix, y voyoyent volontiers la guerre- fJkift.Tant y a,les chqfés eftâs es termes que i'ay dicfcje prince de Condé voyât que c'eftoit à bon cfcient & à defcouuert, &c non plus par ieu &: en cachettes, qu'on en vouloit à luy de aux Hugue- nots delà France : en ayant ailemblé vne bonne troupe, s'ent vint près de Paris,oi\ le Roy s'en e- ftoit allé, pour entendre encore plus auvray le deifein de leurs ennemis: mais luy eftant reiponT du à coups de canon,& couru fus luy à grand for- ce,apres s'eftre vaillamment defendu,le retira tte les Huguenots qui l'accompagnoyent , pour leur /èureté 3c conferuation , dans quelques villes du Royaume. Quand les Princes proteftans d'Alle- magne ouyrent ces nouuelles , fentans touchera cux,ce quitouchoit aux François de leur religiô, & marris de ce quJô les traittoit ainfi à la rigueur, enuoyerent au prince de Condé &: aux Hugue- nots François pour leur aide Se defenie, vn bràue & puifcant fecours de Reyilres & Larifquenets, iouslaconduitedu ducIeanCafimir,fils du com- te Palatin. Apres l'arriuee duquel, la Royne

mère

DIALOGVE t ïy

mere,leRoy,fes freres,&:fon confeil,voyans com- bien il leureftoit mal-aifé de ruiner pour lors les Huguenots, entièrement , leur accordèrent de nouueau par vnEdictiolennel, fait au mois de Mars, en Vannée 1568. lamefme liberté de con- science, & exercice de religion qu'ils auoyent au- parauantj: reputant fait pour leferuice du Roy, tout ce qu'ils auoyenr fait en cefte guerre-là,à la charge qu'ils mettroyent bas les armes, remet- troyent les villes ils s'eftoyent retirez es mains du Roy, ou de Ces miniftres,& renuoyeroyét leur fecours Alleman , hors de France. Cela ne fut pas toft commandé qu'il fut exécuté par les Huguenots, le parti çôtraire demeurât toufiours armé , dont aduint(aufii toft que le duc de Cafi- mir & fès troupes furent retirées ( que de nou- ueau furent exercées par la France , plufieurs in- iuftices & cruautez fur les Huguenots , tant que le prince de Condéfut enuironné de garnifons, qui venoyent pour le furprédre dans famaifbn de Noyers, il s'eftoit retiré: de forte que s'il ne fuft bien vifte &c dextremétefehappé , auec fa fem- me &fesenfans, & s'il n'eufttrouuélegué desri- uieres qu'il luy conuint paffe r à commandement, il eftoit trouifé en malle: & bié luy feruir de trou- uer la ville de la Rochelle, il le retira, fauo râ- ble : fans cela , c'eftoit fait de luy. Eftant retiré dans la Rochelle , les Huguenots fifehez , de voir que fi fouuéton leur fàuflbit la foy, furet merueil- leufement eftonnez: mais peu après ayans reprins courage > ils accoururent de tout#s parts trou-

B* iiii:

*4 DIALOGVÊ L

uer le prince de Condé , pour fe confêruer aue€ luy. Entre autres Ieanne d'Albret roynedeNa- uarre , vint auiïi trouuer le prince de Condé fou beaufrere,auec Ton fils le prince de Nauarre,qu el le voiia toutieune qu'il eftoit à cefte'guerre, auec fès bagues &c ioyaux,lefquels depuis furent enga- gez pour aider aux frais de l'armée. Le duc de Deux-ponts prince de l'Empire, entendant que la foy auoitefté de nouueau violée en France aux Huguenots^efmeu de la grauité du faicfc,s*achemi m en France, &auec luy le prince d'Orenge, le comte Ludouic fbn frère , le comte de Mansfeld & plufieurs autres Seigneurs &rComtes Allemans, auec fept ou huid mille Reyftres , & autant de JLanfquenets.Cependant le prince de Condé me- noit lès mains , afllegeoit villes &c chafteaux , fair fant tout ce qui pouuoit ieruir à fe defendre,& en domrnager l'ennemy:quand le duc d'Aniou frère du RoyCharles,& fon lieutenant general,condui- lant vne puiifante armée conçre le prince deCon- (quin'auoit alors que bien peu de fès forces) iuy donna vne bataille près de Iarnac, le Prin- ce perdit,& y fut faitprifonnier , &c peu après par commandemét du duc d'Aniou , tué à iang froid, par vn nommé Montefquiou,de la maifbn du duc cTAniou.

jilt. Le prince de Condé hazardant ainfi, mon- ftra euidemmét combien peu il aipiroit à la cou- ronne , defmentant ouuertement ceux qui le ca- lomnioyent de cela.

Phi. Il eft bien vray : Mais aufîi fit-il vne grande faute5hazardant'aueç peu de forces tous ceux qui

s'eftoyent

DIALOGVE L ^

s'eftoyerit à luy retirez pour fe conferuer9&gene- ralement tous les Huguenots de France. Le Pol.Cc font des fautes qa ô ne peut faire qiv v- ne fois,& qu'il fe faut bien garder de commettre. Uhift. Il eft ainfi. Or le refte des forces des Hu- guenots , après la mort du Prince de Condé , de- meura (fous le nom du prince de Nauarre , &c du ieune prince de Condé ) entre les mains de Ga£

(>ard comte de Coligny , admirai de France, par 'aduis commû de tous les prinçipaux?lefquels e~ ftans allez enfemble au deuant du duc de Deux- ponts & de fon armee^qui leur venoit au fecours: & ayas trouué le duc de Deux-ponts mort de ma- ladie,ne lailierentpourtât comme frères de met me religion & volonté,de ioindre leurs forces en femble:auec lefquelles(apres quelquesprinies de villes & autres faits d'armes)ils furent contraints de fbuftenir vne autre bataille près de'Montcon- tour,au mois d'O&obre 1^69. que le duc d'Aniou leur liura,laquelle aufîi ils perdirent: maisnelaif- ferent pourtant âyans ramalle leurs forces^de te- nir lacâpagne,& fe çonferuer le mieux qu'il leur fut polîible auec leurs villes, durant neuf ou dix mois:pendât lefquels aufli ils prindrentplufieurs villes3& eurent des rencontres en diuers endroits ouilfembloit que la châcefetournaft àrlafaueur desHuguenots.Ce que l'on cognut encores plus outiertement. En finie 22, du mois d'Aouft de Tan ij7o;leur fut derechef ottroyee lapaix3quJih auoyent tâtdefiree5par vn edidfc que le Roy. Char les fit,par Taduis de la Royne famere , de fes fre- res;des autres Princes &Seigneurs Ces confeillers

B v

%6 DIALOGVE l

par lequel entre autres chofes, le Roy vouloic que la mémoire de toutes les chofes paflfees es guerres ciuiles de la France,voire lesfentences & iug^mens donnez contre les Luthériens ou Huguenots, du temps du roy Henry fon père iu/1 ques alors, fulîent annullees & abolies perpétuel- lement, Declaroit tout ce qui s'eftoitfaiten ce- fte guerre, auoir efté fait pour fon feruice:pour lequel aufftil recognoilfoit que le fecours d'Alle- magne leur eftoit venu, reputantpour bonspa- rens fiens y les princes de Nauarre & de Con- de, le prince d'Orenge , le comte Ludouic de Naflau , & de Mansfeld , Tes bons coufins &c a- ims,& les Huguenots François, Tes loyaux vafl faux &c fuiets : leur promettant liberté de con- fcience & exercice de leur Religion , en certai- nes villes, & es mai/bns des feigneurs gentils- hommes & autres ayans fieFde-haubert. Et par ce que la mémoire des dommages réciproque- ment donnez en ces guerres , ne 'ie pomioit fi toiè perdre comme il leroit bien requis ( voulant e- uiter tout inconuenient , & donner feureté à ceux des Huguenots qui pourroyent eftre en quelque crainte retournans en leurs maifons, d'eftre priuez de repos ) attendant que les rancu- nes & inimitiez fulïènt adoucies , le Roy accorda de leur bailler en garde, les villes de la Rochelle, Mont-auban, Coignac , & la Charité : efquelles rceux d'entr'eux quinevoudroyent fitofts'enal- 1er en leurs maifons, le pourroyent retirer & ha- bituera la charge que le Roy de Nauarre,le prin- ce de Condé , & vingt eentils-hommes de maifon

DIALOGVE L %j

iqui feroyent nommez par le Roy, iureroyënt & promettroyent yn feul & pour le tout , pour eux &c ceux de leur religion , de garder au Roy lefdi- ékes villes,&: 311 bout de deux ans, les remettre en- jtre les mains de çeluy qu'il plairoit au Roy d'or- donner, Tans rien y jnnouer: Voulant pour plus grande affeurance de 1-obferuation de ionEdiâ* que le Roy donnoit pour irreuocable,que tous les Parlemens , gpuuerneurs^ &miniltres de laiuftice & police de la France ,iuraffent iolennellement, de le faire exactement obferuer félon fa forme &C teneur,

Alt. On voit clairement es ilfues de ces guerres, vne chofe admirable, que le monde ne recognoift point : c'eft que ces Huguenots perdoyenttouk iîours les batailles , & toutefois obtenoyent la vi- ctoire de leur caufe, d'autant que la liberté de co- icience ôc l'exercice de leurreligion,leureftoit toufîours accordé, depuis le temps qu'elle leur fut premier octroyée au mois de ïanuier , en l'an 15(31. tellement que on les pourroit dire vainqueurs, alors qu'ils ont jefté-^aincus. Chofè qui fait re- cognoiftre à qui regarde de près & fans paflioit en leur do&xi^ie, vn naturel effe£t de la Palme, fymbolizant à la vérité , laquelle tant plus qu'elle cft prelfee,plus elle s'esleue & relfourd. Phi. Gela efl: certain: Mais ce dequoy ie m'efmer- ueille le plûs,& dequoy ie ne me puis encore bien refoudre,c'eft, laquelle de ces chofes eftoit plus grande,ou aux Huguenots la patience, l'obenfan- ç e & fidélité : ou en leurs ennemis , la furie,haine & desloyauté?

*S DIALOGVE I.

Jiïu C'eft vne queftion bien mal-aifèe à foudre toutesfois quât aux H\iguenots,ils ne pouuoyent faire de moins pour iuftifier leur caufe,& recom- mander deuant Dieu Se les hommes leur parti (qu'on aceufok de fedition) que de monftrer vne manfuetude & fucceflîue obeiilance à leur Roy, ôtafes miniftres, ielon Dieu. Fhila. Voire:mais on pratiquoit par trop fouuent fur euxja fable du loup d'AEfope,lequel beuuant au haut de la riuiere,chargeoit l'agneau (qui beu- Voit tout au bas ) de luy troubler l'eau, comme il difoit que fon père auoit fait,prenâtfur cefte que- relle d'Alleman,occafion de le deuorer. Lepol. Laiiïons ce difeours ie vous prie, n'inter- rompons pas celuy de l'Hiftoriographe. L'bift. Ceft Edift de paix fait & publié > il fut iuré & promis par tous les officiers de la France, de Tobferuer : les Huguenots de leur partrenuoye- rentleur fecours d'Allemagne3& fe conformerét en tout le furplus , à la volonté du Roy, déclarée en fon Ediët.

La Roy ne de Nauarre , le prince de Nauarre, le prince de Condé,rAdmiral,le comte de la Ro che-foucaut,& quelques autres feigneurs &gen- tils-hommes s'eftans retirez à la Rochelle, après les fermens & promelfes de la co'nferuer au Roy faites comme il appartenoit,viuoyent le plus pai-^ iîblement qu'on pourroitpenfer: & quelques gé- tils-hômes,gens de lettre s,&marchâds,fous mei- mespromeffes s'eftoyent pareillement retirez ç$ autres trois villes baillées pour refuge :& tous les autres Huguenots retournez en ieursmaifbns, Ce

tenoyent

DI A-LO G V E L 19

tenoyét coy,chacun en fa vocation, comme fi k* mais auparauant on ne leur euft fait tort ou deC

{>laifir.Le Roy Charles monftroit de fa part, voul- oir que fon Edid fuft de poirid en poinâ: obfer^ ué:iurant bien fouuent par lamort, & parle fang, qu'il le feroit entretenir: qu'il ne croiroit plus co qu'on luy auoit voulu faire entendre, que les Hu- guenots le vouluîfent tuer,*qu'ils luy eftoyët trop bonsfuiets,pour attenter telle mefchâceté. Mo- fieur,frere du Roy,ne fe pouuoit de tant commâ- der,que de mon fixer tant foit peu d'enuie,que les Huguenots iouilfent de quelque repos alfeurétau contraire,il faifoit ouuertement paroiftre, le peu deplaifir qu'ilyprenoit:iufquesîà,que le Roy& luy,s'en faifoyént mauuaife chere,pour la difere- pâce qu'ils monftroyent auoir en leurs volontez. Ceux que le Roy aimoit,fembloyent hays deMô- fïeur.ceux que Monfieur aimoit , n'eftoyet en ap- parence guère bié veus du Roy.duquel plufieurs (voyans les Huguenots entrer en crédit) difoyenc tout hautjqu'ils luy auoyét defrobé le cœur.Mais

Î)ource qu'enplufieurs endroits du Royaume on eur faifoit des torts & iniures5la royne deNauar- re,les princes deNauarre&deCôdé,& auec eux l'a mirâl,enuoyerét vers le Roy, quatre gétilshômes fignalez:fçauoir eft,Briqiîemaut lepere(anciéfer- uiteur du Roy,& des vieux Capitaines de laFrâ- ce)Teligny gendre de l'Admirai, la Noue, benu- frere de Teligny,& Cauagnes Confeiller au Par- lement de Thouloufe : pour faire entendre à la maiefté,les torts qu'on faifoit à ceux de leur reli- gion, contre l'intention exprelfe de fes Edieh'Jç

je DIALÔ6VÊ t;

ïupplicr treshumblement d'y pouruoir , & leur adminiftrer iiifticè , comme vh bon prince doit à fes fuiets. Le Roy les ayant humainement receus* & recueilli leurs plaintes,monftroit d'en eftrebié fort marri,& leur refpondit,que par la mort Dieu il en feroit la vengeance , Ôc chailieroit fi bien les feditieux, qu'il en feroit mémoire à iamais.

Monfieur , frère du Roy ,nepoUuànt laifler toft la haine qu'ilportoit auxHûguénots,n'y mef- mes la diffimuler , pour l'obligation qu'ilauoità l'Eglife Romaine (de laquelle & du clergé Fran- çois , il auoit deux cens mille francs depenfion) doiînoit neantmoins par fois êfperance aufdiéb gentils-hommes députez ,• d'appaifèr & rabatré vniourà venir, Le mal-talent qu'il leur portoit; Le Roy de fa part,continuoit toufioiirs fescaref- fes,aufdi£ts quatre gentils-hommes députez, leur faifant plufieursdons&preferis : entre autres, il donna vn eftat de Maiilre des requeftes defon hoftel, au feigneur de Cauagnes : & quelque pre- fènt en deniers à Teligity 5 lequel fit aufîi prefenc au Roy d'vn beau & bien adroit courfier Rabicâ, & d'vn petit cheual , qui manioit en toutes fortes de luy-mefme,fagement & bien àpoiricSfc,&fans que perionne foft delîus , que le Roy iïîônftroit d'aimer bien fort Se s'en efmerueillër. Prefque1 tous les courtifans fembloyent fe refiouir,voy^' ans ces députez en cour, & monftrans d'auoir ou^ blié les aigreurs des guerres ,n5oublioyét rien des carelfes de cour enuers eux , réprenans en appa- rence lesarres de leurs vieilles cognoîiïances«S£ fâmiliaritez paffees. Sur coûtée Roy $ Se la Royn*

fa mere^

DI A LO G VE f. jt

fi merè,monftroyent defirer que laroyne de Na- uarre,les princes de Nauarre, & de Codé, & l'A d- niiral vinrent à la cour: afin quemetcansàparc toute desfiànce , ils receulfent de luy le bon vifw ae & accueil qu'il eftoit preft de leur faire. Quant au Roy , il defiroit fur toutes choies , s'allier 1^ prince de Nauarre, qu'il aimoit autant que ton propre frere:difant qu'il lui vouloitdônerfafœur en mariage : S'aifeurant, qu'outre ce que ce ferait vnrafrefchiflement des ancienes alliances de la maifon deNauarre,à celle de Valois,& vn tefmoï- gnaçe de l'affe&ion cordiale, que le Roy, la Roy- ne la mère, &: meilleurs fesfreresportoyentàla royne de Nauarre , & au prince de Nauarre fon fils : ce feroit aufïivn certain moyen d'alfeurer 8c appaifer à iamais l'eftat la France , & ofter aux Huguenots tout foupçô qu'on leur vueille dorefc enauant nuire. Partante Roy, & la Royne me- re,prioyent affe&ueufement les deputez,d'alfeu- rer en toutes fortes la royne de Nauarre, les Prin- ces,^ l'Admirai , de leur bonne volonté ,&: pro- curer que bien toft le Roy les peuft voir en fa cour. Les députez,tre£-aifes devoir ce qu'ils n'a^ uoyent iamais cuidé,& d'ouyr ce qu'ils n'auoyenc iamais efperé,refcriuoyent bien fouuent,& queL quefois aucun d'eux allcit à la Rochelle , par de- uers la royne de Nauarre,les Princes, &c l'Admi- rai, leurracontans merueilles des laneaees. fa-

/V Oc?

çons&affeftionsduRoy enuerseûx. LeMarek chai de Môt-morécy,& tes frères coufins de l'Ad- mirai , faifoyent auiïi tout le deuoiràeuxpofïi- j?le> pour aifeurer §c tefmoignerla votante d*

;1 DIALOGVE L

Roy, 8c de fa mère, qu'ils cognoifïbyent ( ce di- fbyent-ils)eftre bonne enuers les Huguenots, di^ làns que le Roy vouloit reconcilier l'Admirai a- uec le duc de Guyfe, pour fe pouuoir mieux fer- uirde luy &c de fon confeil au maniement des af- faires d'eftat de la France , donnant mefme cefte efperance^qu'auec le temps ceux de Guyfe feroy-» ent aufïî efloignez de la cour , qu'ils en eftoyent près. Le feigneur de Biron fut enuoyé plufieurs fois verslaRoyne deNauarre,les Princes,& l'Ad- mirai^ certains autres gentilshommes particu- liers Huguenots, firent plufieurs allées & venues à la cour , le tout pour la négociation de ce que dellus. Le Roy cependant enuoya des commifl làires en certains endroits du Royaume>pour in- former des torts que Ion faifoitaux Huguenots* cotre fes Edi£fcs,&: fit chaftier à Rouen & en quel- ques autres endroits, des meurtriers & feditieux, qui auoyent tué quelque nombre de poures hom mes & femmes Huguenots, depuis la paix,au re- tour d'vri de leurs prefches.

Ceux de Montmorency3&lés defputez,perfîia- dez,perfuaderentaufïi (après toutefois plufieurs irefiftances,repliques,dimcurtez,inconueniens,&: fblutions de tous coftez alléguées ) la Royne de Nauarree les princes de Nauarre , & de Condé, l'Admirai, le comte de Rochefoucaut, &: tous les autres feigneurs,gétilshommes, & autres Hu- guenots de laFrance,delabonne volonté, zele,& affection qu'ils penfoyent cognoiltre au Roy, & en la Royne fa mere,enuers eux.

Le Roy fit venir en fa cour le comte Ludouic

DIALÔGVE L )]

de Naflau,frere du prince d'Orenge,qui depuis la paix dernière s'eftoit tenu à la Rochelle, auec le- quel il trai&a de diuers moyens Se déffeins, qu'il defiroit exploiter contre le roy d'Efpagne pour le venger des torts qu'il luy auoit faits: & l'entrete- nant auec douces carelfes , refolut auec luy vne entreprife detrefgrandeconiequence,qui s'eft du depuis exécutée en partie fur le pays bas , par le- dift comte Ludouic , le feigneur de la Noue , & plufieurs autres François : aufecours defquels e- ftans afïïegez dans Mons , le Roy enuoya le fei- gneur de Genlis,auec quatre mille foldats de pied ou de cheual : Si fut aulîi ladide menée du Roy auec le comte Ludouic, occafion Se caufe que le prince d'Orenge auec vne paillante armée entra dans le pays bas 7 qui fe reuolta prefque tout du royd'Efpagne,& print la Hollande (qu'il tient en- cores maintenant) auec la plus grande partie de Zelande,en danger de ne la quitter iamais.

L'Admirai , perfuadé & conduit par le maref- chal de Coffé , Se pour fatisfiire à la volonté du Roy, vint trouuer à Bloys fa maiefté: qui pour o~ fter la crainte que l'Admirai auoit de la maiion de Guyfe,luy enuoya des lettres de congé , à mener cinquante gentils-hommes auec luy armez, pour fa feureté, iufques à la cour ; e'ftant arnué , le Roy,& la Royne la mere,le receurent de toute la

f>lus courtoife façon qu'il leur futpoffihle-.leRcy e voulut ouyr fouuent en conieiliecrec & à part, es choies de plus grande importance , mon fixant de fe fier en luy de fa vie & de fonRoyaume,com- me i fon père propre,

C

34 DIALOGVE L

En mefme temps le Roy fit demander poiir Monfieur fonfrere,la Royne d'Angleterre enma- riage,ayant enuoyé à ceft effect vn ambailkde ho- norable à ladi&e royne d'Angleterre:auec laquel- le auiïi le Roy fit traiter d'vne ligue, confédéra- tion & alliance,làquelle depuis fut conclue & re- folue,au grand çontétement des Huguenots, au£ quels telle ligue fembloitferuirde gage,de l'ami- tié du Roy entiers eux*

jih* le me fbuuienbien,quc le Roy après les pre- miers troubles de France , enuoya le Marefchal de Vieille-ville en Suyffe, pour traitter Ligue a- uec les feigneurs de Berne : mais ils n'en voulurét point faire auecluy, qu'il ne leur promift quant & quant d'obferuer eftroitement fon Edid de paix enuers lesHuguenots:mais de ceftecy d'An- gleterre,ie n'en ay rien ouy dire. Vhiïi. le ne fçay pas auffi comme elle eft faite,ie ne t'en puis dire autre chofe: mais en mefme tëps le Roy faifoitpareillemét traiter vne ligue, d'en- tre luy, la royne d'Angleterre, &c les princes Pro- teftans d'Allemagne :& vne autre ligue en parti- culier,du Roy auec le duc de Floréce,vers lequel ilauoit enuoyé Iean Galeas Fregoze Geneuois, qui en rapporta bonnes paroles &c promefle que le duc de Florence prefteroit deux cens mille du cats pour la guerre de Flandre, contre le roy Phi- lippe : pour le moins le faifoit-il entendre ainfi à l'Amiral & aux defputez.

La Royne de Nauarre vint trouuer à la fin le Roy, duquel (ce diioît-il) elle eftoit la meilleure tante,laplus defiree,la mieux aimée & mieux ve- nue,

î)lALOGVE L $5

nue , qui iamais fut en France : la Royne-mere la recueillie comme fa trefcheire foeur: toute la cour en fomme s'en reiiouiilbit en double façon.

Le mariage du prince de Nauarre, auec Mada- me foeur du Roy , tut ( après plufieurs menées , &c difficultez faites fur la forme des cérémonies ) en fin conclu & arrefté: & auilé quelespromeifes des elpoux à venir, feroyent receues par le cardi- nal de Bourbon , hors des cérémonies de FEglife Romaine , pour ne point forcer la confcîence du prince de Nauarre Huguenot. Quelque temps a- pressa royne de Nauarre fort contente , partit de la cour, qui pour lors eftoit à Bloys, pour s'en al- ler à Paris. L'Amiral aufîi s'eftoit retiré aupara- uantenfa maifon de Chaftiliô,ou il receuoitiou- uént lettres & meflages du Roy, qui lui demâdoit fon confeil es affaires occurrens , el quels il mon- ftroit ne vouloir rienrefoudre d*impartance,fans fonaduis.

La royne de Nauarre au partir de la cour, e- ftant venue à Paris , tomba malade, & cinq iours après mourut,en Taage de 43*à 44. ans, d'vn bou- con quiluy fut donné à vn feiim,od le duc d'An- iou eitoit, félon que i'ay ouy dire à vn de Ces do- meftiques dont on ne voulut parler , de peur que ce fuit oecafion de rompre ledift mariage, defiré detouslesamateursdepaix &fans foupçon. AU. Le Seigneur a accouftumé de retirer en vne façon ou en l'autre, lesbien-aimezen pàix,quand il veut faire venir quelque mal fur fon peuple: Ainfi le promit-il& iVoierua à Iofias Roy dlira- chpourvn finçuiiet bénéfice/

G tt

3<S DIALÔGVE t

Phi. le me doutay bien quand & quand, que quelque grand defaftre nous auiendroit,quand ie vey cefte bonne Princeiïe partie* Lhiff., Enuiron ce temps la,dediuers endroits de la France, eftoyent enuoyez plufieurs aduertillè- mésàl'Amiral,afîn qu'il prinft garde à fdy,&qu il fe retirai!: des dangers Ion difoit qu'il eftoit e- ftant dedans Paris,ou à la cour; entre autres, vn ie ne fcay qui, luy enuoya vn bordereau de mémoi- res, ou il eftoit efcrit,

SOVVENEZ VOVS QVE CEST vn article de foy refolu &c arreftc au Concile de Conftance , auquel Iean Huz fut bruflé contre le fauf-conduit de l'Empereur , qu'il ne faut point garder la foy aux.heretiques. Ayez mémoire, que les Romainr,les Lorrains, & les Courtizans,tienent les Lutheriens,les Hugue- nots, & tous ceux qui font vne mefme profelhon de TEuan^ile(de quelque nom qu'on les appelle) pour hérétiques, bruflables : Croyez que partant ils leur ont rompu, & leur rompront encores la foy iuree & promife, toutesfois & quantes que la commodité de les ruiner &c deftruire leur fera offerte.

Sachez, qu'au iecret confeil tenu parmi les Pè- res, au dernier concile de Trente, il a efté refolu, qu'on peut & doit tuer^ non feulement ceux de la France qui feront de cefte religion,ains aulîi tous ceux qui en ont eu quelque fentiment , foit de la France , ou d'autre nation: n'eftant iamais poiïï- ble , que ceux qui ont vne fois efté abbreuuez de cefte do£tnne; ie fient derechef en ce qu'on leur

avoi>

DIALOGVEI. 37

a voulu par cy deuant feire entendre,de la part de fa fain&eté , la vie & les abus dicelle leur eftans par trop defcouuerts & cognus.

Ne doutez pas auffi , que la Royne mère n'ac- compliife ce quelle promit au duc d'Aibe , pour le roy d'Eipagne à Bayonne : de rompre les edi&s de paix,& ruiner les Huguenots de la Frâce , auec la peau du lion,ou auec la peau du regnar d,

Confiderez, que le Roy depuis douze ans en ça a eu desmaiftres & inftituteurs qui l'ont apprins àiurei^blafphemer/eperiurer^paillarderjdi/limu- 1er ia foy,fa religion,fes penfees , eftre maiftre de ion viiage , & qui Font fur tout nourri à aimer de voir du fang,commençant par des beftes,&: ache- uant par fes fuie ts.

Prenez garde, que le Roy a efté perfuadé par la do&rine de Machiauelli , qu'il ne faut pas qu'il fouffre enfon Royaume, autre religion que celle iur laquelle fon eftat a efté fondé:de laquelle, voi- re de fes faux miracles , il faut qu'il monftre faire compte : Alfeurez-vous qu'onluy a enfeigné & fouuent répété cefte leçon , que fon Royaume ne peut eftre paifible & alfeuré, cependant qu'il y au- ra deux religions.

Notez qu'on a plufieurs fois fait entendre au Roy,que les Huguenots le vouloyét tuer,&pour le luy mieux perfuader, luy ont fait voir des let- tres de menées & delfein , fuppofees & faufïes:& au reftei'ayfceu de bonne part, que leiourque la royne de Nauarre arriuaà Bloys , il dit à fa me- re:Neioue-ie pas bien mon rollet, Madame? Ce n'eft rien fait,reipondit-elle , il faut acheuer. Par

G iii.

58 DIALOGVE I.

la mort-Dieu, Madame,ce repliqaa-il , ie les vous mettray tous au filé , fi vous me voulez laitier faire.

Vous-vous trompee,fi vous croyez qu'vn Roy ou Prince permettre iamais, que fon vaffal ou lu- iet,qui s'eltvne fois efieué en ligue contre fa vo- lonté(pour quelque occafîon que ce foit, iufte ou iniufte) vfè & iouifle de la faueur des loix. Pcnfez plufloft,quececyeftengrauéclâslecœur desRois &des Princes , de venger par les armes, ce qu'ils eftiment auoir efté fait contr Jeux par les armes.

Faites voftre compte , que ce que les Rois Se Princes(qui ne regardent à la confcience)penfent auoir fait par craiateo4±neceffité ,ilsfe diipen- fent de le rompre, foudain que l'vne ou Fautre de ces deuxoccailons ceflent'.&tiennent p°ur maxi- mes d'eftat . qii il ne faut point garder les conuen- tions,faites par le prince,àr fes fuicts armez -.Que

ÎK)ur régner, ileft loifible de violer la loy , & que on»peut piper les enfans auec paroles &c promef- fes,ô< tromper les hommes auec des iuremens fb- lennels. C'eiilear caballe : ce font leurs loix in- uiolables , qu ils n'ofent outrepafler , fe fouciant biépeu ourien,de la force faite à toute autre loy, foit diuine, naturelle, ciuile, des ^ens,ou munici- pale5poureftre(ce di!ent-ils)ennemie de leur re- pos,eftat,& grandeur*

Voici quelque traid & exemple, de leurs plus rares vertus.

Antonin Commode, faifant par fois treues a- uec/ex voluptez, efquelies il eftoit du tout plon- gé, pour employer le temps & fuir Toifiueté, va-

quok-

D.IALOGVEL yj

quoit à contemplation , s'appliquant à proietter & exécuter desmeurtres &cruautez contre lano- bleffe de fon Empire: entre les autres,Iulian gou- uerneur d'vne prouince , qui eitoit fon plusfauo- rit,qu'il iouloitbaifer & embraffer,rappellantsô père & fon mignon., fut par luy traitreufemét tué.

Antonin Caracalle , eftant arriué en Alexan- drie,irrité contre les Alexandrins, qui auoyent re- cité de luy quelques vers mal plaifans, fit femblât de vouloir voir la monftre des ieunes gens de la villejes phisalpres à la guerre :& les ayant fait ap- prefterpour la reueue, les fit tous mettre en pie- ces, commandât aux fol dats Romains qu'il auoit menez auec luy, d'en faire cefte nuift-là chacun autant à fonhofte:ll fit faire telle boucherie dans Alexandrie , qu'il n'ofa faite compter les corps morts , ains efcriuant de celle exécution au Sé- nat de Rome , luy manda , Qji'il ir eftoit ia be- foin fe mettre en peine , pour fçauoir quels & combien de gens y auoyent efté tuez:que c'eftoit aifez de fçauoir , que tous auoyent bien mérité la mort.

Lyiandre colonel des Lacedemoniens, ayant fous couleur d'amitié , fait venir à foy huidt cens Milefiens,les fit tous tailler en pièces.

Seruie Galbe , ayant conuoqué &c affemblé le peuple de trois citez de Portugal , pour traitter a- uec eux lus chofes qu'il difoit leur appartenir , en choifit neuf mille d'entr'eux des plus gaillards Se robuftes,qu'il defarma,en fit tuer vne partie^ l'au- tre partie vendit.

Antoine Spinole , gouuerneur pour les Ge->

C iiii

4o DIALOGVE. L

neuois de Fisle de Corfe, ayant iuré& donné foy aux Princes, feigneurs , & gransperfonnages de Corfe,qu'il appelia au confeil , & de au ban- quet,leur fît à tous trerrcher la tefte.

Charles ieptieme , roy -de France , après plu- fieurs guerres &c tumultes arriuez en fon Royau- me., ayant fait alliance, & contracté affinité auec le duc de Bourbon ene,& promis d'oublier toutes iniures & minutiez paliees : & pour le mieux ai- feurer, ayant tout cela iuré fur Ion hoftic confa- crée ''9 le fit venir pour le feftoyer à Montereau faut-yonne, & en le careiiant , il le tua fur le pont d'Yonne.

Et plufieurs autres,defquels le récit feroit long & ennuyeux, les exemples delquelson ramentoit ordinairement au Roy ,auec le chapitre dixhuit- ieme du liure du prince de Machiauelli,oùil trait te comme c'eft que les princes doyuent garder la foy.lurquoy les maiftres d'efcole(aufïi peufou- cieuxdefaconfcience que de fa réputation) font des additions & glofès plus dangereufes, que le mefme texte : Partant foyez diligent à prendre garde à vous3n'y ayant autre remède d'efchapper qu'en fuyant hors de la cour , que ie puis appeller Sodome.

L'Amiral ayant veu ceft efcrit, fit fortmau- uais vilage à celuy qui le luy bailla : Et renuoya pour toute refponfe,dire à celuy qui luy auoit en- uoyé , Que fi par le paffé il auoic 'ea,& les autres Huguenots auffijoccafion de nefe fier pas legere- méc en des promeifes que, Dieu merci, telle peur ou- défiance eftoit alors fans fondement.

03

DIALOGVEI. 41

Quelaprouidence de Dieu , laquelle guide Se conduit iufques aux plus petites chofesdecefte vie,auoit changé le cœur du Roy : de forte,qu'il y auoit dequoy bien & mieux efperer.

Qu^ilnecroiroitiamaisj que dans le cœur de fon roy,peuft loger vne péfee {1 mefchâte 3 , n'y ap- prochante à ce qu'on luy efcriuoit.

Que tout au contraire il croyoit,que dés que la France a efté érigée en règne , il n'y auoit eu vn meilleur roy , que Charles neufieme l'eftoitpour lors^

Qu'il eftoitbien vray , que Monfieur frère du Roy n'aimoitpasles Huguenots, & qu'on leur faiioit tout plein d'outrages en diuers lieux du Royaume : mais qu'il efperoit devoir Monfieur vniour adoucy,pour les bonsferuices que les Hu- guenots lui pourroient faire, & s'attendoit bien (le mariage de Madame fait & confommé)que le Roy feroit faire iuftice des feditieux5& perturba- teurs de paix.

Que iali^ue qui eftoit fraiiehement faite snec la Royne d'Angleterre , feruoit d'aflez bon tei- moignage aux Huguenots , de l'affection du Roy enuers eux. ,

Et la ligue qu'il fait recerchei'auecîesProte- ftahs d'Allemagne^confermera du tout cefte bon- ne opinion.

Que le Roy portant meilleure affection à mon- fieur TEle&eur Palatin , qu'à nul des autre" prin- ces Proteftans, auoit choifi le duc Iean Cafinm* - fon fils , pour le faire penfionaire , & le duc Chri- ftefle fbn aiihé .pour ie retirer en la cour , auec

C v

$z DIALOGVÉ L

entre tellement digne de fa qualité.

Qjjil defiroit aufïiauoir de l'Angleterre, le myllordde Lyceftre.&lemyllord Burgley,ou l'vn d'eiiX,pour les feftoyer & traiter, comme il defire decareifer tous le.? loyaux feruiteurs de fafœur la royne d'Angleterre, en figne de vraye alliance. Que le Roy auoit enuoyt fa foy au prince d'O- renge,&l'auoit donnée au comte Ludouic fon fre re,de leur aider &c les fecounr en tout & par tout, contre le roy d'Eipagne : & que fans cela , iamais ils n'euilent rien entreprins de remuer en l'eftat de Flandres.

Q^e combien quemonfienr de Genlis,& fes gens qu'il leur menoit euifent efté desfaitsJeRoy ne lairroit à leur enuoyer de nouueau, & bié toit, vn braue tk puillant fecours.

Quelean Galeas Fregoze affeuroit , que pour celle guerre de Flandres, le duc de Florence pre- fteroit au Roy,ou au prince d'Qrenge, deux cens mille ducats.

Que les affaires vont fi bien en Flandres , que l'Agent du Roy près le duc d'Albe , donne conti- nuellement auis au prince d'Orenge,& commu- nique auec lui par lettres &mefTages,tous les dei- feins qu'il peut entendre du duc d'Albe,& le prin ce d'Crenge à l'Agent tous les fiens : tellement que quand il n'y auroit autre chofe que cefte bô-. ne iriteiligence.elle eft fuftifante à faire bien elpe- rer aux plus timides.

Mais qu'il y a bien plus , c'eft que l'armée de Stroify, & du Baron de la garde, ne font près de la Rochelle^quepour attédre la flotte venant d'*Ef~

pagne,

DIALOGVEI. 45

pagne,la combattre, & de fmgler à FleiTinghe, pour le ioindre au Prince d'Orenge , &l faire la guerre à'isu defcoimert:

Qj^à celle occafion , le prince d'Orenge a en- uoycpar l'auisdu Roy,de l'argent pour payer les nàuires & galères à Strofïy,qui eft de la meilleure volonté du monde.

Quant à (en faict5& querelle particulière auec le duc de Guyieje Roy les auoit mis d'accord, & fait iurer l'vn & l'autre entre fes mains,de ne fere cercher que d*amitiéfMais que ce miraculeux ma- riage de Madame, que le Roy donne(ce dit-il)nô pas au prince de Nauarre , ains à tous les Hugue- nots à femme, pour fe marier comme auec eux, e- ftantle comble de toute feureté &repos;le faifoit prier ce gentil-homme &: tout autre , que s'ils luy vouloyétfaire plaifir, qu'ils ne luy parlaient plus de ces fafcheuies choies du palfé, qu'ils fe concen- tailent de prier Dieu . & le remercier de la grâce qu'il leur auoit daigné faire , d'amener les choies à vn fi paifible eftat.

Or le prince de Nauarre ( fait Roy par la mort de fi mère) & le prince de Condé en ces entrefai- tes,iollicitez &a±ieurez de toutes parts de venir à lacour,vindreni à la fin trouuerle Roy à Paris,

il s'eftoit remuéjDour y faire célébrer les nop- ces de fa fœur : Plufietus Seigneurs, Barons, & gentils-hommes Huguenots y accompagnèrent le roy de Nauarre , & le prince de Condé , au de- uant defquels prefque toute la cour y alla : Ils y furent recueillis du Roy,de fa mère, & de Tes fre- rcs,& des autres Princes,de Madame, oc des pria*

44 D I A L O G V E I.

celles , comme ils le pouuoient defirer en appa- rence.

Quelques iours fe palferent enfeftes &ban- quets5attendant le iour des nopces,que Ion dilay-. oitpour diuers refpeéts d'vn iour à l'autre: entre autres5pource que le cardinal de Bourbon,qui de uoitreceuoit les promeiles du mariage ? n'y ofoit toucher fans difpenle du Pape, qu'il luy auoit en- uoyé demander", laquelle après eftre venue , & à fongré n'eftant alfez ample pour fa confcience,il fallut renuoyer à Rome , pour en auoir vne à fa fantafie : Et fur ce , le Roy feiÉuit femblant de le faicher de tant de remifes, blafphemant,& deipi- tant,mra,qu'il vouloit que le mariage fe conforn- maft ians plus tarder : que fi le cardinal de Bour- bon ne les vouloit efpoufer 3 il les meneroit luy- me/me à vnpïefche desHuguenots,pour les y fai- re eipoufer à vn miniftre : Et que par la mort- Dieu ilne vouloit pas que fa margot (car ainfi ap- pelloit-il fa fœur ) fuft plus long temps en celte

langueur

AU. La bonne dame n' auoit garde d'auoir fi long

temps attendu : Monfieur fon frère fçauoit bien

qu'il auoit eu (on pucellage.

JL'hff.le ne fçauois pas cela:Mais i'auois bien ouy

dire qu'elle eftoit prefte d'accoucher dés lors que

la Royne fui" à Xain&es.

ytf//.H"eftainfi ie t'aifeure.Et tu vois que cesbeaux

Princes ne font maintenant que le cerf de deipu-

celler leurs parentes. Regarde moy vn Roy d'Ef-

pagne:& vn Archeduc Charles^chacun d eux n'a-

il pas fa niepce?

I/hift.

DIALOGVE L 45

Uhift.Voiie. Mais aufïi le Pape leur en a baillé la difpenfe.

Alt. Comme fi l'homme pécheur pouuoit rom- pre la loy de Dieu &: en difpenfer les autre s. Quel feruiteur des feruiteurs de Dieu ! Tu verras tu verras amy quelque iour que ce mariage du Roy d'Efpagne auec la fille de la fœur & de ion cou- fin germain l'Empereur 5 quiluy fait naiftre des enfans,fils,neueux & coufins enfemble, feracauie s'ilplaift à Dieu de l'entière ruine de Rome > du Pape & de fa papauté. Z'/?;/?.Comment cela,Bon dieu? Ali. Le Roy d'Efpagne mourant, les enfansmaf- les de l'Empereur font appeliez à la courône d'E- fpagne (car de la fille née dlzabel de France, l'E- fpagnol n'en veut point &ne croit pas qu'elle foit légitime) Les enfans de ce mariage de la nièce di- ront que la Couronne leur appartient. Les légiti- mes neueux leur répliqueront qu'ils font inceftu- eux & baftards-.partantne peuuent lucceder: voi- re mais,ce diront les autres, le Pape en a diipensé, Le feruiteur , diront les legicinies(à fin que nous ne flattions plus ) n'efl pas par delfus le maigre,

- Dieu la defédu, le Pape ne le doit permettre^c'eit T Antechrift tât attendu.En fornme,par ce moyen

. la puilfance de ce faux pafteur fera mife en dii- pute, les abus ferôt cognus, on ne les pourra plus iôiiftrir,& Dieu fçait le beau mefnage qu'il y au- ra pour ce fedudteur.

Llbt. Dieu nousvueille eftre enaide,ceîa n'a que trop d'apparence , on a bien fait autrefois la guer- re pour moindre chofe que n'elt la couronne d'E-

4jï DIALOGVEI.

fpagne : mais, pour reuenir à mon difcours , les nopces (pour le fai e court) du roy de Nauarre> & de Marguerite fœur du Roy , fe célébrèrent en trefgrande pompe, le lundi dixhui&ieme iour du mois d'Aouil dernier palfé : les Princes, Comtes, Barons,& autres feigneurs,& gentils-hommes de marque Huguenots, y affiftoyent prefque tous, dont aucuns y auoyent amené leurs femmes&en- fans:Etpouuoyent eftreen tout, enuiron mille gentils-hommes*

Lemardi^mercredi, & ieudi fuyuans,fufét em- ployez en toutes fortes deieux ^paife-tempsà rechange,efquels L'Amiral louuentafli.Loit,alhmt le boa vifage du Roy à l'acco uitumé.

Le mercredy,rAiniial voulût entretenir leRoy de quelques affaires de grande importâce,leRoy en riant, le pria de luy donner quatre iours pour s'efgayer & esbatre,promettâtàfoy de Roy, qu'il ne bougeroit de Paris , qu'il ne lYuft rendu con- tent^ tous ceux qui auoyent affaire à luy.

Peu de iours auparavant , out,e les aduertiife- mensfufdi&s, TA mirai auoit efté aduerti de cer- tain homicide, fait par des Catholiques feditieux deTroye, fur certains Huguenots reuenans de leurprefche.

Qj>e ceux de Rouen,& d'Orléans menaçoyent les prefches de prendre lin , les deux ans après la pacification derniere,paifez.

Et parmi les gentils-hommes courtizans , on fentoit fouuentmuriiTiirer entre Içurs dents , <mé dâs la fin du mois d'Àouft, on in terà^roit les pre£ ches aux Huguenots, mefmes que plufieur s gen~

DIALÔGVEL 47

tils-hommes.Catholiques vouloient faire gageu- re auec des Huguenots , que deuant quatre mois ils iroyent à la meiïe.

Qu'on fentoit courre vn bruit d'entre les prin- cipaux du peuple de Paris, qu'en ces nopces,fere- ipandroitplus de fan g, que d'eau.

Que les Commiffaires , Centeniers, &Dixe- niers de Parisjhrafloyent quelque en treprife,faci- le à eftre deicouuerte à qui y regarderoit de près. Qu'vn fameux Aduocat Huguenot du palais de Paris,auoit efté aduerti par vn Prefîdent , de fe retirer pour quel ques iours auec fa famille hors de Paris,s'il vouloit conferuer fa vie, de celle des fiés. Qa'vn Italien engageoit fa tefte, au cas que ces nopees s'accompliiîenr.Et vn autre Italien à la ta- ble de IeanMichael& Sabalin ambaiîadeurdela feigneurie de Venife,fe vâtoit de fçauoir le moy- en pour ruiner les Huguenots en vingt-quatre heures.

Autres femblables chofesfèrefpandoyent par- mi le vulgaire , de/quelles auffi l'Admirai eicok aduerti.

On adiouftoit à cela, que la faction des feditiU eux,defiroit la ruine des Huguenots far toutes chofes, Que le lieu & le temps la facilitaient : La voulant donc , & la pouuât mettre à efted, qu'on ne deuoit attendre autre chofe d'eux.

A tout cela , l'Amiral fans peur, toufiours fem- blableàfoy,toufiourscôftant &aifeuré fur la bo- te du Roy, ne pouuoitprédreoccafion d'alarme. Le ieudi il fut dift auconfeilpriué du Roy, qu'on auoit, veu certains hommes à cheual.

4S DI A I/O G VE t

au pré aux clercs,' &: par les places de Paris, auec des piftoles& harquebouzes à Tarçô delafeelle, cotre les deffenfes du port des armes:à quoy quel- quVn du confeil refpondit, que ce pouuoient e~ ftre quelques vns qui fe preparoient &s'exerçoy- ent pour lareueue , qui le deuoit faire,pour la ré- création de la cour.

Le vendredi 12. iour d'Aouft au matin , fut te- nu confeil au Louure, pour remédier aux plain- éfcerctes Huguenots ( Moniteur frère du Roy qui y prefidoit , s'eftant leué & forti pluftoft que de couftume ) l'Amiral qui y eftoit pareillemét,for- tit auec les autres feigneurs du confeil: & comme il alloit en fon logis, ayant ttouué le Roy qui for- toit d'vne chappelle qui eft au deuant du Louure, le ramena iuiques dans leieu de naulme(où le Roy , *& le duc Guyle ayant drelié partie , con- tre Teligny & vn autre gentilhôme,&ioué quel- que peu) T Amiral en fortit pour s'en aller difner à fon logis,accompagné de douze ou quinze gen- tilshommes entre lef quels i'eftoy : il ne fut point cent pas loin du Louure , que d'vne feneftre fer- ree,du logis(où logeoit ordinairement Villernus précepteur du duc de Guyfe)luy fut tirée vne liar quebouzade auec trois balles , fur lepoin£t qu'il lifoit vne requefte ( allant à pied par la rue) Fvné des balles luy emporta le doigt indice de la main droite ; de l'autre balle , il fut bielle au bras gauche près du carpe ,& fortit la balle pari oie- crâne.

Lors qu ilfutbleflfé,le feigneur de Guerchy e- iloità fon cofté droit, doù luy fut tkee l'arque^

bo-uz

DIALOG V E I. 4i>

bouzacte5& à Ion gauchej'aifné des Pruneaux.Ils furent fort esbahys & efperdus, & tous ceux qui eftoyentenla compagnie,

L'Admirai ne dict iamais autre choie >{înon qu'il môfcra le lieu d'où on luy auoit tiré le coup & les balies auoyent donné: priant le capitai- ne Pilles^qui iîiruint là,auec le capitaine Monins, d'aller dire au Roy ce qui luy eftoit aduenu : qu'il iugeaft quelle belle fidélité c'eitoit ( l'entendant de l'accord fait entre luy & le duc de Guyfe.)

Vn autre gentil-homme voyant l'Admirai blejC- féjs'approcha de luy , pour luy fouftenir fon bras gauche, luy ferrant l'endroit de la blefleure auec ion mouchoir:le feigneur de Guerchy luy foufte- noit le droi£fc:&en cefte façon fut mené à ion lo~ gis,diftànt de enuiron de fix vingts pas:En y al- lantjvn gentil-homme luy dit5qu'il eftoit à crain- dre que les balles ne fuifenteinpoifonneesiciquoy l'Admirai reipondit , qu'il n'aduiendroit que ce qu'ilplairoit à Dieu.

Soudain après le coup 5 la porte du logis d'oit l'arquebouzade auoit elté tirée, fut enfoncée par certains gentils-hommes de laiuite de l'Admirai, L'arquebouze fut trouuee5mais non l'arquebou- zier: ouy bien vn lien laquai s3&vnefernâte dulo- gisd'arquebouzier s'é eitoit ioudain enfuy par la porte de derriere.qui fort fur le cloiilre de iaindt Germain l'Auxerrois: ou Ion luy gardoit vn che- ualpreft, garni de piftoles àlarçon de lafelle : fur lequel e-bnt efchappé 5 il fortic hors delà porte iaindt Antoine,oùayât trouué vn chenal d'Efpa-

e qu'on luy tenoit en main > descendit dupLe-

D

so DIALOGVE L

mier,&: monta fur le fécond, puis fe mit au grand

galop.

Le Roy entendant la bleffeure de l'Amiral, quitta le ieu, il eftoit encores iouant auec le duc de Guyfe: ietta la raquette par terre, &: auec vn vifage trifte &c abbatu,fe retira en fa chambre: le duc de Guyfe fortitaufli peu après le Roy , du ieu de paume.

La chambrière du logis interroguee, refpondit, que le feigneur de Chailly ( qui eft maiftre d'ho- ftel du Roy,& fuperintendant des affaires du duc de Guyfe) le iour auparauant auoit mené l'arque- bouzier dans le logis, & l'auoit affe&ueufement recommandé à l'hofteife.

Le laquais interrogué, refpond que ce iour-là bien matin, ftfft maiftre l'auoit enuoyé à Chailly, pour le prier de faire en forte, que l'efcuyer du duc deGuyfe,tinft les cheuaux qu'il lui auoit pro- mis tousprefts : Quant au nom defon maiftre,il n'y auoit pas long temps qu'il eftoit à lui.& ne l'a- uoit o^y appeller queBolland, l'vn des foldats de la garde du Roy : mais à la vérité dire , c'eftoit Mont-reuel de Brie,celui qui aux guerres pailees tua en trahifon le feigneur c{e Mouy.

Le roy de Nauarre, le prince de Codé, le com- te de la Roche-foucaut , & plufieurs autres Sei- gneurs , Barons , & gentils-hommes Huguenots, aduertis de la blelïeure, vindrent incontinent vi- fiterP Admirai : il y vint aufîi plufieurs autres fei- gr.euvs, & gentils-hommes Catholiques, amis de l'Amiral , tous bié fort marris de ce qui lui eftoit aduenu.

Les

PIALOGVE l u

Lesplayespenfees par les plus experts chirur- giens,leroy de Nauarre,&le prince de Condé al- lerét trouuer le Roy, auquel ils firent leurs plain- tes félon le mérite du faiét : remonftrans qu'il ne faifoit pas feur dans Paris pour eux, Se le fuppliât treshumblement de leur donner congé d'en for» tir,& de Te retirer ailleurs,

LeRoyfe complaignant auflî à eux du delà- ftre auenu, & les conlolant, iura Se promit défai- re du coulpable,des confentans & fauteurs fi mé- morable iuftice, que l'Amiral & fesamis auroient dequoy fe contenter : cependant il les prie de ne bouger de la cour,& qu'ils lui en laiifent la puni- tion Se vengeance* Se s'affeurent qu'il y pouruoi- ra bien toft.

La Royne mère qui auflî eftoit , monftroit d'eftre bien fort marrie du cas aduenu : Que c'e- ftoit vn grand outrage fait au Roy, qu'à le appor- ter auioutd'huy,demain on prendroit la hardief- fe dans faire autant dans le Louure,vne autrefois dansfon licfc,& l'autre dedans fon fein,& entre fès» bras. Par ceft artifice, le Roy de Nauarre,le prin- ce de Condé,les autres feigneurs Se gentils-hom- mes F,tançoisHuguenots,furentarreftez dans Pa- ris.Mais pource qu'il fembla bon à aucuns d'en- tr'eux,de faire conduire l'Amiral en fa mailon de Chaftillon fur Loin , diilant deux iournees de Pa- ris : le Roy pour empefeher ce deifein ,luy offrit chambre dans le Louure pour s'y retirer: Qae s'il ne pouuoit pour la douleur des playes remuer de logis5il lui enuoieroit vne compagnie des foldats de fi garde , pour la ieureté de ia perfbnne Se de r 1 logis.

5z DIALOGVEI.

L'Admirai entendant les honeftes offres que le Roy luy faifoit , l'en remercia beaucoup de fois treshumblemët,& fe recognoiifant eftre allez a£* feuré en la protection du Roy , après Dieu, il di- ibit n'auoir befoin d'aucune autre garde : toute- fois il y eut ce iour-là enuiron cent foldats pofez en garde deuât ion logis,par le commandement du Roy.

Cependant on pourfuiuit le criminel , lequel s*enfuyât &c partant par ViUe-neufue fam&Geor- ge(où il printvn autre chenal ) alloit difant tout haut. Vous n'auez plus dJ Admirai en France.

Le Roy en ces entrefaites commanda à Nan- cé, l'vn des capitaines de fes gardes, d'aller faifîr Chailly:& le mener en prifon: mais il auoit défia gagné le haut, ou pour le moins il s'eltoit caché ii bien, qu'on ne le vouloit trouuer.

Ce iour là,le Roy efcriuit des lettres à tous les gouuerneurs des prouinces,& des principales vil- les de fon Royaume , & auflî à (es ambafïàdeurs eftanspres des princes eflrangers : par lefquelles il les aduertifloit de ce qui eftoitaduenu, & pro- mettoitde faire en forte, que les autheurs&coul- pables d'vn fi mefchât a£ie,feroyent defcouuerts ôc chaftiez félon leurs demerites.Cependât qu'ils fiifent entendre à tout le monde,combien ceit ou tra^eluy deiplaiioit. La Royne merecemefme iour efcriuit des lettrés de mefmefuftâce aufdi&s gouuerneurs &c amhalïadeurs.

Le Royce iour-là après fon diiner) qu'il fit court) enuiron deux heures après midy,& auec luy la Royne ù. mère , fes frères 3 tous les Marei-

chaux

DIAL.OGVE L 55

chaux de France (excepté celuy de Montmoren- cy,qui le iour auparauanc eftoit allé à la chaiïe)le cheualier d'AngoIefmeJe duc de Neuers,Chaui- gny,&plulieurs autres capitaines^alla vifiter l'A- ' mirai, qui mouroic d'enuie de luy parler: le Roy l'ayant ouy,& fàiiant du pleureux, confelfa libre- ment,que l'Amiral s'aifearant fur fa foy & bien» vueillance, eftoit venu à la cour: & partant quoy que la douleur des bleiïur-es fuft à l'Amiral, que l'miure & l'outrage eftoit fait à luy, & qu'il eftoit re olu de tout fon cœur,d'en auoir laraifbn,&en faire iuftice (i exemplaire,cp'il en feroit mémoi- re àiamais.

L'Amiral répliqua , qu'il en remettoit la ven- geance à Dieu,& au Roy le iuçemét-.quant à l'au- cheur du fiid , qu'il eftoit allez bien cognu. Et pource qu'il ne fçauoit s'il auoit encores longue- ment à viure,il fupplioit treshumblement leRoy de l'ouyriur certaines drôles qu'il luy vouloitcô muniquer^quieftoyent trefnecellaires à l'eftat de fon Royaume.

Le Roy à cefte demande, ayant fait fembîant de vouloir ouyr l'Amiral en fecret , commanda que chacun fortift de la chambre, quand laRoy- ne-çiere5qui n'abandonnoit le Roy d'vn pas em- pe(cha(ie ne fçay pour quoy) que ce colloque le- cretnefefift/

Le famedi fuyuant 23. iour d'A ouft, les playes fe portoyent allez bien, tellement que les méde- cins & chirurgiens difoyent, que la viedel'A- lïiiral n'é eftoit en ahcû dâç;er:qiie le bras,enper- dant bien peu de force,ieroit aifément guéri

D iii

54 DIALOGVEI.

Ce iour-là defamedi, le Roy enuoiavifiter l'Amiral par diuers gentils-hommes. La nouueL le efpoufeel'alla aufli vifiter.

Ce rnefme famedi 5 dâs le confeil priaé du Roy, furent examinez certains tefmoins touchant l'ar- quebouzadeje tireur,& les coulpables-.tellement que l'Amiral & Tes amis3croyans que la voyeà iu- ftice leur fuit ouuerte , fe refiouitîbyent grande- ment,s*afleurans de pouuoir facilement conuain- cre les autheurs du fai£fc : dequoy ils aduertirent leurs amis en plulieurs endroits du Royaume,par des lettres qu'ils leur efcriuirent,les prians de ne bouger,& nefe fafchrr de ce qui eftoit aduenu à l'Amiral: Que Dieu &c le Roy eftoient puiifans d'en faire la vengeance : que défia on commeru- çoit à procéder contre le coulpable & fes fau- teurs par iuftice,& les bleflures n'eftoyent pas. Dieu mercijàmort: que combien que le bras fuft blefle, le cerueau ne l'eftoit pas. En cefte façon les confblan.t par lettres,les aduertiifoient de fe te- nir coys, en attendant l'illue telle qu'il plairoit à Dieu d'en uoyer.

Ce iour-là Monfieur frère du Roy3& le cheuâ- lier d'Angouleime,fepourmenoyentdans vn co- che par la ville de Paris , enuiron les quatre heu- res après midy. Dés cefte heure-là il courut vn bruit par Paris5que le Roy auoit mandé le maref- chai de Mont-morency , pour le faire venir à Pa- ris, auec grand nombre de caualerie & d'infan- terie»: que partant les Parifiens auoyent occa- fîon de fe prendre garde : mais ce bruit-là eftoit faux.

On vit

D I A L O G V E I. * 5S

On vit entrer ceiour-là fîx crocheteurs char- gez d'armes dans leLouure : dequoy Teligny a- uerti par le trompette de l'Amiral,refpondit,Que c'eftoyent des peurs qu'on le donnoit fans occa- sion: qu'il eftoit trefafleuré de la bonne intention du Roy , qu'il cognoiffoit fort bien fon cœur & fes affe&ions:qu'on ne deuoit pas le faire accroi- re des cho fes tant hors depropos.Ie croy queTe- ligny n'y penfoit aucun mal, d'autant que le iour deuant la blelfeure de l'Amiral , on auoit ordon- né certain combat & alfaut, qu'on deuoit donner à vn chafteau , qui pour ceft effeét deuoit eftre drefTé , à quoy les courtifans eftoyent conuiez de fe préparer.

Le Roy,pour affembler les feigneurs & gétils- hommes Huguenots en vn quartier,leur fit à tous marquer logis près celuy de l'Admirai , pour luy eftre plus près &r àpoin£hquelques vns y allèrent loger , les autres ne peurçnt fi toft changer de logis.

Le comte de Montgomery, Briquemaut le pe^ re , & quelques autres gentils-hommes , auoient mandé à Teligny, que s'il vouloit,ils iroyent vo- lontiers veiller au logis de l'Amiral : mais Teli- gny les remerciant,leur manda qu'il n'eftoit ia de befoin.

Cependant les autres, veilloient : le Cheualier d'Angoulefme ( qui ne fe voulut point aller cou- cher) entretenant les plus intimes amis, leur don- noit bon courage, les alïeurât qu'il feroil ce iour- la Amiral de France : mais il fut trompé, d'autant que l'eftat vaquât fut dôné au marquis de Villars.

D iiii

56 DIALOGVE I.

LaRoyne-mere, peu après la minui£fc du fa- medipaflee, fut veue entrer dans la chambre du Roy,n'ayât auecelle qiryne femme de chambre quelques feigneurs qui y firent mandez,/ entre- rét peu de temps après, mais ie ne fçay pourquoi ce fat. Bien eit vray que deux heures après on donna le figne du temple de fainct Germain TAu xerrois , à ion de cloche : lequel ouy,(oudain les fbldats qui eiioient en garde deuant le logis de rAmiralpforçant la porte du logis,y entrèrent fa- cilement,leur ayant efté aufïi toft ouuerte3que le nom du Roy ( duquel ils fe vantoient) y fut oujr, Le ducde Guyfey entraaufîitoft après a cheual, accompagné d'vne grande troupe de fespartizâs: il n'y eut que peu ou point de reliftance, n'eftans ceux de la famille , & fuite, de 1* Amiral, aucune- ment armez.

L'Amiral oyant le bruit,& daignât qu'il y euft quelque fedition , commanda à vn iien valet de chambre ( qu'on nommoit Nicolas le Truche- pian) de monter fur le toift du logis , Se appeller les foldats de la garde , que le Roy lui auoit bail- lez , ne penlant à rien îrioins que ce fuifent ceux qui faifoient l'effort & violence : quant à lui.il fe leua,& s'eitant affublé de ia robe de nui6t,fe mit à prier Dieu, & àl'inftât vn nommé le Beime Al- leman , feruiteur domeftique du duc de Guyfe, quiauec les capitaines Cauifens , Sarlaboux, & plufieurs autres , eftoit entré dans fachambreje tua, toutefois Sarlaboux s'eit vanté , que ce fut lui.

Les dernières paroles de l'Amiral , parlant au

.Deime,

DIALOGVEI. 57

Befme, furent : Mon enfant > tu ne feras ia pour- tant ma vie plus briefue.

On ne pardonna à pas vn de ceux de la maifon de l*Amiral,qui ie laifferent trouuer,que tous ne fulfent tuez.

Le corps mort de l'Amiral fut ietté par Sar- laboux par les feneftres de fa chambre,en la cour de fon logis , par le commandement du duc de Guyfe, & du duc d'Aumale ( qui y eftoit aufïi ao couru)& le voulurent voir mort deuant que par- tir de là.

Le iour de lablefïure de TAmiralJe Roy auoit baillé aduis à fon beau frère le roy de Nauarre, de faire coucher dâs fa chambre dix ou douze de {es plus fauoris ,pour fe garder des de {Feins du duc de Guyfe , qu'il difok eftre vn mauuais çxar- çon.Or ces gentils-hommes là.&quelques autres qui couchoyent en l'antichambre du Roy deNa- uarre, furent menez hors defdi&es chambres, a- presla mort de l'Amiral , & defarmez de l'efpee & dague qu'ils portaient, par les mains de Nan- cé,&des foldatsdelagarde du Roy,& menez iut ques à la porte du Lotiure , ( le Roy les regar- dant par vne feneilre) furet tuez en fa prefence: Entre ceux-là eftoient le baron de Pardilîaii , le capitaine Pilles , lain&Martin-Bourfes,& autres dont ie ne fçay le nom.

Alors on amena le roydeNauarre , & le prin- ce de Concîé au Roy, lequel les voiant leur dita qu'il n'entendoit fupporter d'oreienauàt en fon Royaume,plus d'vne religion: partant il vouîoii: qu'ils vefquiiient à la façon de ies predecefleurs,

D v

58 D I A L O G V E I.

à fçauoir qu'ils allafsét à la meife,fi leur vie&leurs? biens leur eftoient en quelque recommanda- tion.

Le Roy de Nauarre ( sas toutefois condefcen- dre à la propofition du Roy) lui refpondit fort humblement : & le prince de Condé, qui eft d'v- ne nature vn peu plus brufque , ayant refpondu aulîi vnpeu plus afp«ment,ne fut menacé par le Roy de moins , que de laperte de fa tefte, s'il ne fe rauifoit dans trois iours,que le Roy luy bailloit pour tous délais , l'appellant opiniaftre , obftiné, feditieux,& fils de feditieux.

Les autres Huguenots qui eftoient dedans le Louure,aufquels à prix ou prière on auoit îufqu'à lors iauué la vie, promettoyent de faire tout ce que le Roy commanderoit : Entre autres , Gram- mont,Gamache, Duras, & certains autres,eurent d'autant plus facilement leur pardon, que le Roy fçauoit fort bien, qu'ils n'auoyent iamais eu que peuoupoint de religion. A l'inftant on fonna le toxin du Palais , à fin qu'on fe ruaft fur les autres Huguenots(de toutes qualitez & fexes)quieftoy- ent dâs la ville:leur prétexte eftoit, vn bruit qu'ils firent courre, qu'on auoit delcouuert vne conlpi- ration faite contre le Roy , fa mere,& fes frères, parles Huguenots:lefquels auoient deiia tué plus de quinze foldatsde la garde ( ce difoient ceux qui eftoient morts ) partant le Roy commandoit qu'on ne pardonnait à pas vn Huguenot.

Les Courtifans , & les foldats de la garde du Roy,furent ceux qui firent l'exécution fur la No- blelfe , finiifans auec eux (ce difoient-ils) par fer

&dc£

DIALOGVE L 59

6c de/ordre les procès, que la plume, le papier,&; l'ordre de iuftice , n'auoicnt iufqn 'alors fceu vui- denDe forte,que les chetifs, accufez de confpira- tion & c£entreprife,tous nuds, mal-aduilez, demi dormans , defarmez , & entre les mains de leurs ennemis,par (implicite, fans loifir de refpirer, fu- rent tuez qui dans leurs li&s,quifur les toichdes maifons,& qui en autres lieux, félon qu'ils fe lait foient trouner.

Le comte de la' Roche-foucaut 5 qui iufques a- près onze heures de la nui£t du lamedi,auoit de- uife,ris &:plaiianté auecle Roy, aiant à peine cô- mencé fon premier fomne , fut reiueiilé par fix* mafques, & armez, qui entrèrent dansfacham- bre ".entre lefquels cuidantle Roy eftre , qui vinft pour le fouetter à ieir.ii prioit qu'ô le traitait dou- cement , quand après lui auoir ouuert & faccagé fes coffres , vn de ces manques (valet de chambre duduc d'Aniou)le tua, par le commandement de ion maiftre.

Bien eft vray que le capitaine la Barge , qui eftoit l'vii des mafquez , auoic eu commande- ment du Roy de l'aller tuer auec promeife d'à- uoir la compagnie de gendarmes dit comte de la t Roche-foucaut „n 'y eftant autrement voulu aller qu'à celle condition. Etqtioyque levalet,com- me on m'a dit , l'ait anticipé à tuer, fi n'a-il pas pourtant moins eu la compagnie du comte me; try.

Tcligny fat vou de plufieurs courtisans , & <juoy qu'ils euflent charge de le tuer, ils n'euren;

éa DIALOGVEI.

oncquesla hardiefle de ce faire en le voyantjtant il eftoit de douce nature , & aimé de qui le co- gnoilïbit : à la fin vn qui ne le cognoiffoit gas,le tua.

Le marquis de Renelfut chaifé tout en chemi. fe.iuiques à la nuiere de Seine, par des foldats & le peuple 5 & hic monter fur vn petit bateau, fut tué par Bu fi y a 'Amboyfe fon coufin.

Moniieur itère du Roy 3 pour gratifier à FAr- ehan capitaine de fa garde, amoureux de k< Cha- ftegneraye^ohupia tuer par les ioldats de ia gar- de, le feigneur de la Force fon beau-pere; & cui- dant auoir tué deux des frères de la Chafteçne- raye 5 il ne s'en trouua qu'vn moit3 l'autre eitoit feulement bleiîé: & caché fous le corps mort de ion père qui lui eftoit trebufché deffus, d'où fur le foir il fe deipeftra fe glifsât iniques dedâs le lo- gis du feigneur de Biron Ion parent: Ce que fça- chant la Cliafte^neraye fafœuiynarrie de ce que tout Piieritage ne bipouuoit demeureront trou lier le feigneur de Bircn à l'Arcenal 3 il eftoit loçré, feignant d'eftre bienaife que ion frère fuit cfchappé,&diiant quelle defiroit le voir &le fai- re penfer: Mais le fei-neur de Biron qui s'apper- ceut de la fraude^ne le luy vouait deicouurirjuy ïauuant par ce moyen la vie.

Le prefident de la Place, homme fort dode.cc rare5fut a co^ps de hallebarde mené iufques à la Seine3 tué & ietté dans Peau: autant en hit fait à Pierre Ramus.lecteur publique du Roy. A l'Auo Çli de C :j au(ÏÏ5& à FOmenie fecretaire du

Roy.apres îay auoir fait faire ( fous promeife de

lui

D I A L O G V E I. 6i

lui fauuer la vie ) donaiion du plus beau de Ion bien,&: refignadonde fôn eilatde fecretairezplu- fieurs autres furent maifacrez de mefmes 5 des- quels ie ne fçauroy' dire les noms.

. Les comniiffaires5quarteniers, Se dixeniers de ' paris^ailoient aaec leurs gens de maifon.en mai- fonjàoilils cuidoient trouuer des Huguenots, fe failant ouurir les portes par le Roy5& vengeât fur poures artifans, ieunes, vieux> femmes & en- fans Huguenotsjeur confpiration pretëdue3fans auok efgard à fexe , aage ou condition quelcon- ques: Eftans a ce faire animez & induits par les ducs d'Aumale, de Guyfe 5 & de Neuers > qui al- loiet par les rues difans, Tuez tout.le Roy le cô- mande. Les charrettes chargées des corps morts; de damoifelles3femmes.fiiles? hommes &eniàns3 eftoienc conduits a la riuiere.

De bon-héurje ieigneur de Fontenay5frere de monfieur de Rohan -3 le Vidame de Chartres , le I comte de Mont~gomery,le ieigneur deCaumôt, l'vn des Pardillans > Beauuois la Nocle > & plu- fieurs autres leigneurs &genùls>-hommesHugue nots , èftoient logez aux fauxbourgs faincfc Ger- main , vis à vis du Louure, ia riuiere entre deux; Et Dieu voulut que Marcel, preuoft des marchas de Paris^aiant dès le lamedi au loir eu comman- dement du R.oy , de lui tenir mille hommes ar- mez pteib fur la minuiit du Dimanche, pour les bailler à Maugiron ( auquel ilauoit donné char- ge de depefeher ceux des faux-bourgs, aianc âu£ fi commande au commiliairc du quartier 8ci Contrerolleur du Mas,de le guider auec ù croit*

6% DIALOGVEL

pe parles logis desHuguenots)n*eutpas les gens prefts,&que du Mas Commiflâire s'endormit plus de l'heure aflignee : & cependant vn certain homme (qu'on n'apasveu ni cogna depuis ).qui eftoitpaifé dans vne nacelle de la ville aux faux- bourgs fain6fc Germain Daiant veu tout ce qui a-, uoit efté fait toute la nuiôt fur les Huguenots en la ville , aduertit enuiroft les cinq heures du Di- manche matin , le conte de Montgommery de ce qu'il en fçauoit. Le comte de Montgommery en bailla aduertiilementau Vidame de Chartres, & aux autres fèigneurs &c gentils-hommes Hugue- nots logez auxfauxbourgs-.plufieurs defquelsne fe pouuaiis perfuader que le Roy fuft (ie ne dy pas autheur, mais feulement confentant de la tue- rie) fe refolurent de palier auec barques la riuie- re , & aller trouuerleRoy : aimant beaucoup mieux fe fier en lui,qu*en fuiant^monftrer d'en a- uoir quelque deffiance : d'autres y en auoit , le£ quels cuidans que la partie fuft dreflee contre la perionne du Roy meime , le vouloient aller ren- dre près de fa perfonne , pour lui faire treshum- bleieruice,& mourir fi befoin eftoitàfespieds, 8c ne tarda gueres qu'ils virent fur la riuiere > & venirdroi&à eux ( qui eiroient encores es faux- bourgs) iufqu'à deux cens foldats armez de lagar-^ de du Roy, crians , Tue, tue : & leurs tnans har- uueboufades à la veue du Roy,quieftoitaux fene^ fixes de fa chambre , & pouuoit eftre alors en 111- ron fept heures du Dimanche matin. Encores nVa-on dic?t que le Roy prenant vne harquebou- fe de chûlfe entre [qs mains , en reniantDieu,dit :

Tirons,

DIALOGVEÎ. 6|

Tirons , mort-Dieu , ils s'enfuyent. A ce ipecta- cle ne fçachâs les Huguenots des fauxbourgs que croire , furent contrains qui à pied , quià cheual, qui botté , & qui fans bottes & elperons , laiifans tout ce qu'ils auoyentdeplus précieux, s'enfuir pour fauuer leur vie,là ils cuidoient auoir lieu de refuge plus aifeuré. Ils ne furent pas partis que lesfoldats, les Suylfes de la garde du Roy, & au- cuns des courtifans,faccagerent leurs logis, tuans tous ceux qu'ils trouuerent de refte.

Encores vint-il bien à propos, que le duc de Guyfe voulant fortir par la porte de Buffy,fe trou- ua auoir efté pris vne clef pour l'autre3ce qui don- na tant plus de loifir de monter acheuaîauxpa- relfeux. Et ne lailferent pourtant d'eftrepour- fuyuisparleduc de Guyfe, le duc d'Aumale, le cheualier d'Angoulefme, &par plufieurs gentils- hommes tueurs , enuiron huid lieues loin de Pa- ris,le duc de Guyfe fut iuiques à Montfort,où il s'arrefta,&: manda àfain&Legier & autres gen- tils-hommes d'alentour , de fon humeur & parti- fans fiens, de feireenforte,quelefdicts feigneurs & gentils-hommes qui fe iauuoient de viftelFe, n'efehappaifent point: autant en enuoya-il dire à ceux de Houdâ&: de Dreux. En cefte chaffe d'hô- mes,il y en eut quelques vns de bleifez,&: bié peu ou point de tuez.

Les ducs de Guyfe &c d'Aumale quelque fem* blant qu'ils filfent.s'y deporterctaffez doucemét, & comme fi leur cholere fuft appaifee après la mort de l'Amirahils fauuerent à beaucoup la vie, mefmes en leur maifon de Guyfe , lefeigneur

64 DIALOGVÉ L

d*Acier,& quelques autres Huguenots fe retirè- rent à iauueté : tellement qu'à leur retour de la pourfuite,& quelques iour s après, le Roy leur en ht mauuais viiage, croyant que ceux qui eftoient refchappez, n'eftoient lauuez^que par leur faute.

Tout ce iour de Dimâche 24. d'Aouft,fut em- ploiéà tuer , violer, &faccager: de forte , qu'on croit que le nombre des tuez ce iour-lâ dans Pa- ris &fes faux-bourgs, furpalïè dix mille perfon- nes,tant feigneurs , gentils-hommes, prefîdens, confeillers, aduocats, eicoliers,medecms,procu- reurs, marchands , artiians, femmes,filles,qu'en- fans, &c prefcheurs. Les rue^ eftoient couuertes de corps morts,la riuiere teindre en fangjes por- tes & entrées du palais du Roy peindes de mef- me couleunmais les tueurs n'eftoient pas encore faoulez.

Le Roy ,1a Royne fa mere,& meiïieurs fes fre- res,& les dames fortirent furie foir,pour voir les morts Tvn après l'autre : Entre autres, la Royne- mere voulutvoir le feigneur de Soubize,pour fça- uoir à quoi il tenoit, qu'il fuft impuiflant d'habi- ter auec fa femme.

Vers les cinq heures après inidy de ce Diman- che, il fut fait v'n ban auec les trompettes de par le Roy , Que chacun e-uit à fe retirer dans les mai- !ons,& que ceux qui y eftoiét, n'euifent à en ior- tir hors : ains fait feulement loiiible aux fbidats delà aarde,&: auxcômiiiaires de Paris auec leurs trouppes , d'aller par la ville armez , Sur peine de grief chaftiement à qui feroit au contraire. c Pluileurs ayansouyce ban,penfoient que l'af- faire

D I A L O G V E I. é5

faire fc mitigueroit : mais le lendemain & iours fuyuans,cefutàrecommcncer.

Ce iour mefme de Dimanche , le Roy efcriuic des lettres à fes ambafTadeurs près les princes c- ftrangers , & aux gouuerneurs des prouinces , & villes capitales du Royaume , les auertilfant que Thomicide de l'Amiral fon trefcher & bien aime cou fin, & des autres Huguenots, n'auoit pas eftê fait de fon confentement , ainsdu tout contre fa volonté : Que la maifon de Guy fe , ayant defcou- uert que les amis & parcnsdel'A'miraUvouloyent de fa bleflfeure faire quelque ha. te vengeance: pour les anticiper , auoyent aflemblê des gentils- hommes & des Parifiens leurs partifans , en tel nombre, qu'ay ans premièrement Lrcë la garde que le Roy au oit donnée à l'Amiral, & eftans en- trez en fon logis le famedi de nuidfc , ils l'auoy ent tué3luy & fes amis qu'ils auoyent peu rencontrer, au trefgrand regret du Roy5 delà Royne fa mère, & de fes frères , eftant contraint de l'endurer , & pour la crainte qu'il auoit de fa propre perfonne, fe contenir dedans le Louure , il auoit auec luy fon trefcher frère le Roy deNauarre,& fon bien- aimccoufinle prince de Condê.qui iouiroyent de pareille fortune que luy: Ce qu'il vouloit bien que tout le monde fceuft,& entendift le defplaifir qu'il auoit eu, de voir qu'ayant tant de fois tenté la fin- cere reconciliation du duc de Guy fe , & de l'Ami- ral,c'eftoit neantmoins pour ncant.

Auec ces lettres , le Roy enuoya enfemble des patentes, par lesquelles ileftoit defFcndu de por- ter armes illicites , de faire aflemblees illicites , ou

E

&6 DIALOGVEI.

chofe aucune en fraude , & alencontre des Edi&s de paix 3 fous le bénéfice defquels il commandoit à tous Ces fuiets de fe comporter & viure paifible- menti'vn aueci autre. Ces lettres eftoyent lignées par Pinart fecretaire d'eftatje ZA-d'Aoud.

La Royne-mere efcriuit aufli des lettres auf- dits gouuerneurs & ambaffadeurs, demefmefu- ftance que les lettres du Roy. N'en l'vne n'en Tau- tte de ces lettres, il n'eftoit faite aucune mention de la côfpiration de l'Amiral, ne de Cqs conforts. Maiscôbien que ces lettres fuflent enuoyees par lesprouincesde la France, dan s Pans on n'oyoic parler de chofe qui en approchaft, ne qui tendift à appaifer la furie des feditieux.

Le lundi zj.d'Aouftjles Parificnsayans aflîs des gardes aux portes de leur ville ,par commande- ment du Roy, qui en voulutauoir les clefs , afin (ce difoit il)que nul Huguenot efchappaft p ar cô- pereoupar commère, après auoir moiflbnnéle champ à grand tas& à pleine main, ilsalloyent cueillant çà &C laies efpics reftansdu iourprece- denttmenaçantde mort quiconque receleroir au- cun Huguenot, quelque parent ou ami qu'il luy fuft/deforte,quetât qu'ils en trouuerét de refte, furent tuez, & leurs meubles baillez en proye,cô- me aufli les meubles -es abfens.

Le Roy donna aux SuyfTes de fa garde, pour le bo ndenoir qu'ils auoyent monftré en ceft affaire le fac & pillage de h maifon d'vn tref-riche lapi- dairenommê Thierry Baduere: i'ayouy dire que ce qu'on luy a pille, valoit plus de deux cens mille efeus.

Le

DIALOGVE I. 67

Le pillage des feigneurs , gentilshommes, mar- chands , & autres Huguenots tuez , eftoit fait par authorité priuee, ou donne & départi par le Roy zCcs courtifans, & autres liens bons feruiteurs: defquels les aucuns trouuâs quelque chofe de lîn- g ilier parmi la defpouille des morts , le venoyent offrir & prefenter au Roy , à fa merc , ou à quel- que autre des Princes à qui ils eftoyenc plus affe- ctionnez.

En ces entrefaires le Roy aflembla fon con- feil , auquel furent monftrees par Monfieur frère du Roy,certaines iettres du Marefchal de Mont- morency , à Teligny > du Vendredi zi.d'Aouft a* près la bleflure de l'Amiral, en refponfe de celles que Teligny luy en auoit efcrit:& furent lefdi&es lettres trouuees dâs les coffres &entre les papiers de Teligny mort: Par icelles , le marefchal de Montmorency monftroit ouuertement le def- plaifir qu'il auoit receu ^entendant la blefTure de l'Amiral fon coufm: Qu.'il ne vouloir pas en pour- fuyare moins la vengeance, que fi l'outrage euft e~ fte fait à fa propre perfonne , neftant pas pour laif- fer en arrière, chofe qui peufl feruir à cefi: effed, feachant combien vn tcla&e eftoit defplaifant au

Or auoit-il efté conclu au fecret confeil d'en- tre le Roy,laRoyne-mere,Monfieur frère du Roy, le duc d'Aumale,le duc de Neuers, le comte de Rets, Lanfac, Tauanes , Mcruilliers , Limoges. & Villeroy ( tenu quelques iours auant la tuerie) qu'auflî toftque l'Amiral & les Huguenots feroyet defpefchcz dans Paris, le duc de Guyfe ,& ceux

E ij.

6% DIALOGVEI.

de fa maifon vuideroy ent & fe renreroyem hors deParis en quelqu'vne de leurs maifons: afin qu'il femblatt mieux à toute la France, & aux régions voifines^uec'eftoyétccux deCuyfe quiauoycnt fait le -out,(ans le feeu du Roy: pour venge r fur l'Amiral & autres Huguenots la mort du vieux duc de Guyfe,quïi Huguenot auoit tué aux pre- miers troubles de la France» Voila pourquoy en Ces lettres du Dimanche, il auoit le tout iettê fur ceux de Guyfe. mais ceux de Guyfe voyâs latro- citédu fai<5t auenu,& confiderans qu'ils attiroyét fur eux & leur pofterité l'ire de tous hommes , à qui l'humaine focietê eft chere:& par confequenc fe mettoyent en butte3à laquelle chacun viferoit, comme fur les feuls autheurs & coulpables : pre- uoyans, di-ie,le mal qui leur en pouiro.tauenir, eftans retournez dans Paris , n'en voulurent fo r- tir>n'abandonner la cour, demandansau contrai- re inftamment,que le Roy aduouaft le tout.

Le Roy .uecle mefme confeil quedeflfus, tant à Foccaiion des lettres du marefehai de Montmo- rency (qui prenoit prétexte fur la volonté du Roy de fe vouloir venger) que par ce que ceux de Guy- fe ne vouloy ent fortir hors de Paris, ny fe charger de la faue, fut contraint letQutaduo^ër : Car di- fovent ceux de fon côfcil,fi le marefehai de Môt- morency , feulement pour la HJdleure de l'Ami- ral fon cou(in,cft 6 fortpiquër& menace tant: que fera-il quand il entendra lamort& de tant de gés qu'il aimoit ? & G. la maifon de Guyfe ne s'en charge,comment couurira-on ie fri<5t?

Par tant, le Roy par iauis defondid confeil,

re(criuic

DIALOGVEI. 69

refcriuit des lettres à fes ambafladeurs , & aux gouutrneurs des prouinces>& villes principales de laFrâce:par lefquelles il les auertiflbit^q ce qui eftoitauetiu à Paris , neconcernoit aucunement la religion, ains auoit efté feulement fait pour em pefcher l'executiô dvne maudite côfpiration,que l'Amiral & fes alliez auoyent faite, contre Iuy> la mère & fes frères: partanr vouloir que fes Edids de pacification fuflentobferuez:Que s'ilauenoit que quelques Huguenots , efmeus des nouueîles de Parisjs'afTemblafTe î t en armes en quelque lieu que ce fuft,il commandoit à fefdidts gouuerneurs de tenir la main qu'ils fufsét diffipez, & rompus, Et afin que par lesftudieux de nouueaute, quel- que fîniftre cas n'auint^il en tendoit que les por- tes des villes de fon Royaume fulfent bien & di- ligemment gardées, remettant fur la créance des porteurs,lcfurplus de fa volonté.

Ces lettres ne furent pas fi toft receues à Mét- aux, Orl as,Tours, A rgirrsjBourges/Thoulouze, & en plufieurs autres c itez,que les Huguenots par le commandement des gouucrneurs,y furet tuez. Quelques gouucrneurs mohs cruels,come Man- dclot à Lion,& Ca rouges à Rouen, fe contentè- rent pour le commencement de faire empnfonner les Huguenots de leurs villes-.mais peu de iours a- prcs,auffi bien furent-ils tuez.

Le mefme iour du lundi au matin 5 le Roy en- uoya quelques capitaines & folda's de fa garde à Chaftillon fur Loin , p urluy amener les enfuis de r Amiral, & de fon fc u frère d' Andelot, de gré, ou par force: mais on trouua les aifnez partis, &

E iij.

7o DIALOGVEI.

defîa fauuez à la fuire.

Le duc d'Anjou enuoya pareillement des fol- dats de fa garde à la campagne, es enuirons de Pa- ris, vifiterles Huguenotsdans leurs maifonsaux champs,&les y tuenEt afin que nul n'y fuft efpar- gné, ilenuoioità poincl nommé endiuers quar- tiers,ceux de fes foldats qui n'y cognoiffoient per- fonne, tellement qu'auiïi ils n'en efpargncientjpas vn, exceptés quelquesvns qui furent pnns àrançon par ceux qui eftoienc plus frians de L'argent. Et fi ne laiflbientpas pourtant de tuer les prifonniers après leur rançon payée.

Ces iours de dimanche & de lun ai , le temps fn t beau &ferein à Paris,& es enuirons.tellement que le Roy s'eftant misauxfeneftresdu Louure, con- templant le temps,dit , Qu'il fembloit que letéps fe refiouift delà tuerie des Huguenots.

Enuiron le midi du lundi ( hors de toute fai- fon) on vit vn aubefpin fleuri au cemetiere faincfc Innocent: Sitoft quelebniit en fut efpandupar la vilie,le peuple y accourut de toutes parts,criant, Aliracle,miracle , & les cloches en carrillonnerent deioye. On fut contraint pour empefeher la fou- le du peuple, & afin que le miracle(qui eftoit com- me il a eftë feeu , fait par l'artifice dVn bon vieux homme de cordelier ) nefuftdefcouuert, &auilé: on fut , di-ie , contraint d'afleoir des gardes àlen- tour de l'aubefpin , pour empefeher le peuplede s'y approcher de trop près. Il n'y eut pas faute de rens qui interpretoient cemiracle,ne vouloir de toter autre chofe , finon que la France recounre- oitfa belle fleur & fplendeur perdue. Lepeupîe

s'en

DIALOGVEL 71

s'erç retournant de la veuë de faubefpin content & fatisfait5penfant que Dieu parvn tclfigneapprou- uaft toutes leurs aâions, s en alla droid au logis du defu net Amiral : ayant trouué Ton corps mort,le prindren t,& Ta y ans traîne par les rues iuf- quesau bord delà riuiere, luy coupèrent le mem- bre, & puis la tefte,qu'vn fol :at delà ga^de (par commandement v.omme il difeit) porta au Roy: le tronc aucc dagues & couteaux lacère, &defchi- quêté en toutes fortes par la populace, futàlafm trainéau gibet de Montfaucon,& pendu par ks pieds.

Le mardi 16. d'Aouft ,1e Roy accompagne de fesfreres,& des plus grands de fa cour, s en alla au Palais de Paris ( qu'on appelioit iadis la cour des Pairs de France, & le lidt de iuftice du Roi ) fe- ant en plein fenat, toutes les chambres aflemblecs, il déclara tout haut, que ce qui eftoit auenu dans Paris, -auoit eftefait non feulement par foncon- fentement,ains par foncommandemenr,& defo propre mouucmét.Partant entendoit il, que tou- te la louange & la honte en fuflent reietteesfur lui.

Alors le premier Prefident , au nom de tout le Senat,en louant l'aâe, comme digne d'vn fi grand Roy, luy refpondit,quec'eftoitbienfait>& qu'il l'auoit iuftement peu faire.

Que qui ne feait bien difiimulcr , ne feait ré- gner.

LepoL C'eftoit bien loin de faire comme la Vac- querie, iadis Prefident en mefme lieu & charge, lequel, comme Pafquierle recite en fon Hure des

E iiij

7i DIALOGVEI.

recerches , Eftant prefsé par le roy Loys n.d'c- mologucr vn Edi&quineftoit point de iuftice, èc pour ce qu'il ne le vouloit faire eftant menace par ce Roy de la mort,& tout le parlement auf fbs'habilla&auecluy tous les Sénateurs de Paris de robbes rouges , &enceft equippage s'en alla trouuer Roy qui eftoit courroucé outre mefu- re.LeRoyefmetueillëdeles voir en vn tel h.ibit hors de faifon, les enquit de ce qu'ils cerchoyent: Surquoy la Vaquerierefpôdantpour tous, Nous cerclions la mort (dit-il) Sire, de laquelle vous nous auez menacez fi nous ne confirmions voftrc Edid. Eftans tous appareillez delafouftrirplu- ftoft que défaire chofe contre noitre deuoir& confeience.

L'hift* Ceftuy^cy nauoit garde de faire le fem- blable,il prend trop de plaifîrà toute forte dm- iuftice pour s'y vouloir oppofer. Mais pour re- tourner à mon hiftoire,Ainfi que le Roy alloit au palais,vn gentil-homme fut recognu en la troup- pe pour Huguenot, &aulfitoft tué,aflez près du Roy (qui en fe reuirant pour le bruit, ayant enté- du que c*eftoit)PafTons outre,dit-il* pleuft à Dieu que ce fuft le dernier!

Ceiourdemardi, & autres ioursfuyuans,ily eut peu de Huguenots tuez dans Paris, car auflï yen auofc il peu de demeurez de refte.

Quelques Catholiques prindrent la hardiefle de fauuer la vie à aucuns de leurs anciens amis& parens. Entre autres,Feruaques la voulut fanuer au capitaine Monins, pour lequel il alla prier le Roy, & pour tous fes feruices paffez , de luy don- ner

DIALOGVEI. " 75

ncrla vie qu'illuy auoit fauueeiufques à l'heure: mais ce fut en vain , car le R oy luy commanda de tuer Monins,fi luy-mefme ne vouloit mourir de la main deCharles.Feruaques eut horreur du fa â: (quoy qu'il fuft fort afpre en nemy des Huguenots & qu'il en euft tue' & faccagê plufieurs de fa main les iours précèdes) pour l'amitié particulière qu'il portoit à Monins:toutefois il fut contraint de deC- d uuriroù ileftoitcaché,auquelaufFtoftfuten- uoyê vn tueur qui le depefeha.

Lefemblable eftauenu à quelques autres Hu- guenotsjors qu'ils cuidoyent efire efchappez.

LeIeudi2§.iourd'Aouft: 5 fut célébré dans Pa- ris vn Iubilé extraordinaire,auec la procdïon gé- nérale, à laquelle le Roy aflîfta. ayant première- mentfolicité (mais en vain) le roy de Nauarre par douces paroles , & le prince de Conde' par mena- ces de s'y trouuer.

Le mefme iour furent publiées des lettres parè- res du Roy 5 par lefquelles ouvertement il decla- roit, qu'il ne vouloit plus vfer de paroles cou«er- tes,ny dedifîimulations : Que la tuerie çles Hu- guenots auoit efté faiteparfon commandement: acaufedvne maudite confpiration faite par l'A- miral contreluy,fa mere,fes freres,& autres prin- ces &gransfeigneurs delà cour3 n'entendât pour- tant que les Edifts de pacification furent moins que bien obferuez : auec tel fi toutesfois , que les Huguenots ne feroyentfaire aucuns prefches,ny afTemblceSjiufques a ce qu'autrement y fuft pour- iicu.

Au premier exemplaire defdi&es lettrcs^le roy

74 DIALOGVEI.

de Nauarre n'y eitoit pas compris: mais feachant bien qu'on tirerait de luy tout le tefmoignage quonvoudroit,ilfembla au confeildeTy nom- mer.

Ces lettres patentes furent enuoyees par cour- riers exprès à tous les gouuerneurs de la France, auec d'autres lettres particulières du Roy de mef- me fubftance: Excepte quily eftoit adioufté vn commandement, Qu'incontinent les lettres re- ceuës,les gouuerneurs hflfent tailler en pièces tous les Huguenots que l'on trouueroit hors de leurs maifons. Aucuns Huguenots ( que la peur a- uoit fait fortir hors de leurs maifons)entendans ce mandement, fe retournoyent mettre dedans: les autres qui ne s'y ofoyent fier, & fetrouuoyent dehors, foudaineftoyent tuez, autres prins à ran- çon . Mais à la fin, ceux qui obeiiïans au mande- ment s'eftoyent retirez en leurs maifons ne furent pas de meilleure condition que les autres. Et tou- tefois les gouuerneurs ay ans receulefdicles lettres, donnoyentàentendre,qu'ils ne recerchoyent d'en- tre les Huguenots,queles coulpables de cefte der- nière confpiration de l'Admiral.'que quant au paf- , ils n'y vouloyent pas feulement toucher,n'y s'en fouuenir.

Mais pource que peu de iours après futadiou- ftê aufdi&es lettres , que les prifonniersfuffent de- liurez,& quenulnefuft fait d'orefenauantprifon- nier,excepte ceux qui es guerres ciuiles de la Fran- ce 5 auoyenteu quelque charge pour les Hugue- nots , rraniéaffaires,ou autrement eh auoyenteu intelligcnce-.defquels aucun eftoit pris, onl'eull

are-

DIALOGVE I. 75

à remettre entre les mains du gonuerneur de la ville, ou du pais , quientendroitdu Roi ce qu'il luiplairoit cTenordonner. Et toutefois on voioit que les prifonniers n'eftoient point deliurez , ains tous les ioursen emprifonnoit-on de nouueaux. Plufieurs d'entre lefdicfcs Huguenots moins cré- dules que les autres, ont penfé faire plus fagement defortir viftementhors deFrance que d y demeu- rer plus longuement: mais ils n'ont pas fi tofte- fté hors du Royaume(combien qu'ils fc foient re- tirez es terres confédérées au Roi) que fes officiers en beaucoup d'endroits, leur ont faifi & anno- té leurs biens, lesontconfifquez, vendu les meu- bles d'aucuns, & d'aucuns autres faccagez & pil- lez.

Or pour retourner aux chofes de Paris, le Roy le5.iourdu moisde Décembre, aiant fait venir à foi Pezou Bouchier (l'vn des conducteurs des Pa- rifiens) îuidenianda,s'ily auoicencoresdans !a ville quelques Huguenots de relie: A quoi Pezou refpon- dic, qu'il en auoit ietté le iour auparauât fix vintgs das l'eau, & qu'il en auoit encores entre Ces mains autant pour la nui<ft venant: Dequoy le Roy grau- d~mentrefiouy , s'en printà rire fi fore, que ne le feauriez croire.

Le Q.iour de Septembre, le Roy efmeu de peur, & de cholere tout enfemble , iurant & blafphe- mant qu'il vouloittuer de fa main propre tout le refidu des Huguenots , commanda qu'on luy ap- portais fes armes , fe fit armera fit venir à foy les capitaines de (es gardes, difant que par la mort- Dieu , il vouloit commencer a la telle du prince

76 DTALOGVE I.

de Condê. Adonc la Royne régnante s'agenouiL lanr deuant luy>le fupplia qu il ne fift point vne chofe de fi grande confequence,fans l'auis de fon. confeil. le Roy aucunement vaincu des prières defafemmelouppi &:dotmitauecelle: Le ma- tin venu (ce feu luy eftant vn peu parte ) il fit ve- nir le ; rince de Conde, auquel il ptopofatrois chofes,la mt fle,la morr,ou prifon perpétuelle; Se qu U aduifaft laquelle des trois luy agreeroit le plu^.Le prince de Condérefpondât luy dit,Qu.e rnoyënât la grâce de Dieu il ne choifi. oit iam is laprcmiere:les deux dernières, il les hifloit ( t- pres Dieu)à l'arbitrage & difpofition du Roy.

Vray eftquayantentendu qu'on luy préparait vne chambre à la Baftille (où Ion a accouftumé d'emprifonner les Princes) i'ay ouy dire, que ce ieune prince de Conde a changé du depuis d'a- uis.

Peu deiours apres,onaimpriméauecpriui!e- gedu Roy,€ertainsliures mordâs & pleins d'in- iures, contre l'Amiral refquels nommément eft difputé & maintenu, qu'il a efte' loifible au Roy de traiter ainfi Tes fuiets , pour la religion violée, ne plus ne moins que furent chaftiez les frerifica- teursde Ba 1. Mais de la coniu ration de l'Admi- raLpoint de nouuelles ,re$ liures n'en difent rien de particulier^ les ccmfeillers & courtifans à qui ien ay parle auant mon départ ( entre autres mef- fieurs de Foix,& de Mal-afsife)s'en moquent : di- fans par leur foy, que c'a efté vne galante cou uer- ture>recognoifiantle faidfi barbare & diaboli- quement cruel , qu'on ne luy peut dôner autre ti- tre

DIALOGVE I. 77

trc (toutefois ri eft mal caché 5 à qui le cul paroift.)

Mas quoy qu'il en fcit, ils difent,quc le Roy veut

quoncrcye^qu'ily a eu de laconiuration. Et tout

ce q il y a de bon ceft > qu'ils ont nommé le roy de

Nauarre.encre ceux que les Huguenots vouloyent

tuer

L t pol C a efté vne fotte inuention que celle Ia>

pour faire croire la confpiration : & encore me

le mble plus eftrange, puis qu'il fe vouloyent feruir

de ce pretexte,pourquoy le Roy a mandé à tous fes

offiders,que quoy qu'il en puifiè aduenir,ilne veut

q 'lyait autre religion que la fiene cnfonRoy-

aume:& cependant il veut faire croire aux Princes

cftrangers,qu il veut entretenir l'Edid: de pacifica*

tion.

Alu le netrouue cefaeftranre: car le diable, ny

fes enfans, ne fe feauroyent aider que de leurs ou-*

tils : àfcauoir,du menfonge,ceq;jieft vnegrande

confolation pour les efleus , feachant que la vérité

furmonte.

Pht.Tu vois cepedant Alithie,quel blafme on nous

met à fus,& la façon dont on nous trai<fte,& le tout

pour l'amour de toy.

Mt. Ce n eft pas chofe nouuelle, de voir mes amis

hays,blafmez,calomniez , batus, &leplustouuent

tuez.Vneinfinitédhiftoires rant prophanes quec-

defiaftiques & fain&cs , nous font trefentiere foy*

que ce n'eft que leur ordinaire.La verité(ce dit lau-

tre)engendrc haine:La croix eft comme collée s l'E-

uangile.Vous pleurerez, ditlefus Chriftenvn mpf>

& le monde rira.

Lhift. Pour conclufion , par toute la France le

yS DIALOGVEL

Royapouuoir, qui ne veut aller à la méfie, faut qu'il meure, ou qu'il fuye fecretement hors du Royaume: Et croit on que depuis le 24. d'Aouft iufques à maintenant , il y a eu plus décent mil- le perfonnes Huguenotes tuées par toute la Fran- ce, fous prétexte de leur confpiration:Encores ne font ils pasfaoulez, leur choleren'eft point affou- uie.

L'egl.O Dieu tout puiflant, ô pafteur dlfrael,iuf- ques à quand fumeras- tu contre l'oraifon de ton peuple ? Tu l'as repeu de pain de larmes, &las abbreuue de pleurs. Tu nous as mis en querelles contre nos plus proches, &en moqueries parmi les nations. Tu as tranfporté ta vigne d'Egypte, tu Tas plantee,& luy as prépare lelieu, afin qu'el- le y prinft racines & s'eftendift , en remplifiantf la terre: Pourquoy donc as-tu rompu fa haye,la bail- lant en proye aux paffans } pourquoy a elle efté confumee parle fanglier , & deuoiee par les be- lles fauuages? Les gens font entrez en ton hérita- ge , ils ont baillé les corps de tes feruiteurs en vi- ande aux corbeaux>& la chair des biens viuans aux beftes de la terre. Ils ont efparsiefang des tiens, & n'y auoit aucun qui les enfeuelift. Iufques à quand Seigneur,te courrouceras- tu? ton ire fera- elle pour iamais embrafee ? Refpan Seigneur tes indignations , fur les gens qui nctecognoiflent poinr, & (ut les royaumes qui n'inuoquent point ton Nom : car ils ont prefque efteinte toute la po- fteritë de Iacob,& ruiné fa demeure. Que la ven- geance du fangde ceux qui te reclamoyent efpan- du contre tout droict , foit cognue par toute la

terre

DIALOGVE I. 7?

terre. Vucilles3grand Dieu,auoir ef^ard aux cris & gemillèmens de . ant de poures vefues,&de poures enfans orphelins. Souuienne-tQy des plaintes des prifonniers.Re(erue en vie félon la grandeur de ta force tes enfans deftinez à la mort. Et rends à nos voifins fept fois au double , l'outrage duquel ils t'ont diffamëjSeigneur. P^i/.Amcn.

jChïfï. Encore n'eft-ce pas tout: Car comme iedi- fois tantoft(lors que tu m'as in terrompu) quelque grande tuerie qu'il y ait eu en France,la cholere du Roy nepafferaiamais, pendât qu'il y aura vn Hu- guenot en vie. Encore iure il par le ventre Dieu* qu'ils ont beau faire , que la MefTe ne les fauuera- ia.

Alu Iamais en fa vie il n'a dit parole plus verita- ble:Mais comment l'entend il,ie te prie? L'ht/ï. Il n'a garde de l'entendre comme les Hu- guenots l'entendent,qui mainrienent que lePape, noflre bonne intention , nos bonnes œuures,les mérites des Sain<5ts,le bois de la fainéte croix, les grans pelerinages,i*eau benifteja fainéte & digne melTcS: tout cela enfemble, & chacun d'eux feul & pour le tour,ne nous peut fauuerrains feulement Dieu par fa pure g; ace > & parlamifericorde qu'il fait àceux qui efperent en luy,defpouillez de tou- te arrogance & fierté,humiliez & abbatusparle fentiment de leurs fautes , & appuyez fur le feul mérite ^cla mort & paflïondcnr flre Seigneur Ie- fus Chrift. Il n'a di-ie^garde de parler de ce falut- li.il n'y penle pfos. Ad. le le croy. Il appert euidemment par Ces

go DIALOGVEI.

oeuures, qu'il n'en a ny foin ny cure : Et toutefois fi y faut il penfer , Hiftoriographemon amy, & y entendre continuellement : ce doit eftre noftre pi incipai but. Mais s'il plaift à Dieu, nous en par- lerons à loifir>deuant que nous nouslaiffions t'vn l'autre. Tu entendras poflible , ce que tu n'as ia- maisappris,quoy qu'il femble que tu'en ayesouy parler quelque fois: Pour maintenant il eft que ftionde pourfuyure ton hiftoire, & de nous dire (fi tu le fcais)commeceft que le Roy entend ce que tu as dit.

JJhifi. le te le diray tout à cefte heure, & tefcou- teray quand tu voudras: aulîïbiennefcay ie dire (quandileftqueftionde falut) ceft que i'en fuis.L'ignorance de nos curez, & la noftre, nous a logez touchant cela,chez Guillot le fongeur(com- me on dit.)

LepoL le feray s'il te plaift de la partie, Alithie, auflî bien ne voy->e point de religion , ne de voye de falut,ains pluftoft tout atheifme , & che- min de perdition parmi nous . On a beau fe dire t^ef-chrefh'en, il eft tout clair qu'on mentfaufle- xnent.

Al^ le fuis bien aifede vous voir en chemin de Touloir apprendre, nous en parlerons plus à plein Dieu aidant : Pour cefte heure oyons l'Hiftorio- graphe fur fon interpretacion,& le refte de fon dit- cours.

Vhi. Corn me ie vous ay dit,il y a des Huguenots en grand nombre, qui fontefehappez de latuc^ rie, tous lefquels peuuent eftre repartis en deux efpeces : IVne fera de ceux qui s'en font fuy s hors

la

DIALOGVEI. Si

la France, l'autre de ceux qui y font demeurez. Ceux qui font fortis,fe font retirez en Suytfe, en Allemagne, en Angleterre,& es Ifles qui lu y font fuiettes. A ceux-cy le Roy ne touche que par let- tres, meflagers, & autres menees:tafchant (com- me bon pefe de famille qui a foin de fes ^nfans) de les faire reuenir en lieu il les pnifle trouuer quand il voudra: pour la pitié qu'il a des difettes éc neceflîtez qu'ils endurent eftans hors de leurs maifons,efquôlles il deiïre (ce difenc ces lettres) qu'ils reuienent, pourpouuoir iouyr de leurs biés en fe conformant à fa volonté , & faifant ce qu'il commandera. Ceux qui font demeurez en Fran- ce, outre les morts ,font de diuerfes conditions. Les vns fe font retirez dans des viîlesfortes;com-> me vous diriez dans Montauban> Sancerre,NyC* mes, la Rochelle, & dans certaines autres villes. Contre ceux-ci le Roy aenuoyéfes frères pour les exterminer s'il, le peut faire: pource qu'ils n'oc pas voulu laifler entrer dans les villes ils font, ceux qui y alloyent pour les tuei* deparleRoy,3c qu'ils leur onc ferme lesportes. AluO poures gens I leur condition fera-elle don- ques pire que des beftes, à qui nature apprent de feconferuer, les armant en diuerfes fortes pour leur deffence?feront'ils pirement traidez que le- fclaue,à quoi outre le droi& dénature, celuy des gens, voire laloy ciuile,permet de fermer l'huis au nez de fon mancre,s'il cognoift qu'il le vueilie ruer.?

L'hifi. Te ne fcay qu'en dire : mais fur toutes tes tilles,il en ycu: à celle de la Rochelle.

i

$2 DIALOGVEI.

LepoLEile l'a efchappè belle ceftcpoure Rochel- le:Carfitu ne lefçaisjet'ofe dire pour certain* que l'armée de merde Stroffy *& du Baron delà garde,quieftoit enBrouage près de la Rochelle il y auoït plus de quatre mois,pour attendre ( ce difoyét-ils en fecrec)la flotte d'Efpagne,& lacô- batre (comme aufsi l'Amiral le penfoit)& de là, fingler à Flefsinghe>ne tachoit qu'à furprendre la Rochelle à poinft nômë & plus de deux mois auant la tuerie de Paris;la Royne met e auoit en- uoyê à StroiTy vne lettre eferite de fa main pro- pre >biécachetee,Iui deffédâc par vne autre lettre qu'il receut la premicre,de ne point ouuxir ce- lte-la > iufques au 14 iouv d'Aouft: Or les mots de la lettre que Stroffy ouurit le 14. d'Aouft, e- ftoyent.

STROSSY,ie vous auertis* que ceiourdhuy 24.d'Aouft,rAmiral,& tous les Huguenots qui «ftoyent icy auec luy,ont efté tjuez Partit auifez diligemment à vous rendre maiftre de la Rochel le & faites aux Huguenots qui vous tomberont entre les mains,Ie mefme que nous auons fait à ceuxey. Gardez vous bien d'y faire faiite , d'au- tant que craignez de defplaireau Roy,Monfîeur mon fils5& à moy. Et au delfous ,C A T H E- RINE.

le te laifle à penfer9fi Dieu les a bien gardez. i^i/?.rauoy,bientofiourscreu,que l'armée de StroflTy neftoit pas près delà Rochelle pour ne- ant;5cquelesfoîdatsquieftoyent à Tentour par mer&parterre.mangeans.forçans» &pillans le bon homme*nç tafehoyent qu'à fe rendre plus

forts

DIÀLOGVEI, *5

fortsdanslaRochelle,pourla furprédre,&y me- ner les mains baffes & fcauoy' bien qu'ils y auo- y et failli deux ou trois fois, voire mefmesi'ay bié fceu,queleiourdumaffacre fait à Paris,il eftoic entré dans la Rochelle,plus de deux cens foldats de Stroffy,auec armes,faifans femblant de faire racouftrer leurs arqueboufes,ou d'acheter quel- ques viures>& munitions:lefquels pour quelque frayeur qui les furprit, craignans que ceux de la Rochelle(ialoux des priuileges & libertez de leur ville qui les exemptent de garnisô)nefe doutaf- fent desdeflcins de Stroffy,s'enfuyrent en tapi- nois tout bellement hors delà ville. Maisien'a- uoy'encores rie feeu de cefte lettre, ie n'ay garde d'oublier à la mettre en mes mémoires, Voila d$ merueilleux traidts. On a ra:fon de dire qu'il y a eu coniuration:Mais ç'aefté contre les Hugue- not*. Poures miferableslilfaut bien dire que la, deliurance de ceux qui font demeurez de refte,cft miraculeufe,ayans efté fi fubtiiement trahis! Mais pour retourner à eux:outre ceux qui fe font retirez es villes & lieux defeureté,il y en a d'au- tres qui ne s'y font pas retirez, ou pource qu'ils n'ont peu, ou pource qu'ils n'ont voulu,ou osé s'y retirer.

Deceux-cy, les vns (mais en petit nombre) fe tiennétcovs & couuerts en leurs maisôs,& fans aller n y à meffe ny à matines, priét Dieu vn cha- cunchez foy.bienfecretement toutefois>de peur d'eftre fur pris, atten^ians qu'on les accommode {c'eftle mot dont vfent les tueurs.)

J-es autres,s*en vont à la Meffe de gayetc de

F ii

84 DIALOGVEJ.

cceur,& comme ài'enui l'vnde l'autre, blafphe- ment,defpitent,& renient mille fois le iour,pour monftrer qu ils n'en font plus , faifans en tout le furplus, des vilenies, & des maux,plus que ie ne t'enf auroy' reciter: vue grande partiede ceux- cy porte les armes contre les autres Huguenots, mais le Roy ne s'y fie pas beaucoup. Et les autres vont aufli à la Mefle, mais contre leur gré, &c par force, comme il eft aifé à iuger à leur mine & cô- temnee, tant ils 'ont abbatus &contriftez, & Ci n'ofent bonnement parler l'vn àfautre,ny felaif- fer rencontrer par les rues, ou en leurs maifons deux à la fois* Y eftime que c'eft de ceux-cy def- queisle Roy parle;quancHldit,Quepar la mort- Dieu, la meffe ne les fauuera pas, & poflîble en- tend-il au lîi parler des autres quimonftrent d'y aller de plain gre,& par defpit: jilith. Te ne doute pas qu'il ne parle de tous les deux. Quel piteux & miferableeftat,ne fc conten- ter point de t er le corps>fi on ne perd l'ame quâd &quand:& ne fe contenter point de tuer l'ame,fi le corps neftauffi meurtry i O Seigneurâufquesàqnand? JL'egl&enit fois tu, Seigneur Dieu de nos Pères, ton nom eft louable,& digne d'eftre glorifie à ia- m&h. Tues iufte en toutes les chofes que tuas faites: tes voyes font droites: tous tes iugemens par lefquels nous font aduenues toutes ces cho- fes, font, droituriers; Nous auons contreuenu à tes loix,nous n'auons point efcoutê ny gardé tes commandemens. >îous nous fommes par trop dcsbprdez en délices, & auons cerché en la cour

" v das

DIALOGVE I. 85

desgrans (d'où par Edi<5t folennel ta vérité auoit cftc bannie)ies honneurs & les alliances.

Tu as vfé d'vn vray iugemét,en coûtes les cho fes que tu as fait venir fur nous, nous liurant aux mains de nos ennemis, quifontfans loy, & tref- mefchastraiftres,&àvnRoy iniuftc&tref-mau-i uais,par deflus ceux de toare la terre. Nous (ouï- mes liurez à mort pour l'amour de toy tous les iours,.& fommes eftimez côme brebis de la bou- cherie: Nous te prions quetunenousliurespas ainfi à toujours. A c ufe de ton Nom, ne difsipe point tôt alliacé, ne nous côfonds point du tout, mais fay- nous félon ta douceur,& félon la gran- deur de ta mifericorde , afin que lafemence des tiens que tu as referuez, ctoifte,vegete,& multi- plie,ennombre,zele & vertu.Seigneur,tu t'es fer- ui autrefois de l'inftrument deperfecution, pour l'accroiflfement &augmétationde ton rroupeau* qui venoit feulement de naiftre & s'affembler en Ierufalèm,lorsquetu l'efpardisparla Iudee&Sa marie:fay, Seigneur, que le refte des tiens que tu , as efpars maintenant en régions lointaines & pe- regrines par cefte horrible difiîpation > continue toufioursenconferuic?, feruant d'exemple ôcedi fication aux nations qui les ont recueillis, & por- tans doucement l'exil : recognojffent que toute la terre t'appartient, qu'elle toute n'eftqu'vne feule cité,de laquelle l'home eft bourgeois paflfager,en quelque climat qu'il habitc:ou pluftoft Seigneur, donne leur de cognoiftre,que nous nauons point ici de cité permanente, afin quecerchans lackè àrenir^isperfeuerent en Tefperâce delà vie bien

F iij

%6 DIALOGVEL

heureufe,quetunous as acquife par le precicu* fangde Icfus Chrift ton Filsnoftre Seigneur. Et en rendans leur vocation certaine, parbônes œu- tires& la fainâeconuerfation (que tu as ordon- né aux tiens,ahn d'eftre glorifié en eux)qu'ils co- fiderent les fifcheufes & fréquentes pérégrina- tions d'Abrahâ, d'Ifaac& deIacob:qu'ils iettent l'œil fur ton Fils vnique>tbnBien-aimê,fuyant de nui£fc,toft après fa naiflance, en Egypte, auec fa Mere-vierge,fous la conduite de Iofeph, pou ref- chapper les mains d'Herode3qui cerchoit la vie de l'enfant. Fay entçndre à tous les tier$,que tu chafties ceux que tu aimes,afin qu'il ne leur fem- ble eftrange, comme fi quelque chôfe nouuclle leur arriuoit,quand ils feront par.feu,parglaiue, ou exil,examinez pour faire preuue de leur foy: queplufloft eftansfaits participans des paiîîoris deton Filslefus Chrift,& iniuriez pour fon ils s'en refiouifient,en attendant que ceux qili cer chentramedelenfant3foyent mortsi Cependant donne-leur iugemét &c prudéce,afin qu'ils ne Ce laiflent plus endormir ne piper à la voix de ce Pfeudor père defami'leaux larmes de ce Croco- dile,quifousvne feinte pieté, ne cerebe qu'à ies deuorer& deftuire.Garni-les aullî Seigneur, de bon courage,& dçforce, par lefquels fu rm on tan s en vrayefoy & chanté toutes ks difficultez qui leur feront prefentees>eux qui font efchappez du naufrage, s'efforcétde toutleur pouuoir éc mo- yens d'en retirer leurs frères : d'aider & fecotirif ceux que les dangers de mort cnuironRent, que l'armée de Pharao,quc ce nouueau Sennacherib,

&ÏUb*

DIALOGVE I. 87

&Rabfaces leprophanepourfuyuent.

Seigneur, nous auons ouy de nos oreilles,nos percs nous ont raconté les œuures que tu as fai* tes en leurs iours en Egypte, aux deferts,en la ter re tu les auois introduits: comment tu as de ta main dech .(le les nations, & abbatu les plus gras qui empefehoyent lestjés de iouyr du repos pro- mis.

Ils ne conqueft^ient point la terre par leur glaiuejeurbrasnelés apointfauuez:ir<aistadex-r< tre,tcn bras , & la 1 umiere de ta face les deliura, pourtant que tu ies auois prins en amour. Il eft bien vray Seigneur,que p r leur deffiance t'ayans irrité grandement,piufieurs d'entr'eux moururêt audefert, voire ton feruiteur Moyfe, que tu leur auois donné pour libérateur : mais tu ne laiflas pourtant d'accomplir en leurs enfans par Iofué* tout ce que tu auois promis à leurs pères par Moyfe.

O Seigneur, nous auons péché, nous t'auons oftenfe:tu nousasauili déboutez, tu nous as dif* fi pez , & t'es courroucé amerement,nous mettant comme en vn train de ruine irréparable. Tu as traite toa peuple rudement, & Tas abbreué de vin deftourdifïementimaisdepuisjtu as donné v- ne baniere à ceux qui te craignent, afin de Tede- uer en haut, pour l'amour de ta vérité. Fay Sei- gneur,que teslfraelites n cfpc rent plus au bras de la chair,cn leurs armes,ou autre puiflfance humai- nc, ains en toy feul,Dieu des armecs,lc fort des forts : fâchant que c eft en vain qu'on édifie la maifon fi tu n'y mets la main, & que c eft en vain

F iiij

$3 DIALO'GVE I."

qu'on veille, fi ru ne gardes la cité,* Toy qui par lesraines,par les poux,par les faurerelles, & autre telle gendarmcrie,as fait trembler ceft ancié Pha* rao dans Ton li<5t, & Iuy faifant fentirfa main for- ténors qu'il pourfuyuoit tes enfans, TasenfeueJy dans les eaux auec toute fon armes, faifant pa/Ter les tiens à fec.

Toy Seigneur Dieu d'Ifrael, qui esaffisfur les Cherubins,tu eslefeul Dieude tous les Royau- mes de la terre p tu Tas faite,& le ciel aufsi. Sei- gneur5ene!inetonoreiile3&oy:ouureles yeux,& regarde. Efcoute les paroles de Sennacherib, & de ce ieune Rabfaces confit en blafphemes, qui gen t'appeîlant au combat demade,0 ù eft le Dieu, IeFort,Gardien de ce petit troupeau. Il eft vray, Seigneur,que les Rois des Aflfy riens ont deftruit les Gétils& leurterrc&rontroisau feules dieux d'iceux: Car ils n'eftoyent point dieux, mais ouurages des mains des hommes,bois &c pierres, pourtant ils les ont deftruits :mais ceux-cy, Sei- gneur uniurjentjils te blafphement & defpitenr, efleuant leurs voix contre toy , fainér d'Ifrael > fe vantas qu'ils raferont toutes les villes fur lefquel- les ton Nom eft inuoqué ,&qu ils en effaceront la mémoire de defïiis la terre. Seigneur, fi les as- tu faites & formées, & as plante au milieu d'iccl- îeslciceptre de ta parole, pour lequel arracher, en les pourfuit. Ne les meine pas donc à defola- ticn,deffen-les plufteft, Père faindhà caufe de to honneur & gloire, qui eft conibinte à leur deli* urance, Enuoyeton Ange Seigneur, i'Angeque tu en- voyas

DIÀLOGVEI. $9

noyas contre ce Sennacherib , oufufcite vfte lu- dich contre ceft Holoferne, pour la deliurance de ta Bcthulie. Ne te tiens plus arrière de nous , & ne te cache point au temps de tribulation : Car le mefehant auec orgueil pourfuit le poure, & sef- gaye quand toutes chofesluy fuccedent à fouhait. Il eft tant fier , qu'il ne fe foucie point de ta maie- fté > Seigneur , ains toutes fes pen fées font , qu'il n'eft point de Dieu. Sa bouche eft pleine de mau- difïbn , de fraude , & de tromperie, fous fa langue gift molefte & nuifance : Il fe tient aux embufehes» il occit l'innocent aux lieux cachez:fes yeux aguet- tent le defolé , & dit en fon coeur , Dieu l'a oublié, & a caché fa face afin que iaraais ne le voy e. Leuc toy doneques Seigneur, haufle ta main 5 caflfele bras des mefehans , pren le bouclier & la targe, pour fecourir ceux qu'on perfecut£ pour Nom. Tire hors la lance , & ferre le paflage à œux qui les pourfuyuent: qu'ils foyent comme la paille expo- fee au vent , leur voye foit tenebreufe & gliffante, & que ton Ange les pourfuyue à iamais. Et pour autant Seigneur, qu'il y a encores quelques vns tes enfajis, qui comme Daniel en Babylone t'ado- rent Se t'inuoquent^mais non point auec telle har- diefle de foy,craignans comme vn Helic d'eftre demeurez feuls en toute la terre : ToySeigneur> qui es près de ceux qui font rompus de cœur , & fauues ceux qui fontbrifez d'efprit , Qui as ton oeil fiché fur ceux qui te craignent , & quis'atten- dent à ta bonté , afin de retirer leur amc c!c mort & les preferuer en vie au temps de l'aduerfité. Tien- les toufiours en ta referue, auec les fept mil

9o DIALOGVEI.

hommes qui n'ont pas flcchi le genouil dcuant BaaL Fortifie-les j Seigneur , comme tu renforças iadis par ton Efprit ton feruiteur Daniel. Prefer- ne- les comme les trois enfans en lafournaife, afin qu'ils n'adorent l'image de ce grand Nabuchodo- nofor. Ctaffe-le pluftoft Seigneur , arrière dc$ hommes, fon habitation foit auec les belles des champs.QjVon le paille dherbe comme les bœufs, iufqu'àce qu'il te recognoiffe pour fouuerain do- minateur>Roy desRbis,&Seigneur des Seigneurs, cftabliflant les dominations, & les donnant & o- fiant à qui & quand bon tefemble. Quant à ceux, Perede mifericorde, qui comme brebis fans pa- fteur entre les loups affamez , pour l'infirmité de la chair & foiblefîe de leur foy, font de leur corps vn hommage contraint à ce morceau de parte tranflubftantie en chair , à ceft accident fans fuiet, forcez (paV l'erreur commun qui a obtenu lieu de loy) d'aller à la Méfie, pour fauuer leur vie & leurs biens : Monftre-leur, Seigneur , & leur fay fentir viuement & à bon efeient en leur cœur , combien ta gloire Se ton honneur nous doyuent eftre plus recommandez que noftre propre vie. Fay-leur cognoiftre l'outrage qu'ils font à ta maiefté , ad- hérant tant foit peu au feruice des faux dieux, que Dauid ne vouloit pas feulement nommer par fa bouche.

Que l'impudicité eft trop grande de la femme, qui après s'eftre oubliée, lors que fon mari la cha- ftie, recourt foudain à fon paillard.

Que tu vomis les tiedes, & ne prens point plai- fir à ceux qui clochent des deux collez.

Que

DIALOGVE I. 91

Que qui aime fa vie , fon père , fa mère, ou (es biens, plus quêta gloire & ton honneur, n'eftpas digne d'eftre des tiens. Toy Père, qui nourris Jes corbeaux , ôc donnes robbes fomptueufes aux lys des champs deuant nos yeux.

Qui as nourri ton peuple au defert de la man- ne trefprecieufe,les entretenant veftus comrhetes mignons & tendrets. Arrache de tes enfans la def- fiance de difette , que le diable , le monde , & la chair , impriment dans le cœur des hommes. Ra- mentoy- leur Seigneur, les merueilles que ton Fils noftre Seigneur Iefus Chrift fit,en reparlant abon- damment ceux qui oublians eux-mefmes , le fuy- uoyent, pour ouyr fa voix, comme les brebis leur pafteur.

Monftre-Ieur que ton bras puiflant eft touf- iaurs femblable à foy~ mefme,fans diminuer ou ac- ccfurcinfinon autant que noftre ingratitude & def- fiance, diuertit ouempefchele coursâtes bene- didions Se grâces. Et pour autant que la faute que les tiens commettent en cefl endroit,eft gran- de & deteftable, Toy Père, qui ne veux point la mort du pécheur , ains demandes qu'il fe conuer- tifTe & viue.

Conuerti les à toy Seigneur , nejeur imputant point leurs fautes. Touche leur le cœur Comme tu fis à Pierre te reniant, afin que recognoiflànsl' hor- rible faute qu'ils commettent , ils s'humilient dé- liant toy, gemiflent & pleurent pour leurs péchez: &ainiïreleuezpartamainJqu>ils fe monflrët forts &puifians,àfoufleuer leurs freres infirmes. Ou- ure leur aufli la voye Scigneur,nfin qu'ils puiflent

9* DIALOGVE L

bien toft fortir de Sodome > deuant que ceux qui leur font quitter l'héritage du ciel pour vne efcuel- le de lentilles , exécutent leur coniuration & def- fcins. Qu'ils n'ayent point regret de laitfer les auix ôc les oignons d'Egypte, fachans combien plus vaut vn peu de pain auec ioye & contente- ment de confeience , qa'vne maifon pleine de ri- cheffes auec vne inquiétude & continuel tourment d'efprit.

Que trop mieux vaut en toutes fortes

Vn iour chez toy, que mille aillettts:

Et font les eftats trop meilleurs

Des Amples gardes de tes portes,

Qu'auoir vn logis de beauté',

Entre les mefehans arrefté. Qu'ils ayent mémoire (en confidérant leur mife- rable condition) de ce poure enfant prodigue, & qu'à fon exemple, ils laiflent la viande aux pour- ceaux : s'aflfeurans que toy grand Père defaiûille, es preft à les recueillir , & aies traiéter & entrete- nir, tout ainiî que ceux-là qui n'ont bougé de ta ma fbn. Les autres quid'vne gayeté de coenront delaiflé ton fainetferuice, communiquans à tou- tes infametez: voire Seigneur,en te faïfant la guer- re > fefont adicûnts à ces tueurs , s'il y a encores quelque refte de mifericorde pour eux , fi parmi ceux-cy fe trouuent quelques vns de tes eleus, aye pit éSeigneur5ayecompalïîond'iceux,les faifant retourner en ta fainéle famille , de laquelle ils font forufeis. Abba les Seigneur , & les atterre , com- me iadis tu fis Saul , qui perfecutant ton fils en fes membres , feruit après fa conuerfion de bon tef-

moin

pi A L OG VE L 9j

moin à ta vérité éternelle: afin qu'après l'eftonne- ment , cftans par toy releuez &c fouftenus , ils fer- ucnt plus ardemment à ta gloire , qu'ils n ont fait par cy deuanr. Que ficeft malicieufement contre ta vérité cognûe qu'ils fe bandent>s'obftinans à leur efcient a te faire outrage , mon Dieu, fay ks fem- blables à la roue, & au tourbillon: pourfuy-les par terreur & efpouuantement : rempli leurs faces do mefpris, & darde fur eux ta colère : fay pleuuoir charbons fur leur tefte, feu, foulphre & vent de tempefte foit la portion de leur hanap ,afin que toute la terre cognoiflfe , que tu es noftre Dieu& Sauueur*

Et nous alors ton vray peuple & tes hommes* Et qui troupeau de tajpafture femmes, Te chanterons par fiecles innombrables, De fils en fils prefehans tes faits louables. Ali. le m'çfmerueille grandement, feigneur poli- tic François, confiiierant le piteux eftat delà Fran- ce (fi tji as ta patrie en quelque recommandation) maintenant qu elle a plus de befoin Ae fes vrais a- mis & bons confeillers quelle n'eut oncques,com- me ceft que tu as eu le courage de l'abandonner: au lieu de Remployer à guairïr fa playe,à lapenfer* de lafrenefie & delà rage qui la mené. LepoL le n'en fuis parti qu'en pleurant , auec va regret incredible, preuoyant a prochaine & ine~ uitable ruine , va tomber ce pourf Royaume* pour l'extrême confufion il efl : laquelle fofe afleurer eftre irrémédiable , au iugement detouf bonsefprits : car (ie me tay de la religion des Hu- guenots en laquelle ie n'ay iamais peu mordre*

5>4 DIALOGVE ^

quelque bonne vie &: changement de mœurs que i aye apperceu en mes proches voifînsquien fai- foyentprofeiïion, 3e ie Uiflc à part celte barba- re tuerie que l'Hiftoriegraphe a recité) tout y eft tellement con iuit, quMn'eft pas pofliblede voir yne plus grande marte de mefchançctez , ny vu chaos plus hornble^foit que ru regardes la luftice, ou que tu contemples la Police, depuis vn bout iufques à l'autre. Q^ie dy-ie, fi tu les regardes : tu aurois beau y regarder , tu ne les y fçaurois voir: e|les ny font.pas , pieça quelles s'en font ailées: on ne les y trouuc plus qu'en eferit , on n'y voit que leurs noms &c leurs mafques. Quant au fer- uicc de Dieu que nos pères nous auoyent ap- prins à bonne intention #, nos Princes dauiour- ahuy, leurs courtifans > & à leur imitation vne in- finité d'autres gentils-hommes & de bourgeois & marchands , ne s en font que rire & moquer. Le foldat le defpire & detefte : la cour pour le di- re en vn mot à l'exemple du Roy, & la plu% gran- de partie de France à l'exemple de la courell plei- ne de blafphemes , datheifme, & parmi eux l'epi*- cureifme, fincefteda fodomîe , & toute autre for- te de lubricité, eft vulgaire & familière. Tu as ouy combien de fois la foy publique (qui deuft e- ftre vn lien indiflbluble pour entretenir la focieté humaine) y a efté violée , tellement qu'on ne fçait plus à qui Ion fedoit fier. Nous penfions qu'a- près tant d'Edi&s rompus, celuy de la Pacifica- tion dernière , fait au mois d'Aouft en Tan i>70* feroir à la fin obferué. Noftre poure France com- mençoit d'auoij: quelque rekfche à fes miferes:

cous

DIALOGVE L 95

$?ousvoyions,ce nous fembloitjl'entree de mieux efperer#Les Huguenots fe comportoyent fort mo- deftement , quelques outrages qu'on leur fçeufl: faire : ils aimoyent mieux les endurer, que d'vfer d'aucune reuenge. Il eft vray qu'ils recouroyent au Roy & à fon confeil , pour la punition de ceux qui les oftenfoyent : mais combien que le Roy ne fift que le femblant de leur en vouloir faire raifoû cela les contentoit. Ils remirent les villes que le Roy leur auoit baillé pour leur feureté & retrai- te durant les deux ans, beaucoup pluftoft que le terme afliené , entre le&mains de ceux qu'il pleut au Roy d ordonner* qui fut caufe que le Roy defTus , enuoya par tout (on Royaume , des letres patentes de confirmation de fon Ediâ- de paix» n'oubliant rien de ce que luy & fon bon confeîl fepouuoyent aduifer pour les appriuoifer : & fai- fant comme le bon faulconnier qui yeilleles oy~ feaux , & vfe de toute la diligence qu'il peut pour leur faire oublier leur liberté , & les aceouftumer au chappéron. Les principaux d'entre le.s Hugue- nots vïndrent à la cour au mandement du Roy, fe refigner entre fes mains , moriftrant d auoir a- greables les tresbôs & trefnotables feruices qu'ils luy faifoyent:& eft bien certain que fi le Roy euft pourfuyui à fe feruir d'eux comme il auoit com- mencé, il feroitauiourd'huy patron de Flandres: & s'il euft fçcu entretenir ce parti de religion , ii fftoit pour eftre çfleu Roy des Romains ,& foa beau père mourant appelle à l'Empire. Nous penftôs que ce tragique mariage du roy de Nauar- re&deiafceurdu Roy > qui auoit o (té toute def-

?6 D1ALOGVEL

fiance aux Huguenots, feroit vne confirmation de paix entre nous : quand ce mal-heureux coup d'arqueboufe ( qui fut tiré à l'Amiral, le mefme iour, comme ie croy, que l'Edict de pacification derniere:à (batioir le 11. lourd' AouPe>& par ainfi le dernier iour des deux ans de retraicte afleurce) me fit penfer 8c à beaucoup de mes amis auflî, qu'il y auoit des long temps de la menée feerctte cotre luy &les autres Huguenots,&quece coup traineroic après foy quelque dangereufe queiie. Ainfi comixie ie le penfoy' il aduint non pas ain- fï,Ia Dieu ne plaife que i'euffeiamais penfe,qu'vn fi mefehant œuf deuft eftre ponnu, couué,& ef- clos, en la France! Mais tant y a que ie me doutay bien quand & quand, que les chofes edoyentpre pareesàquelquegrand&infigne malheur: ta Tas ouy reciter,finondutout, au moins en partie. le telaifleà penfer maintenant qui eft l'homme de bien, qui vouluft habiter tant foit peu en France» Quant àmoy, & beaucoup dénies amis (bons Catholiques François ie t'en afleure) voyansla defloyauté & bizarrerie^ du Roy (puis qu'il faut que ie le die ) énfemble de fou confeil , compofé dVnc femme Iuliene Florentine, de la maifon de Medicis,depenfionaires duroy d'Efpagne,de pë- fionaires & créatures du Pape,d'Italiens,de Lor- rains^ nond'autres,&le mal fans remède :crai- gnâsquedemainou l'autre il ne nous en euftfait autant qu'aux Huguenots , fi ckuenture il en ve- noit enuie au Roy,ouàfes premiers confeillers qui nous en veulent, comme à ceux qui cognoif- fent leurs deffeinsôc menees,& portent quelque

aflc&îoflt

D I A L O G V E L 97

âffe&ion au bien de la France* Craignant,dy-ie, que tout à vn coup ils ne nous iettafTent le chat auxiambcs & la rage fur le dos^comme font ordi- nairement ceux à (jai i! prend emiie de tuer leur chien,&quc fur cela ils nous hflentnoltre procès après la mort> comme on a fait à l'Amiral : ne us auons mieux aime nous en fortir de bonne hcuie* que d'y demeurer trop longuement. Sur tout quand nous auons confidcré,quedetous les Prin cesvoifihs,Iesvns ne s'en foucient pas beaucoup, les autres font bien aifes la ruine de tant de François, de fi grands perfonnages& de fi bons feruiteurs du Roy y & prennent plaifir de voir la Roy , fecoupper du bras droiât le gauche,& au- tres membres de fon corps. Iedy y ctanïment qu'ils y prennent plaifir.car s'ils en eftoyent mar- ris^s'ils auoyent regret devoir vn fi piteux fpecfca- cle, ils s'y oppoieroyént de faicè, & rempéfché- royent par force de palier outre à fedefehirer foy mëfmé, tout ainfi qu'ô fait à l'amy frénétique qui fe veut précipiter^ lequel on veille & on retient à force, le- liant pieds & mains, quand il blcfle, bat, ou tue. Mais quand ie voy que les Potentats voi- fms n'en tiennent compte, non pas feulement de luy faire entédre par lettrés &: ambafiàdcs, le tort , quilftifaif,&a; x (îens,delciïnaflacrcr de la for- , te :iedy qu'ils en font bicn*aifes, & que c'cftlc- t doigt de Dieu quiert courrouce contre France: , que Je quelque coftè que le baft vire, il faut que s cefte grande & florilTante maifon de Valoys près ; " fin. & que ce braiïe & puiffant Royaume loir 3 tr.anfporceiquelqu'autrè Prince^oû reparu cntié

93 DIALOGVEI.

pufieurs. Làdeflus, iefcay que leroy d'Efpagne entre autres Princes voifins , a de fi bonnes intel- ligences en la France: il y a de longue m -in* défi bons feruiteurs:fesducusde Caftilleluy ont tant acquis de partizans & feruiteurs en France, voire mefmeau confeil du Roy (ic neveux pas dire que Je comte de Rets, Lanfac, Moruilliers , Limoges, & Villei oy,en ayent penfion urdinaii e,car on ies cognoift bien : ne que la maîlon de Gunzague ne fut jamais qu Efpagnolc) f^ue s'il veut feulement employer le prince d'Orenge Se le comte LuJo- uic fon frère , auec leur crédit & leur force (com- me il luy fera bienaiféde les auoir à commande» ment,autant fidèles feruiteuLS qu'ils luy furent on

ques, en leur laiflant & à (es autres fuiets la iiber- tédeleurconfcience , & les remettant en leurs biens , priuileges &c eftats) ie m'affeure que non feulement ils luy rendroyent tous les pays bas raf- fermis & paifibles, mais aulli en moins d' vn an la France (diftraide & aliénée pour le iourd'huy de l'amitié de fon Roy) toute paifible & à fa deuo- tion.

Et ne faut ia douter que le prince d'Orenge, & fon frère, ne s'y employaient volontiers, tant pour le tour que le Roy leur a loué les mçttant en feefongne fur fa parole,& les laifiant après au dan - ger, que pour l'enuie qu'ils doiuent auoir de ren- trer en grâce par quelque bonne occafîon auec leur prince naturel,& pour le bien & honneur qui leurreuiendroir d'vne belle entreprife. Quant au roy d'Efpagne , il a oeccafion de fe les réconci- lier* non feulement pour attraper celle belle ter- re

.

DIALOGVE I. p9

re qui branfie ; mais aufli pour raffermir & affeu- rer fon eftat de Flandres > qui autrement eiten voye d'eftre perdu , pour la bonne conduire de ce vieil refueur le duc d' Albe. Que fi le roy d'Efpa- gne ne fe veut feruir en ceft affaire du prince aO- renge>aimant mieux perdre tout aplat fon eftat de Flandres5que de le cont'eruer par fen moyen, & en acquérir vn autre : cela s'appelle fe courroucer contre fes morceaux. Mais quoy qu'il en foi", s'il aime mieux y employer moniteur deSauoye, en luv laiflanr pour fon partage,le Lyonois«Dauphi- & Pi 'ouence.1 contigus à fon eitat : \t ne doute pas que ce Pnnce,qui aoccafion defe reffenrirdes toits que la France à fait à fon feu père & à luy- aaçfmeSjluy qui eft guerrier & fage.ôc qui a la ré- putation dç garder inuiolablement la foy àfesfu- iets Huguenots^n'acquiere facilement & en peu de temps , lïnon tout , au moins la plus grande partie de France: Surquoy (pour les difficultez & mef- feances procédantes ; 'alliances & afïinitez que quelques vns pourroyent alléguer , pour defgui- fer le mal qui eft à la porte) ie diray que les grands n'ont point accouftumé de pardonner à loix d'à- mitië, d'affinité, ou d'autre confédération quel- ques anciencs qu'elles foyent^quand il eft queftion d'amplifier & deftendre leur Empire : ains plan- tent toufiours les limites de leur terre , la poincte de leur efpee peut arriuer.

Au demeurant , quant au roy d Efpagne , il n'a pas faute de piifcs fuffifantes fur le Roy. Pour a- uoir fuborné les villes de fon obeiffàcc au pays bas voulu fubuertir fes eflats par pratiquesientretcmi

G ij

iôo DIALOGVE I.

fes rebelles en fa cour,gratifié& honoré en tour- tes fortes.-Auoir communique auec le comte Lu- dou cplufieurs fois>&approuué fes entreprifes, auec grande attention,contentement & promef- fes.Luy auoir baillé aide de les fuiets, & permis d'entier grande troupe d'iceux es pays bas, mar- chas à enfeigne dcfployee par le royaumcde Frï ce.Fait faire plufïeurs voyages à fainâ; Remy > & autres,qu'il enuoyoit vers le ducd'Albe,pour Ta mufer & tromper,cependât que le Roy donnoit moyen à l'exécution des entreprifes:& mefmes en pratiquoir vne fur Arras,par le moyen du pe- tit R'çf;.ige, qui cft mort à Paris,luy eftant venu dire qu'il enuoyaftgens,& qu'il eftoit temps, & qu'il ne doutaft nullement du moyen de la pren- dre« Pou r auoir donne feur accez en Ces haurcs #ux Pirates, qui ont déprécié fes fuiets.Comman- à ceux de la Rochelle dadminiftrer viures aux maires du prince d'Orenge,& librement les laif- fer defeharger leurs prifes, & les vendre- Permis au veu & feeu de tout le m : nde,qùe les Capitai- nes de marine dudi6t Prince,fifTent leurs equip- pages de François, tant de mariniers que foldats. Pour auoir fait des menées & pratiques fur la Fra che-comté. Auoir enuoyé le capitaine Mingue- tiere,recognoiltre les defeentes du Perou,auec na uiredefguifeen marchandife, plein toutefois de foldats,quifut prins à ia Spagnole. Auoir voulu traiter la paix des Vénitiens auecleTurc,pour fiire tomber toute la guerre fur l'Efpagnol : Et pour auoir depuis la mort mefmede l'Amiral, |>ran<|uépar letres & meflages le prince d'Oren-

gc,

DIALOGVEI. 101

gc, chaudement & à bon cfcienr: & plufîeurs au- cres,qu'il feroit long à déduire. Voila quant au roy d Efpagne.

Maintenant la royne d'Angleterre>l.tquelle tiét lamefme religion en fon royaume, qu«ks Hu- guenots de France:quia tant de prifès nouuclles fur le Roy (afin que ie taife les prifes anciennes > qiiela ligue d'entre elle & le Roy auoitafïcpies, comme cefte tuerie les peut auoir refueillees) la- quelle peut bien cegnoiftre auiourd'huy, que ce- lle ligue ne fefit,que pour esblouir les yeux àfAw miraU&aux autres Huguenots delà Francc,afin qu'ils fe laiffafséc mieux prêdre à la pipee.Laqu el- lecognoift maintenant, comme c'eftqiele Roy feait garder fa foy promife. Laquelle f ait que deux eftats voifins ayans quelque côti epoids fvrt auec l'autre,nepeuuent aucir amitié ne ligue en- femblc autre, que celle que la neceffitéoû la for* ce y entretient : & que l'vne ou l'autre y defaillat* ilnefaut pas quelle s'attende aux ptomefles de fon voifin.Elle quifeait bien5que le Roy detrnn- doit les Myllords fes plus fpeciaux confeillcrs* de les feftoyer ) comme vous pouuez penfer) en fa cour. Laquelle doit auoir cognu,que tout ainfi que par lesnopees delà fœuren France, aufli par cellcsdu frère en Angleterre ( s'il y euft peu par- uenir)on fe fuft efforcé d'y mettre bas le parti de la Religion ,& parconfequentfcm Royaumcen ruine. Q£i feait bien que le Roy a tenu 8c tient journellement la main à la roy ne d'Efcoffe fa bel» le fœur,non feulement pour la faire euader. mais polîible pour plus haut delfcin & affaire. Quç

G iij

\o% DIALOGVH I.

Roy a voulu & tafché , comme il tafche encores faire enleuer en France !e périt royd'Efcofle,pour mettre vn iour à venir toute la grandcBretagne en vn acceifjire dangereux: & qu'il entretiét la guer- re par forces & par menées le plus qu'il peut en Efcofle. Elle qui eft bien aduertie dVnc entrepnfe faite n'a gueres par le commandement du Roy, fur llfle de Gerfây, pour y furprédre & tuer ceux qui y eftoyent réfugiez fous fa prote&ion.Cefte Prin- cefîe,à laquelle fans doute tous ies Huguenots re~ gardent attentiuement,luy adrefla ns leurs prières & vœus.le fcay fort bien que toutes les fois qu'el- le voudra,il luy fera fort aifc(y employant vn des MyllordsqueleRoy demandoit, on autre tel des grands de ton Royaume qu'elle voudra choifir) de fe faire maiftr fie de la terre, dot elle ne porte que le nom & ies armes. Quant aux Princes & Eftats de 1 Empire,ne doutez pas s ils veulent(comme ils douent) qu'ils ne puiflent recouurer maintenant les terres de Vfets,Verdun,& Thou,quele Roy a vfarpé fa rrEmpire:&.>uecce5pafler outre pour fe rébourfer des defpés que l'Empereur Charles leur fit faire deuât Mets, 8c de ceux qu'ils feront au re- couurement de ces terres. A voftre auisJ'Elefteur Palatin entre autres Princes de la Gcrmanicn'a-il pasoccaiîô de fe rciTentir de cequeleRov tafehoit d'attirer en fa cour le duc Ciiriftofle,& d'ëdormir leducIeanCafimir,pardes pëfios qu'il luy offroit, pédât qu'il fiifoit appreftponr perdre cous ceux de lareligiô: & particuliereméil Amiral, quel E- leâeur aimoit Singulièrement ? lediray cela , que quad ce Prince feuïfe voudra efaertuer & rcfTentir

de

DIALOGVE I. icj

Je l'outrage fait à l'Amiral & aux autres Hugue- nots 5 & qu'il y voudra employer feulemét le côte de\fâsfeld(auque!,&àfesReiftremaiftreseftdeuc grade fôme de deniers par le Roy)le faifât auec v- ne médiocre armée ( fous couleur d'aller quérir leur argéOenrrer vn peu auât enFrâce(côme la cho- fe luy eft aifee)on ne vit iamais telle cofufiô qu'il y auroif.tout le mode crieroit le haro &au meurtre, cotre ceux qui fôteaufede ces maux.Voila quant aux princes eftrâgers, lefquels me féblét auoir vn beau fuiec d'étrer en Frâce.Mais ce queiapperçoy au dedâs,tft ce qui me trouble le plus. le ne doute point que la maifon de Môrmorëcy,leurs paressa* mis,aliiez3& partizâs,qui fe fêter vilainemét inter effezen la mort de rAmiral,& de plufïeurs autres feigneurs &gerilshômes qui leur appartenoyét de fâg,d'alliâ:e,ou d'amitiéme tafchët de fe véger en vne façon ou en l'autre, du Roy, de fa mere,de fon frere,de ceux delà maifon deGuyfe, & des autres côfeillers, qui ont drefle Se fait exécuter cefte tra- gédie en la Frâce:ou s'ils ne le fôt,ils fôt les plus la- dres , les plus couards , & les plus defloyaux à leur fag(afin que ie ne parle de leur patrie)que gétilshô- mes furet onques.De moins ne peu-/ ét-ils faire,quc de fc ioindre eux & leurs partizâs,au premier Prin- ce eftrâgcr qui bradera pour entrer en France: auflî bie fcauët-ils que c'eflfaic d'eux, & de leur maifon à iimais , celle de Guy fe ne la lairra ia debout : le Roy mefmesàceque i'ay entendu,parlât ces iours paflez à fa racre, a bien feeudire, que par le corps, Dieu il n'a rie Édt^il na les quatre fils Ay mô5parlât des 4. frères de Montmorëcy . Ils ont beau fe tenic

G iiij

xo4 DIALOGVE L

efcar tez, Tvn en Lan guedoc, l'autre à l'ifle- A Jara,

l'autre çà> l'autre là, Ton a beau faire femblant de

n'auoir fouci quedelacha(fe& delà vollerie: les

voyages qu'il a faits en cour,ny tout le vifage qu'il

y reçoit y eftant,nelc garantiront non plus que

l'Amiral: 8c s'il fe fouuient de l'aduis qu'il donna

i

au comte d'Aiguemont allant en Efpagnc, &de la faute qu'il fit à ne le croire, il ne s'y fiera, L'au- treabeau s'employer àeequ'on luv commande, & les autres ont beau contrefaire les fats & les mi- touards: le Roy ne croira iamais qu'ils puiiïent oublier Tiniure qui aeftéfaiee à leur maifon.-fon çonfeileft trop fin & rufé, pour fe biffer perfua- der vne fi grande afnene.

LanrùfondeGuyfe, maintenant qu'elle fe voit depeftree de ceux qui s'oppofoyent à (agrandeur, & lefquels feuls pouuoyent empefeher fes def- feins , r/avan plus que ceux-cy de Montmoren- cy à tuer, pour pouuoir dire , Tout le refte m'ai- me: à vcftre aduis s'elle fe feaura bien venger des traieh,qu-? la nuifon de Montmorency luy a faits: de ce beau liure des marchands de Paris , que le marefchal de Montmorency fit faire à la Planche contre leur maifon: de la peur & honte qu'il fit re- Ceuoir au cardinal de Lorraine à fou entreedans Paris, dont la chanfon de fy fyaprins (on origi- ne.E- ie m'alfeure s'il ne gaigne le deuan t, qu'il fe- ra accommode comme les autres.

Au refte, à quoy tient-il que ceux de Lorraine (qu'on feait bien eftre defeendus de Charlema- gne, & priiez de la couronne de France) ne la re- ç omirent roaintenant ? 11 ne tient ia qu'à vne ha- bilite

D I A L O G V E L to$

bilitëdemain : Que s'ils y veulent aller àforcç ouuene) mais qu'il n'en defplai e au Royjmef- fieurs de Lorraine mettront deux fois plus de gés en campagne,qu'iln'en feauroit mettre. Ils ont plus d'amis, & plus de villes partizantes qu'il n'a. Et tenez-vous pour tout afiTeurcz, qu'à tout eue- nement, fila couronne de Frances en va perdre* ou changer de maiftre> ils l'aimeront mieux fur leur tefte,que fur celle d\n Prince eftrâger. Pour ma part, ayant veu le peu de feureté qu'il y a fous le règne d'àprefent5ieJ'aimeroy' beaucoup mieu* (puis qu'il faut que iele die)en la maifonde Lor- raine,quelà cùelleeft. Et diray vne chofe,que le Huguenot (defpitépour iamais, & defgoutêett toutes fortes de la maifon de Valois ) feroit bien aife, voire s'employeroit à mon aduis)à ce que la, maifon de Lorraine recouuraft ce qui leur appar- tientrs'afTeurant bien qu'elle lairroit la confeien- ce du Huguenot libre & l'exercice de fa religion* & lny garderoit la foy qui luy auroit eftê promi- fe:fe fouuenant du malheur que ladefloyautê au- roit apporté à fonmaiftre. Défia ont-ils donné quelque occafion aux Huguenots, de croire qu'ils ne leur font pas fi afpres comme on crioit. Ils en ont fauuè,commeadit l'Hiftoriographe, beau- coup,& en fauuent fecretement tous les iours.

Au fefte, ils ont fait porter la marote au Roy (fivous yauez prins garde) de toute cefte tuerie* tant pour n'en auoir le blafme, que pour moyen- ner que la furie des petits ou desgrans s'efleuant, elle (e defehargefur celuy quife vante de l'aueir fiiit faire. Us fe font bien gardez, d'en vouloir pr6*

v>6 DIALOGVE L

dre le faix fur eux.

Mais voyons le traict qu'a faifl Monfieur frè- re du Roy, & la Royne fa merc, en cefte tragédie de Paris. Le famedi au foir,deuant le Dimanche du mafTacrc,ils vindret tous deux trQiiuer le Roy: lis luy remonftrent , ils le prient qu'il hifte l'exé- cution de leur entreprife: ils fcauoycnc bien q;ie ficefteoccaiîon fe perdoit,qa' ils ne larecouure- royent iamais telle, comme ils l'auoyent lors fur les Huguenots: qu'ils les tenoyent tous dans le fi- lé qu'il leur auoit promis: que le moyen que ils a- uoyent tant de fois tenté (mais en vainMeles ex- terminer,eftoit tout preft & prefent: quil ne fal- loit donc plus fonger , qu'il eftoit temps de s'en refoudre: que leroy d'Epagne fCi les affaires du prince d'Orenge alloyent mal, comme ils fem- bloyent décliner depuis la route de Genlis) feau- roit bien tout à temps fe venger fur la France, du mal qu'il auoit receu par fon moyen & fupport enfes eftatsdu pays bas. Partant le fupplioycnt qu'il y fift mettre la main à bon efeient & foudai- nement,dés cefoir la fans plus tarder : qu'ils a- uoyent donné ordre auec le duc deGuyfe, fe duc d'Aumale,Ie duc deNeuers,& le comte de Rers, que toutes chofes fuflfent preftes & difpofces. Que (île Roy vouloic retarder plus longuement f exécution , la Royne fa mère le prioit auec lar- mes,& fon frère fort aflfe&ueufement de leur dô- ner congé , en recompenfe des feruices qu'ils luy auoyent faits: qu'ils eftoyent refolus de fe retirer hors de France, & de s'en aller en part ils n'en ouyflent iamais parler.

Par

DIALOGVE I. 107

Parcefte chaude alarme, ils cfmcurent fi bien le Roy qu'il fut contraint de s'accorder qu'on e- xecutaft dés la nuid: mefmes, ce qu'il auoit defi- gnê de différer encore: pour voir cependant le train que prédroit fon efperance de Flandres, par- le fermée que les Huguenots luy feroyent en ce pays- là. le vouslaiiïc àpenfer, quel trai& la mère fit en cela pour fon fils bien aimé, contre le bien de celuy qui pieça l'auoit defpitee,& qu'elle n'ai- me que bien peu dés quelque temps. En luifai- fant pratiquer vne des leçons de Machiauelii, qui eft de ne garder aucune foi,qa'autat qu'on la cui- dera tourner à fon aduamage, elle lui a fait ron> pre l'autre (que Denysde Sicile entendoit mi- eux) entretenant près de foi le pius n efchant hô- rr e du monde, fur quile peuple voulat recouurer fa liberté, peutt vomir toute fa cholere. Et par mefme moyen la mère ayant attiré Tire de Dieu &des hommes fur l'aifné defesenfans , elle a ar- mé lem'aifné d'vne grande & puiflante armée, qui lui cR venue entre mains, comme lieutenant gênerai, fous couleur de voulcirrafer les Hugue- nots de deffus la terre. A voftreaduis,eft-i! main- tenant à chenal? a-il beau moyen d'accomplir (es deffeins Jui qui de fi long temps abboye à la cou- ronne?

iv'/^f/.Ien'anoy'pas entendu cetraitf:Il efl vray que iefcauoy'bien,que Mon ficur auoit belle cn- uicd'efircRoijde quelque Royaume que ccfnft: & que le Roi & fa mère, pour le conterter a- yans perdu 1* efperance du mariage & év Royau- me d'Anglctcrrcauoycnt depefchc en I oloignç

io« DIÀLOGVBI.

pour tafchcr de le marier auec la Reginelle fceirc du roy dePoloigne>toute vieille qu'elle eftoit,e- ftimans que ce feroit vn bon moyen pour le faire parueniràce Royaume après la mort de Sigil- mondlors regnant.ranois bien feeu auffi qu'a- près ceftedefpefche,le Roy & la Roy ne ayanse- ftëaduertis que le roy Sigifoiondeftoit mort fur ces entrefaites, auoyent enuoye en ambaiïade Monluc euefque de Valence par deuers les Polo- noisauec des bien belles mémoires & charge bié art) pie de richement métir de beaucoup promet- tre,& derien tenir.poureflayerpar ceit artifice, de faire eflireM nfieur àce beau Royaume vac «juât. Maintenant tant plusiepenfea ce ftratage me que tu m'as recitë,tât plus le le trouue remar- quable & digne d'eftre logëenfon rengau liure de mes mémoires. Mais iem'affeurcbié file Roy y aduife depres>qu'ilempefcherabienle deflein de l'autre.

Lepo'.Tout suffi bien comme l'autre fe peut gar- der d'eftre attrapê,anticipant fon compagon^par Vn gaillard contrantidote. Llhtji. A bon charbon rat. LepoL Or ie veux laifler ces grands iouer leurs tours,comme mieux ils l'entendent: & acheuant mondifeoursdireen vn mot,ce que ie penfe de la portée des petits. le fais trefaffeuré que quand tous les autres fe tairoy enr,les vrais Catholiques François & quelque nouueau Bcdiîle,queles Hi- ftoriensnous recitent auoir iadis tué Chikkric sroy de Frace>ainfi qu'il reuenoit de la chafle,pôu* ce qu'il l'auoit fait fouetter publiquement atta- che

DIALOGVEI. 10$

ché à vn pal : & qui tua aufiiXoutrê de mefme def- pit ) Vlcide la Royne enceinte, font bien gens pour dôner efcheK-& mat à la maifon de Valois, s'ils entrent vn coup en furie. AU. Tu m as remis à la mémoire ce que Ron- fart en fort bons termes, & fans en rien diflimu- 1er, a mis en efcrit de Bodille dans fa Franciade* remife en lumière depuis le mafiacre de Paris, quand en parlant de trois Rois freres,il dit toutà propos*

Trois fait-neants,gro{fes mafles de terre, Ny bons en paix,ny bons en temps de guerre* Lamaudifïbn du peuple defpité: L'vn pour fouiller fon corps d'oifiuetè, Pour n'aller point au çonfeil,ny pour faire Chofe qui foit au Prince neceffaire: Pour ne donner audience à chacun, Pour n'auoir foin de foy ny du commun, Tourne voir point ny palais ny iuftices. Mais pour rouiller fa vie entre les vices; Traiftreà fon peuple,& à foy defloyal, Sans plus monter en fon throne royal. & peu après,

De fes fuiets comme peftehay, A contre-cœur desfeigneursob, y: Chaud de cholcre,& d'ardeur inutile, Fera fouetter le Cheualier Bodille En lieu public,lic contre vn pofteau, Tout defehiré de veines & de peau.- Bodille plein d'vn valeureux courage, Toufiourspenfifen fi vilain outrage, Ne remafehant que vengeance en (on coeur

îio DIALOGVE I.

Lairra couler quelque temps en longueur: Puis fi defpit,la fareiirlefpoinçonne> Que fans refpeftdefceptre 04 de couronne Tout allumé de honte & de courroux, Ge Roy pewi face occira de cent coups. Luy de fon prince ayant la dextre teincte. Près le Roy mort tuera la Rovne encemdc Dvn mefmecoup (tant fon fiel feca grand) Perdant le pere,& la mère & f enfant Qui fe cachoit dedans le venare encore.

Etfuyuarnment adreflantfon langage au plus ieune frere,que Ion dit n'auoir rienfeeu de ces defleinsfanguinairesjpour le contenir en office, il dit,

Seigneur Troy en Je Prince ne s'honore De ielonnie,U faut que lafierté Soit au lions:aux Rois foit la bonté, Comme mieux nez, & qui ont la nature Plus près de Dieu que toute créature.

Et reprenant la deferipti oncle ce Roy, il ad- ioufte,

Ce Roy doit eftre abufe par flateurs^ Pefte des rois,courtizans &c menteurs: Qui des plus grans atlîegeans les oreilles Fondes difcrets,& leur content merueiles.

& peu après,

Le plus fouuentles Princes s'abeftiffent De deux ou trôis,que mignons ils choifiiTent:- Vrais ignorans,qui font les fuffifans, Qui ne feroyent entre les artizans Dignes d:honueur,grofles lames ferrçes, Du pçuplç (Impie à grand tort hanorees:

. Qui

DIALOGVEI. m

Q^i viuent gras des impofts & des maux,

Qu.elcs Rois font à leurs poures vaffaux:

Tant la faueur qui les fautes efface*

Fait que le fot pour habile homme pafle

Quelle fureurlqu'vn Roy père commua

Doiue chaflcr tous les autres pour vn,

Ou deux ou trois!& blefîer par audace

Vn mafle cœur iflù de noble race,

Sans regarder fi le fiateur dit vray !

Ce Childericdoitcognoiftreà leflay

Le mal qui vient de croire à ftaterie,

Perdant d'yn coup & vie & feigueurie.

LepoLK ce que ie voy,vrayemét, Ronfard trionvV

phe de dire,& touche demerucilieux poin£h. le

n'euffe iamais penfé,qu'il euft ofe mettre ces cho-

fes fi clairement en auant du viuant de ce Roy,

quoy qu'il les couche fous d'autres noms feinds.

Phi/.Or confereje te prie,maintenant ce que nous

auons veu,auec ce difeours.

Mu Certes c efl vn pietux eftat,ie ne fcay qu eft

dire.

Zf^/.Commenteft-ilpoflîbleque Ronfard ai{

publié cela?

j4li.ll en dit bien d'auantage : Il défait bien en-

cores plus particulièrement ce Roy & fon re-

gne>fous le nom de Chilperic : l'impudicité de

la courtes meurtres,l'eftoille nouuelle qui appa-

roift,& autres fignes:Fobftination du Roy,iufqu a

prédire qu'il eftouffera fa femme pour efpoufer

fa putain.

Le po/.He ie te prie>fi tu te fouuiens de ce qu'il eti

4it,recite-le moy.

ii% DIALOGVÉ L

jili.le n'ay pas recenu le tout : mais voicy ce que l'en fcay.

C'cft Childcric indigne d'eftre Roy, Mange-fuict,tout rouillé dauarice, Cruel tyran, feruiteur de tout vice: Lequel d'impofts fon peuple deftruira, Ses citoyens en exil bannira. Affamé d'or,& par armes contraires', Voudra rauir la terre de Ces frères. Naim nt perfonne,& deperfonne aimé, Qui de pucains vn ferrail diffamé, Fera mener Cfi quelque part qu'il aille: Soit temps de paix,ou foit temps de bataille, En voluptez confumeraleiour, Et n'aura Dieu que le ventre & l'amour, Du peuple fien n'entendra les complaintes* Toutes vertus,toutes couftumes fain&es Des vieux Gaulois, fuyront deuantee Roy:. Grand ennemi des pafteurs de fa loy. Les eteoliersnauront lesbenefices, Les gens de bien les honneurs des offices* Tout fe fera par flateurs eshontez, Et les vertus feront les voluptez. Iamais d'enhaut lapuiflancecelefte, Ne monftra tant fon ire manifefte, Et iamais Dieu le grand Père de tous Ne monftra tant aux hommes Ton courroux;; Signes defang>de meutrcs,& cfe guerre, Detouscoftez vn tremblement de terre (Horrible peur des hommes agitez) De fonds en comble abbatra les citez, Iamais ks feus la terre ne creuerehc

S*

DIA-LOGVE t fe|

En plusdelieux,iamaisne s'efleuerent Plus long cheueux de Comètes aux deux; Iamais le vent(efprit audacieux) Enfracailànt & forefts & montagnes, Ne fit tel bruit.le ballay des campagnes, Les pains couppez3defangfe rougiront, En plein hy uer les arbres fleuriront: Et toutefois par ces menaces hautes, Cemefchant Koy n'amendera fes fautes^ Mais tout fuperbe,cn vices endurcy, Contre le ciel efleuant le fourcy Au cœur bruflç d'infâme paillardifo EftoufFcra contre fa foy promife, En honnifl'ant le fzwct lia nuptial? Sa propre efpoufe,efpoux tresdefloyal, Ioincle àfon flanelle baifant enfon lict^ Seure en fes bras,i'eilranglera de nuict. Crue! tyran! aquideffus latefte L'ire de Dieu pend défia toute prefte,

Puis en parlant de ie ne fcay quel CIotaire,& de la vengeance qu'il fera de la Royne-mere, qu'il entend fous le nom de Brunehf>ut, il adio«--

ipves«

Sageguerrier viftoricux & fort g

Qui pour l'honneur mciprifera la mort, DcBrunehaut princefle miferablc Fera punir le vice abominable, Luy attachant à la queue dvn cheuai Bras& chcueuxrpuisà mont cVi/W Par les rochers>par les ronces tirce, Lu cent morceaux la rendra defehiree: ii qu'en tous lieux fes membres diffamez,

H

ir4 DIALOGVE ï.

Seront aux loups pour carnages femez. & peu après, LesLeftrigons>les Cyclopes,qui n ont Qu'vn œil au front,en leurs rochers ne font Si cruels qu elle,à toute pefte nce: Qui en filant menée fur menée, Guerre fur guerre3& débats fur débats, Fera mourir la France par combats: Mais à la fin fous les mains de Clotairc Doit de fes maux reccuoir le falaire. Z*p0/.MonDieu,qu'cft-celà? qui vit iamais def- crire mieux les chofes defTous noms conuerts* He que ces Poètes font grands ouuriers! il y en a mille & mille qui liront cela fans rentendre,& ce* pendant on n'en feauroit dire dauantage en peu de mots.

A/#.Le bon.eft,que Iamyn qui a fait les argumens delaFranciadedeRonfar l3& qui cognoift bien lefenscachêfouslefcorce,& l'intention de l'Au- teur,l'a efclarcy en l'argument du 4. liure ,'quand en pariant de l'erreur Py thagorique , touchant la tranfmigrationdesamesjil dit que Ronfard fe- fert exprès de ceftefauffe opinion, afin que cela luy foit comme vn chemin & argument plus fa- ciïe, pour faire venir les efprits des vieux Rois en nouueaux eorpsxar fans telle inuention,il euft fallu fe monftrerpluftoft Hiftoriographe, que Poëte.

LepoK Voila qui va bien. Mais fi ieroy'-ie bien marri que la prophétie de Ronfard aduint tou- chant cette poure Princeffe la Roy ne régnante, quelle fuft eftoufee par {on mari : quant à Brune- haut^